Esma Ben Said
03 Août 2016•Mise à jour: 04 Août 2016
AA/Ouagadougou/Olympia de Maismont
«Nous pouvons éradiquer la pauvreté avec des poulets !». Si cette assertion prête à sourire, elle est pourtant une réalité en devenir au Burkina Faso, assure à Anadolu le Larlé Naaba Tigré, chef traditionnel de l'ethnie Mossi, majoritaire dans le pays.
Déjà promoteur de biocarburant et d’engrais à base de jatropha, un arbre venu d’Amérique latine ainsi que de moringa et de balanites… le fondateur du groupe Belwet a décidé cette fois de créer un modèle avicole qui «pourrait permettre aux Burkinabé de sortir enfin de la pauvreté».
Intitulé «modèle 35/5 Larlé Naaba», - qui fait suite aux modèles 10/1 et 10/2 qu'il a développés en 2009- le projet est simple: obtenir un maximum de poulets, dans un laps de temps relativement court.
Le Larlé, qui se décrit comme «un modeste citoyen qui aime son pays et se bat pour des changements bénéfiques» explique avoir créer ce modèle dans le but premier d’offrir une perspective aux femmes et aux jeunes sans emploi.
Une idée qui a également de quoi ravir les papilles des burkinabé, friands - comme nombre de voisins africains- de «poulets bicyclettes» (car ramenés de la ferme par les paysans à bicyclettes). Les poulets se vendent ainsi sans mal, dans le pays et dans la région, fournissant à ceux qui en font commerce, des revenus confortables.
L'idée remonte à 2009.
«Cette année là, j’ai décidé de mettre un coq pour dix poules (10/1) dans un poulailler afin de voir le rendement annuel des œufs. J’ai remarqué que tous les œufs n’étaient pas féconds, que certains ne donnaient pas de poussins. J’ai donc décidé de diminuer le nombre de poules pour un coq et testé ce que j’appelle le modèle 10/2 soit dix poules pour deux coqs», explique-t-il.
«Le résultat était tout de suite impressionnant. Le nombre d’œufs devenu poussins permettait de gagner, grâce aux ventes, près de 400 mille FCFA (670 USD) par an; ce qui était largement au-dessus du revenu correspondant au seuil de pauvreté fixé, à l’époque (2010) à 107 mille FCFA (180 USD)», poursuit le fondateur du modèle.
«J’ai donc décidé de poursuivre mon expérience, trouvant dans ce modèle de quoi créer un secteur qui pourrait sortir nombre de jeunes du chômage», ajoute-t-il.
«J’ai réalisé tous les tests possibles afin de voir quel modèle était le plus probant. En testant avec 35 poules et 5 coqs divisés dans des box de 7 poules et 1 coq chacun, j’ai découvert que tous les œufs étaient féconds».
En reproduisant ce modèle 5 fois on obtient un très bon résultat, assure-t-il. «Une poule de ferme pond entre 10 et 13 œufs en 15 jours. Dans mes calculs, et afin d’obtenir un résultat minimal, j’ai compté une moyenne de 9 œufs par poule. En suivant le modèle 35/5 on obtient donc 315 poussins en 15 jours».
«Un résultat qui rapporte un revenu mensuel de 100 000 FCFA (168 USD) par mois», poursuit le chef qui est parvenu, grâce à ce modèle, à convaincre plusieurs dizaines de jeunes à suivre ses pas et largement étendre son réseau.
«100 000 FCFA (168 USD) c’est le revenu d’un cadre au Burkina Faso ! Avec cette somme le Burkinabé sort largement de la pauvreté et peut même participer à la construction du produit intérieur brut (PIB) car il peut commencer à épargner», estime le Larlé.
Un autre revenu se dégage aussi du «modèle 35/5 du Larlé Naaba», à savoir, la revente des fientes des volailles. «Le sac se vend à 1500 FCFA (2.5 USD) sur le marché et on peut récupérer environ 30 sacs dans l’année. Ce qui ajoute un revenu de 45 000 FCFA (75 USD) par an», dit-il.
Et c’est un secteur qui ne connaîtra pas de crise puisque la demande de poulets est très forte au Burkina Faso. «Tous les jours on consomme au moins 150 000 poulets. Les Burkinabé aiment le poulet et l’offre est inférieure à la demande sur l’ensemble du pays !» assure-t-il.
Le Larlé Naaba qui a pu bénéficier pour de précédents projets (notamment le Jatropha et le Moringa) de l’aide des ambassades de Turquie et du Luxembourg à travers notamment des dons, a cette fois reçu le soutien financier de l'ambassade de Chine à hauteur de 15 millions de FCFA (25 mille usd).
«Certains jeunes qui ont démarré ce projet en sont très satisfaits. Je reçois aujourd’hui des lettres d’encouragement du président Roch Kaboré mais je voudrais que le gouvernement s’implique d’avantage pour soutenir ce genre de projet bénéfique à tous».
Lors du forum culture et emplois en mars 2015 durant lequel Larlé avait présenté son modèle, le ministre de la jeunesse, de la formation professionnelle et de l'emploi sous la transition, Salifou Dembele, avait déclaré "ce modèle permettra sans doute de créer beaucoup d'emplois, et surtout de générer des revenus conséquents, et contribuera ainsi à réduire la pauvreté dans notre chère patrie".