Ala Hammoudi
14 Juillet 2023•Mise à jour: 14 Juillet 2023
AA / Tunis / Alaa Hamoudi
Deux ONG tunisiennes, ont appelé vendredi à protéger les migrants en situation irrégulière originaires d'Afrique subsaharienne, qui se sont retrouvés abandonnés près des frontières libyenne à l'est, et algérienne à l'ouest, après avoir été expulsés de la ville de Sfax, située dans le centre-est de la Tunisie.
C’est ce qui ressort d’un point de presse tenu à l’initiative du Forum tunisien pour les droits économiques et sociaux (Ftdes, ONG chargée des questions migratoires) au siège du Syndicat national des journalistes tunisiens, dans la capitale Tunis, selon le correspondant d’Anadolu.
« Des migrants en situation irrégulière originaires d'Afrique subsaharienne ont été chassés du gouvernorat de Sfax vers les frontières de la Tunisie avec l'Algérie à l’ouest ou avec la Libye à l’est, en raison de la couleur de leur peau », a déclaré le porte-parole du Ftdes, Romdhane Ben Amor.
Lors de sa prise de parole, Romdhane Ben Amor, a indiqué qu’ « entre 500 et 700 migrants irréguliers ont été transférés vers des centres d’accueil proches des frontières de la Tunisie avec ses voisins la Libye et l'Algérie, sous la pression des organisations de défense des droits humains. Cependant, près de 150 autres migrants, parmi lesquels des femmes et des enfants, se trouvent encore à la frontière libyenne dans des conditions très précaires ».
Devant la presse, le porte-parole du Ftdes a indiqué que « 165 migrants subsahariens en situation irrégulière, ont été conduits vers des destinations inconnues », lançant un appel à « connaître leur sort ».
« L'État tunisien, dans sa gestion de la crise des migrants irréguliers, fait peu de cas des droits de l’homme. Les autorités traitent cette crise selon une approche sécuritaire », a estimé Romdhane Ben Amor.
De son côté, la présidente de l'Association tunisienne des femmes démocrates (ONG), Naila Zoghlami, a fait part, lors de ce même point de presse, de ses « craintes quant à l'aggravation de la crise des migrants irréguliers en Tunisie », s'inquiétant particulièrement du « sort des femmes et des enfants, dans le contexte des expulsions et des violences contre les migrants ».
Human Rights Watch (HRW) avait appelé la semaine dernière le gouvernement tunisien à mettre fin aux « expulsions collectives » de migrants africains vers le désert, à la frontière entre la Tunisie et la Libye.
Des centaines de migrants subsahariens se sont retrouvés dans une région désertique du sud tunisien près de la frontière libyenne, après avoir été expulsés ces derniers jours de la ville de Sfax sur fond de tensions avec la population locale qui exigeait leur départ.
Cette opération intervient après plusieurs jours de tension et de violence consécutives à la mort d’un jeune tunisien, Nizar Amri, lundi 3 juillet, tué dans des heurts avec des migrants subsahariens.
Le gouvernorat de Sfax est un traditionnel point de départ de nombreux candidats à la migration clandestine vers l’Europe. Cette zone du littoral tunisien est à moins de 130 km de l'île italienne de Lampedusa.
La Tunisie connaît depuis le début de l’année 2023 une augmentation remarquable des flux migratoires irréguliers vers l’Europe, notamment vers les côtes italiennes, à la lumière des répercussions des crises économiques et politiques dans le pays et des conflits armés qui ravagent plusieurs autres pays africains.
*Traduit de l’arabe par Majdi Ismail