AA/Tunis/Safwene Grira
Le Tchad compte en découdre avec le groupe terroriste Boko Haram avant la fin de l'année 2016, a assuré, dans un entretien avec Anadolu, Moussa Faki Mahamat, ministre des Affaires étrangères tchadien.
"Nous travaillons pour que 2016 soit l’année de l’éradication de Boko Haram", a-t-il affirmé, à Tunis, en marge de sa participation à une conférence régionale des pays voisins de la Libye, sur la situation qui prévaut dans ce pays.
En août de l'année dernière, le Président tchadien Idriss Deby Etno assurait que le groupe armé d'origine nigériane était "décapité". De fait, "ces derniers mois, il n'y a pas eu d'attaques de Boko Haram au Tchad. La vigilance et l'action de nos forces de sécurité y étaient pour beaucoup", a expliqué le chef de la diplomatie tchadienne et ancien Premier ministre (2003-2005), en rappelant toutefois que la "vigilance" reste de mise.
Le groupe terroriste avait essuyé depuis le début de l'année de sérieux revers, grâce, particulièrement, à la Force Multinationale Mixte (FMM) qui réunit les pays frontaliers du Lac Tchad (Cameroun, Niger, Nigéria et Tchad). Des centaines de combattants du groupe ont été neutralisés, des centaines d'otages libérés, ce qui aurait acculé Boko Haram à un changement tactique.
"Boko Haram, sous sa forme militaire classique, (..) est fortement diminué. On n'assiste presque plus à des attaques classiques militaires. Il a, en revanche, adopté une autre forme de lutte, celle des attaques kamikazes. C'est un phénomène difficilement contrôlable, et qui peut prendre encore un certain temps", a reconnu Moussa Faki.
La difficulté tient en outre, à la circonstance que le Tchad, de part sa position géographique, n'est pas à l'abri des velléités expansionnistes d'autres groupes armés, notamment, al-Qaïda au Maghreb Islamique (AQMI). Outre les récentes et différentes attaques menées successivement à Bamako, à Ouagadougou et à Grand Bassam en Côte d'Ivoire, le Niger a été visé, la semaine dernière, par une incursion meurtrière d'AQMI, qui a tué trois gendarmes.
"C'est une internationale terroriste, avec des ramifications, des liens et parfois une coordination de leurs actions. Un pays comme le Tchad, de part sa position géographique, est également frontalier de la Libye. C'est donc un pays sahélien pratiquement encerclé par des zones de conflit. Nous avons un territoire très vaste que nous essayons de protéger", a rappelé le ministre tchadien, commentant cette menace terroriste bicéphale (Boko Haram et AQMI)
Alors que son pays assure la présidence de l'Union africaine (UA) depuis fin janvier dernier, le chef de la diplomatie tchadienne a estimé que la résolution de la crise politico-sécuritaire que connaît, depuis bientôt un an, le Burundi est "sur la bonne voie".
En février dernier, cinq chefs d'Etat, représentant différentes sous-régions africaines, se sont rendus à Bujumbura avec deux priorités. Rétablir "le dialogue inclusif" entre les différentes parties burundaises et faire cesser les violences qui écument ce pays depuis le printemps dernier. Ces deux exigences constituent des priorités pour la communauté internationale dont le ballet diplomatique s'est intensifié ces derniers mois.
"Les choses avancent même si ce n'est pas au rythme souhaité. Il y a aujourd'hui un nombre suffisant d'observateurs [de l'UA] qui sont sur place et qui vont rendre compte pratiquement au quotidien de ce qui se passe [au Burundi]", a rassuré Moussa Faki.
Le recours à des mécanismes coercitifs demeure, néanmoins, "possible" si les objectifs impartis ne sont pas réalisés. "Nous ne souhaitons pas arriver à la prise de sanctions, mais il y a des mécanismes qui sont prévus (..) en cas de menaces graves, notamment de violences massives, comme l'intervention de forces africaines pour faire rétablir l'ordre", a rajouté le ministre tchadien en reconnaissant que l'UA a "fait marche arrière" au dernier sommet d'Addis Abeba.
Alors que le Conseil de paix et de sécurité de l'UA avait approuvé l'envoi d'une force africaine d'interposition de 5000 hommes, même sans le consentement de Bujumbura, le 26e sommet africain, tenu en janvier dernier, n'a pas validé cette proposition. Plusieurs chefs d'Etat et de gouvernement de l'UA s'étaient montrés hostiles à ce projet.
Ce dernier sommet avait également vu l'adoption d'une proposition ouvrant la voie à un retrait en bloc des pays africains, de la Cour Pénale Internationale (CPI). N'ayant jugé que des Africains, depuis son lancement officiel en 2002, la CPI a souvent été accusée d'exercer une justice à double vitesse. Le "réquisitoire" de l'ancien président de la Commission africaine, Jean Ping, en 2009, demeure célèbre.
A la question de savoir si l'Afrique se doterait de sa propre Cour pénale, Moussa Faki n'a pas exclu une subrogation au profit de l'actuelle Cour africaine des Droits de l'homme et des peuples de l'UA.
"Nous pensons qu'il faut donner cette compétence pénale à la Cour africaine qui l'habiliterait à traiter des questions concernant le continent africain. L'essentiel c'est que l'impunité ne puisse pas perdurer", a-t-il conclu.