AA/Nairobi (Kenya)/ Magdalene Mukami
Pour la majorité des habitants du Kenya, obtenir de l’eau potable est une lutte de tous les jours.
Géographiquement, le pays est situé dans une région où le niveau des précipitations varie de manière conséquente, aussi bien en quantité et que selon la zone.
L'extraction de l’eau – aussi bien pour les zones urbaines que pour l’agriculture – a augmenté de manière significative ces dernières années, provoquant la pénurie.
Le Programme des Nations unies pour l'environnement (PNUE) estime que dans la majorité des régions du Kenya, les femmes et les enfants passent environ un tiers de leur journée à se procurer de l’eau.
« A travers les phénomènes de déforestation et de dégradation des bassins hydrologiques, le Kenya a diminué la capacité de la nature à fournir les quantités d’eau qu’elle réussissait à fournir par la passé » a déclaré le Directeur général du PNUE, Achim Steiner.
« La zone de couverture forestière a été considérablement réduite, ce qui signifie que la capacité de la nature à récolter et stocker l’eau de pluie sur une année a également considérablement diminué » a expliqué Steiner.
Le directeur du PNUE a noté que dans un pays comme le Kenya, où 70% de l’eau est utilisée pour le secteur agricole, le gouvernement doit investir dans un meilleur système de distribution de l’eau.
« Nous devons examiner comment nous pouvons utiliser l’eau de manière plus efficace, en introduisant des cultures plus résistantes à la sécheresse. Nous pouvons nous exercer à récolter l’eau et apprendre à préserver les bassins hydrologiques qui fournissent souvent l’écoulement d’eau des rivières qui alimentent l’agriculture» a ajouté l’expert des Nations Unies.
Les Kenyans, dont le nombre est estimé à 44,3 millions, doivent comprendre l’importance de la récolte d’eau, dont de grandes quantités sont souvent perdues, a insisté Steiner.
«S’ils ne le font pas, cela aura comme conséquence que les eaux usées ne pourront plus être utilisées par l’Homme» a conclu Steiner.
Le responsable du PNUE a, par ailleurs, salué le gouvernement kényan pour sa gestion d’aquifères récemment découverts.
En 2012, le Kenya a découvert d’importantes sources d’eau géologiques (aquifères) à Turkana, comté du nord-est du Kenya, une des régions les plus sèches, chaudes et pauvres d’Afrique.
Le comté est connu pour abriter les communautés pastorales du Kenya. La plupart des habitants subsistent grâce au lait et à la viande du bétail qu’ils élèvent.
Pourtant, deux années après la découverte des vastes réserves d’eau à Turkana – qui permettraient de fournir le pays en eau pendant 70 ans – la communauté locale continue à souffrir de pénurie d’eau.
Steiner a, cependant, salué la volonté du gouvernement de ne pas précipiter le projet de développement.
«Cela dit, ces communautés vivent dans cette région depuis des centaines d’années. Ils sont en majorité des pastoraux qui ont appris à gérer la rareté de l’eau comme faisant partie de leur tradition » a expliqué Steiner.
« Le gouvernement ne devrait pas seulement installer des puits de forage et rendre la population sédentaire, il devrait améliorer les points d’eau – pour les humains comme pour le bétail » a ajouté l’expert.
Steiner a également indiqué que d’ici 2030, un tiers - ou plus – de la population mondiale fera face à des pénuries d’eau.
« Il est grand temps que nous reconnaissions que la rareté de l’eau et la sécurité de l’eau sont des questions essentielles à une vie harmonieuse dans nos communautés et avec les pays voisins» a plaidé l’expert.
La semaine dernière, des experts en eau du monde entier se sont rencontrés dans les bureaux des Nations Unies à Nairobi, capitale du Kenya, pour discuter de la sécurité mondiale de l’eau.
D’après un rapport publié durant la conférence internationale de trois jours, 11% de la population mondiale – environ 783 millions de personnes – n’ont pas accès à de l’eau potable.
Le rapport a, également, montré que la situation était encore plus grave en Afrique où environ 457 millions de personnes n’ont pas accès à des services sanitaires de base.
«L’eau est quelque chose qui peut nous unir si nous la gérons correctement. Et qui peut nous diviser terriblement, si nous nous retrouvons dos au mur, sans aucune source d’eau» a conclu l’expert de l’ONU.