Mohamed Hedi Abdellaoui
22 Janvier 2016•Mise à jour: 23 Janvier 2016
AA/ Cotonou(Bénin) Serge Daviv Zoueme
Ils n’ont plus pignon sur rue. Leurs maîtres résistent de justesse, voire, agonisent. Frappés de plein fouet par le terrorisme qui ronge l’Afrique de l’ouest, ils s’accrochent à la dernière lueur émanant de leurs chefs d’œuvres occupant le coin.
Les ateliers d’orfèvrerie qui pullulaient autrefois partout dans les quartiers traditionnels de Cotonou (Bénin), se comptent aujourd’hui sur les doigts de la main ou presque.
A Gbégamey, en plein cœur de la capitale économique béninoise, le vieux Mamadou Lo scrute les étroits horizons de son atelier. Ce Sénégalais installé au Bénin, a transmis son art à son fils Mourtala Lo, un quadragénaire.
Mais, les jours de ce dernier s’annoncent plus durs que ceux de son père.
«La menace sécuritaire est à l’origine du déclin de notre métier. Nos produits sont plus ou moins chers, étant principalement prisés par les touristes. Or, l’activité touristique se veut en baisse, en raison des attaques terroristes perpétrées par Daech et Al-Qaida, dans divers pays d'Afrique de l'ouest, ces derniers temps », se désole Mamadou.
Français, Belges, Hollandais, Suisses, Turcs, Anglais et Américains entre autres étaient, de l’avis de l’artisan fils, les principaux clients de l’atelier Lo. Mais, en quelques années, ces visiteurs fortunés se sont faits rares et les recettes plutôt maigres.
D’ailleurs, le Bénin est partie prenante de la Force multinationale mixte pour la lutte contre Boko Haram et les touristes craignent, fait observer Lo, des attaques revanchardes du groupe armé nigérian.
A l’origine du déclin de la bijouterie au Bénin, il y a également l’absence d’écoles de formation professionnelle.
« La relève n’est pas assurée. En l’absence d’écoles spécialisées, la plupart des artisans sont contraints d’embaucher leurs fils, car on a peur d’engager des apprentis qu’on ne connaît pas.
Nos articles sont de petites tailles mais très chers, on craint le vol». Lo père a intégré le métier il y a plus de trois décennies.
«J’ai commencé par travailler aux côtés de mon père au Sénégal durant près de 30 ans avant de venir au Bénin », témoigne-t-il.
Pour lui, les beaux temps sont toujours mémorables malgré les brumes qui entachent l’horizon du métier.
« Autrefois, la pièce d’argent (unité de mesure contenant 32 grammes) se vendait à 30.000 Francs Cfa (49,16 USD), le gramme d’or à 25.000 Francs Cfa (40,97 USD), un ensemble collier, bracelet, boucles d’oreilles et bague pesant 10 grammes d’or à 250.000 Francs Cfa (409,73 USD) et les affaires marchaient à merveille».
Par les temps qui courent, ce n’est plus le cas : « Nous achetons l’argent au Nigéria, au Ghana et en Afrique du Sud, nous nous déplaçons à l’intérieur du Bénin pour nous approvisionner en or, mais les recettes peinent souvent à couvrir les dépenses », regrette-t-il.
Le Bénin est un des pays qui produisent de l’or en Afrique, même si, au ministère des mines béninois, aucune précision en termes d’évaluation de gisement d’or et de la place du pays en matière de production d’or n’a pu être obtenue.
Mais, les principaux producteurs du continent demeurent l’Afrique du Sud (une moyenne de 300 tonnes ces dernières années), le Ghana (plus de 75 tonnes), le Mali (50 tonnes en moyenne), la Tanzanie (idem), la Guinée et le Zimbabwe (de 10 à 20 tonnes selon les années), la République démocratique du Congo (pas de chiffres officiels).
Au total, plus de 34 pays africains produisent de l’or, réalisant une production totale de plus de 600 tonnes d’or par an, soit environ le quart de la production annuelle mondiale.