AA/Kinshasa/Pascal Mulegwa
Tirs de gaz lacrymogène dans des paroisses, dispersions des messes et arrestations par dizaines de fidèles de l’Eglise catholique et d'enfants de chœur catholiques... Autant de violences survenues dimanche en République démocratique du Congo et qui ont suscité l'indignation d'organisations internationales, de l’opposition et de l’Eglise.
Le comité de laïcs catholiques avaient appelé à marcher avec "bibles, croix, chapelets et rameaux" le 31 décembre pour presser le président Joseph Kabila à appliquer "intégralement" un accord politique conclu fin 2016 entre son camp et l’opposition sous la médiation des évêques catholiques.
Trop disputé, ce texte consacre la libération des prisonniers politiques et la cessation des poursuites "injustifiées" contre les membres de l’Opposition.
Mais la marche a été violemment réprimée. Cinq personnes ont été tuées dont 4 dans la capitale Kinshasa et une dans le centre du pays, selon la police. Les organisateurs de la marche évoquent de leur côté un bilan de douze morts dont onze à Kinshasa.
- Des répressions qui suscitent l'indignation générale
"Les attaques lancées contre des fidèles rassemblés dans des lieux de culte" et contre "des citoyens (...) voulant que tout soit mis en œuvre (...) pour préparer
sereinement la tenue d'élections crédibles" en RDC sont "inqualifiables et désolantes", a déclaré lundi la secrétaire générale de l'Organisation internationale de
la Francophonie (OIF), Michaëlle Jean, dans un communiqué.
Le bureau des Nations-Unies aux droits de l’homme avait déjà condamné, dimanche, l'utilisation de la force lors de manifestations pacifiques et les violations "graves contre des lieux de culte par les forces de sécurité".
Le Secrétaire général de l’ONU a, quant à lui, appelé Kinshasa et ses forces de sécurité à "faire preuve de retenue et à respecter les droits du peuple congolais aux libertés d'expression et de manifester pacifiquement" déclarait dimanche son porte-parole Stéphane Dujarric dans un communiqué.
De son côté, la France s'est dite "préoccupée par les violences" et a souligné que le droit de manifester pacifiquement était "une composante essentielle de la
démocratie".
Dans un communiqué publié mardi, le ministère des Affaires étrangères "appelle à la tenue effective des élections conformément au calendrier électoral publié le 5 novembre 2017", qui prévoit l'organisation de la présidentielle le 23 décembre 2018.
Le président de la commission de l’Union Africaine, Moussa Faki Mahamat a, pour sa part, mercredi, déploré "profondément" les pertes en vies humaines enregistrées et appelé à "faire la lumière sur tout excès" commis par les forces de l’ordre dans l’exercice de leurs fonctions, "afin que les auteurs de ces actes en rendent compte".
Mahamat a en outre, exhorté tous les acteurs congolais à "faire preuve de la plus grande retenue" et à "s’abstenir de tous actes ou propos de nature à tendre
davantage la situation".
L’Union européenne (UE) a rappelé mercredi les autorités congolaises qu’elles ont "le devoir de protéger leurs citoyens et non de les réprimer. Elles doivent redoubler d'efforts pour mettre pleinement en œuvre la décrispation voulue dans l'Accord de la Saint Sylvestre, permettant ainsi de progresser vers des élections crédibles en 2018 ", selon son communiqué.
- Une barbarie –
Mardi, l’épiscopat qui assurait la médiation entre pouvoir et Opposition s’est déclaré "choqué par des actes ignobles" et demandé une enquête "sérieuse" et "objective" pour rétablir les responsabilités sur les pertes en vies humaines et les agressions physiques", selon un communiqué parvenu à Anadolu.
L’influent cardinal et archevêque de Kinshasa Laurent Monsengwo Pasinya s'est montré particulièrement critique à l'encontre du pouvoir.
"Nous ne pouvons que dénoncer, condamner et stigmatiser les agissements de nos prétendus vaillants hommes en uniforme qui traduisent malheureusement, et ni plus ni moins, la barbarie", a dénoncé mardi le prélat dans une conférence de presse.
"Il est temps que la vérité l’emporte sur le mensonge systémique, que les médiocres dégagent" a-t-il ajouté dénonçant "l’accaparement" des richesses et le maintien au pouvoir du président Joseph Kabila par des méthodes "anticonstitutionnelles".
"Comment ferons-nous confiance à des dirigeants incapables de protéger la population, de garantir la paix, la justice, l’amour du peuple ? A des dirigeants qui
bafouent la liberté religieuse du peuple ? ", s’est interrogé Monsengwo.
C’est une "déclaration politique d’une rare violence, il s’est fait apôtre d’insultes" a répliqué mercredi en conférence de presse, le porte-parole du gouvernement
Lambert Mende félicitant les forces de sécurité qui ont "respecté" le mot d’ordre de "rigueur, de fermeté et de conformité au droit international humanitaire dans la
gestion" des marches.
88 "fauteurs de troubles" dont 77 dans la capitale Kinshasa et 11 dans la ville de Kamina (Sud-est) ont été "appréhendés" et "élargis" après interrogatoires dans
divers postes de police, selon Mende pour qui les "rêves du grand soir ou de l’hécatombe caressés par les initiateurs de ces désordres programmés se sont donc
écroulés comme un château de cartes".
"C’est injuste de la part du Cardinal de méconnaitre le professionnalisme de nos forces de l’ordre. Il est regrettable que le Cardinal soit descendu dans les caniveaux en traitant ses adversaires politiques de dirigeants médiocres’. De lui, on aurait attendu des épithètes plus policés", a encore dit le porte-parole.