Esma Ben Said
05 Février 2018•Mise à jour: 05 Février 2018
AA / Bujumbura / Jean Bosco
A trois mois du référendum constitutionnel, l’opposition burundaise peine à accorder ses violons pour empêcher le président Pierre Nkurunziza de réviser la Constitution.
Ses velléités de rassemblement sont émaillées de fissures et de récupération au profit du régime de Bujumbura.
La dernière tentative de rassemblement de la galaxie d’opposants burundais, internes et externes, a eu lieu du 26 au 27 janvier 2018 à Nairobi au Kenya.
A l’issue de ce conclave, ils se sont unanimement engagés, à «harmoniser la stratégie de communication sur le comportement de toute l’opposition et sa base sur la question du référendum».
Ils se sont aussi promis de «continuer à combattre ce processus référendaire de tous les dangers pour la survie de la nation burundaise», a appris Anadolu de leur déclaration circonstancielle.
Mais au moment de la publication de ces engagements, d’autres opposants radicaux ont critiqué l’organisation de cette réunion de Nairobi, arguant que certains leaders de partis d’opposition en exil n’y avaient pas été associés.
Quatre opposants en exil ont adressé une correspondance à Jean Minani, président du Conseil national pour le respect de l’Accord d’Arusha pour la Paix et la Réconciliation au Burundi et de l’Etat de droit(Cnared), principale plateforme de l’opposition en exil pour fustiger son «manque de concertation».
Nous vous exprimons «nos vives préoccupations concernant votre manière de diriger notre plateforme», ont-ils déclaré, évoquant notamment, des décisions prises sans concertation.
«Certaines actions, faits et gestes nous indiquent que vous semblez ignorer les leaders de certains partis et personnalités politiques en prenant des décisions importantes sans concertation, aucune», ont ajouté les quatre opposants.
Selon certains observateurs approchés par Anadolu, les opposants burundais peinent à constituer un véritable front commun par manque d’agenda commun.
«L’opposition burundaise souffre d’un manque d’agenda commun, chacun spécule encore sur ses propres intérêts ou ceux de son groupe ethnique ou politique», a déclaré à Anadolu Philippe Niyondiko, politologue.
D’autres estiment que le spectre de la dernière guerre civile (1993-2000) pèse encore sur les esprits.
«Opposants ou pas, les Burundais portent encore les stigmates de la dernière guerre civile, les acteurs clés sont presque les mêmes, il est donc difficile de former une opposition soudée en toute confiance».
C’est aussi cette méfiance inavouée qui conduit certaines figures de l’opposition à claquer la porte du Cnared, principale plateforme de l’opposition en exil.
En février de l’année dernière, trois leaders de l’opposition sont rentrés d’exil pour rejoindre la mouvance présidentielle.
Il s’agit d’Alice Nzomukunza, ex-membre fondateur du Cnared et Présidente du parti Alliance Démocratique pour le Renouveau (ADR), de Mathias Basabose, membre de ce même parti et de Joseph Ntidendereza du parti Alliance nationale pour le développement (Anade).
- Ils ont dit répondre à l’appel de Bujumbura.
«Lors des derniers pourparlers d’Arusha, nous avons eu l'occasion de discuter avec les autorités qui nous ont rassurés et nous ont appelés à rentrer, ne serait-ce que pour nous rendre compte par nous-mêmes de la situation qui prévaut dans le pays», a déclaré à la presse Alice Nzomukunda lors de son retour au Burundi.
Comme pour encourager d’autres défections d’opposants, le régime de Bujumbura les a accueillis avec tambours et trompettes, des postes à la clé.
Début janvier le président Pierre Nkurunziza a nommé Alice Nzomukunda comme vice-présidente du Conseil national pour l'unité nationale et la réconciliation (organe étatique).
Alors que l’opposition vacille, Pierre Nkurunziza reste droit dans ses bottes et veut passer au référendum constitutionnel. La Commission électorale nationale indépendante (Ceni) a déjà fixé ce rendez-vous en mai prochain.
Pour rappel, la nouvelle constitution à soumettre au vote référendaire en mai prochain apporte, notamment, deux changements majeurs : le mandat présidentiel passe de 5 à 7 ans et il est «renouvelable».
Toute référence à l’Accord d’Arusha pour la paix et la réconciliation au Burundi est gommée.
Signé en août 2000 à Arusha au nord de la Tanzanie, cet Accord avait, pourtant, mis fin à une décennie de guerre civile au Burundi.
L’actuelle constitution en est l’émanation. Elle limite à deux les mandats présidentiels consécutifs de 5 ans.
Depuis fin avril 2015, le Burundi est secoué par une grave crise politique et sécuritaire, née de la décision du président Pierre Nkurunziza de briguer un troisième mandat présidentiel jugé illégal par l’opposition et la société civile.
Les violences générées par cette crise ont déjà fait plus d'un millier de morts et poussé plus de 420.000 personnes à fuir le pays, selon un rapport de l’agence de l’ONU pour les réfugiés (UNHCR) publié le 31 décembre 2017.