Bilal Müftüoğlu
01 Septembre 2016•Mise à jour: 01 Septembre 2016
AA - Paris - Bilal Muftuoglu
La France a appelé jeudi les parties au Gabon à "la plus grande retenue" après les affrontements survenus dans la nuit de mercredi à Libreville à la suite de l'annonce de la victoire d'Ali Bongo à l'élection présidentielle du 27 août dernier.
Dans une déclaration transmise par le Quai d'Orsay, le ministre français des Affaires étrangères Jean-Marc Ayrault a fait part de sa "vive préoccupation" face aux affrontements à Libreville, déclenchés à la suite de la contestation des résultats électoraux par Jean Ping et le reste de l'opposition gabonaise.
"Dans le cadre d’un processus électoral, il n’y a aucune place pour la violence", a souligné le chef de la diplomatie française, appelant les parties à la retenue afin d'"éviter de nouvelles victimes".
"Il faut que la confrontation cesse au plus vite et que la sécurité des personnes soit assurée. C’est dans l’intérêt supérieur du Gabon et de tous les Gabonais", a encore affirmé le ministre français.
Ayrault a également réitéré son appel à une contestation des résultats, "par les voies juridictionnelles, dans le cadre d’une procédure transparente et impartiale", notamment pour établir "de manière incontestable" la "sincérité" du scrutin.
La France avait exprimé sa "préoccupation" mercredi soir suite à la victoire annoncée d'Ali Bongo avec 49,80 % des voix contre 48,23 % à son adversaire. "Les conditions de l’annonce des résultats de l’élection présidentielle au Gabon sont une source de préoccupation. La France réitère son souci de transparence", avait déploré le Quai d'Orsay, estimant "nécessaire" l'annonce des résultats de tous les bureaux de vote.
Le Quai d'Orsay avait estimé, plus tôt dans la journée, que la Présidentielle de samedi dernier s'était déroulée "dans le calme", tout en disant redouter "d'éventuelles contestations". Cette annonce faisait suite notamment aux propos du porte-parole du gouvernement gabonais, Alain Claude Bilié-By-Nzé, dans lesquels il dénonçait "l'ingérence" d'un certain nombre d'Etats, dont la France, dans l'objectif de "perturber" l'élection présidentielle dans son pays.
Le Parti socialiste français avait pour sa part pris une position ouvertement favorable à Jean Ping, crédité de 48,23% des suffrages, estimant, dans une déclaration diffusée au lendemain du scrutin, dimanche, qu'une "alternance" serait "signe de bonne santé démocratique et un exemple".
Les relations entre la France et le Gabon s'étaient détériorées depuis plusieurs mois selon nombre d'observateurs qui spéculaient sur un possible "désengagement" de Paris à travers un "retrait de soutien" à Ali Bongo.
En témoignent, notamment, l'arrestation, l'année dernière en France, du directeur du cabinet présidentiel gabonais, sur fond d'une affaire de "corruption", ainsi qu'un feuilleton judiciaire ouvert depuis des mois en France, à l'initiative de la demi-soeur de Bongo contestant l'authenticité de l'acte de naissance de celui-ci.
Ce "malaise" qui ne semble pas avoir estompé sa visite officielle en France, en septembre dernier, s'expliquerait, selon les mêmes sources, par les tentatives d'Ali Bongo, depuis son accession au pouvoir en 2009, de s'affranchir du giron stratégique français, dans lequel avait baigné son père, Omar Bongo, ancien président du Gabon (1967-2009).
"Peu après son accession au pouvoir, Bongo a cherché à emboîter le pas au Rwanda qui avait pris ses distances avec la France après le génocide 1994. Mais ce qu'un [Paul] Kagame [président rwandais, ndlr] pouvait se permettre de faire, un Bongo s'en est révélé incapable" avait déclaré Ousmane Beye, universitaire sénégalais, dans une précédente interview avec Anadolu.