Hatem Kattou
15 Mars 2017•Mise à jour: 16 Mars 2017
AA / France / Patrick Juillard
La Confédération africaine de football (CAF) fête son soixantième anniversaire cette semaine à Addis-Abeba, la capitale de l’Ethiopie.
Fondée le 10 février 1957 par les quatre pays africains membres de la FIFA de l'époque (Egypte, Soudan, Afrique du Sud, Ethiopie), l’instance panafricaine se réunit pour l’occasion en Congrès et procèdera à l’élection de son président, jeudi lors d’une Assemblée générale élective.
Deux candidats sont en lice : le Camerounais Issa Hayatou (70 ans), président sortant en poste depuis 1988, et le Malgache Ahmad Ahmad (54 ans), président de la Fédération malgache de football. Parmi les propositions de son programme, figure le rétablissement de l’âge limite de 70 ans pour le président. Une disposition supprimée par le sortant pour briguer un huitième mandat.
Ce scrutin intervient dans un contexte de tensions plutôt inhabituel pour la CAF. Parfois regardé de haut lors de l’annonce de sa candidature en janvier dernier, Ahmad Ahmad a depuis engrangé un nombre non négligeable de soutiens parmi les 54 associations nationales membres de la Confédération.
Si les Etats francophones d’Afrique de l’Ouest et d’Afrique centrale sont traditionnellement derrière Issa Hayatou, la COSAFA (Conseil des Associations de Football en Afrique Australe, 14 associations membres, dont Madagascar) s’est officiellement rangée derrière la candidature Ahmad. Le président de la Fédération djiboutienne, Souleiman Hassan Waberi, a fait de même, tout comme son homologue nigérian, AmajuPinnick.
L’hypothèse de voir cet homme neuf, il y a deux mois, détrôner le supposé inamovible Issa Hayatou ne paraît donc plus aussi improbable qu’elle ne semblait l’être au départ. Les échecs cuisants de l’Angolais Armando Machado en 2000 et du Botswanais Ismail Bhamjee en 2004 n’ont en tout cas pas refroidi le Malgache Ahmad Ahmad, qui se pense à l’abri d’un tel sort.
« Je ne dis pas que je vais gagner mais je ne pense pas qu’on pourra nous ridiculiser », déclarait l’intéressé à un média français la semaine passée.
La contestation du président sortant n’est pas la seule source de turbulences pour la Confédération africaine de football. Les dernières semaines ont été marquées par les démêlées judiciaires de l’instance avec un de ses membres fondateurs, en l’occurrence l’Egypte. Le Caire conteste les conditions d’attribution des droits télévisés des compétitions africaines au groupe français Lagardère et a saisi en décembre l’Autorité de la concurrence égyptienne.
L’affaire ne s’en est pas arrêtée là. Une procédure contre la CAF, son président et son Secrétaire général (le Marocain Hicham El Amrani), a été ouverte devant la Cour économique d’Egypte, au motif qu’une offre concurrente à celle de Lagardère n’aurait pas été examinée dans les formes adéquates. Accusant la chambre arbitrale égyptienne d’instruire à charge, la Confédération estime, de son côté, que cette offre« ne remplissait pas les conditions financières, techniques, et autres conditions généralement requises pour des transactions de cette nature dans l’univers des droits marketing et médias des événements sportifs ».
Enfin, la fin de l’ère Sepp Blatter et l’arrivée de Gianni Infantino à la tête de la FIFA paraît de nature à rebattre les cartes. Officiellement, l’instance faîtière ne prendra pas parti dans l’élection à la présidence de la CAF. Mais de nombreux observateurs jugent pourtant le successeur de Sepp Blatter sensible à la candidature Ahmad.
Lors de sa récente tournée africaine, le dirigeant a fait la part belle aux pays anglophones, souvent favorables au Malgache. Par ce soutien officieux, il s’agirait notamment de faire payer à la CAF son soutien, lors de l’élection à la présidence de la FIFA, à la candidature du président de la Confédération asiatique (AFC), le Cheikh Salman, battu par Infantino.