Lassaad Ben Ahmed
06 Janvier 2022•Mise à jour: 06 Janvier 2022
AA / Kinshasa / Pascal Mulegwa
Les Nations Unies ont attribué 40 exécutions "extrajudiciaires" aux forces de sécurité congolaises et près de 350 aux groupes armés, en novembre 2021, dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC).
Sur l'ensemble du territoire, "les agents de l'Etat sont responsables de 39% des violations documentées, dont les exécutions extrajudiciaires d'au moins 40 personnes (24 hommes, neuf femmes et sept enfants)", souligne un rapport publié mercredi par le Bureau conjoint des Nations Unies aux droits de l'Homme (BCNUDH).
Le reste des « 61% des violations ont été commises par des combattants de groupes armés, dont les exécutions sommaires d'au moins 345 personnes (258 hommes, 61 femmes et 26 enfants) », ajoute le même rapport.
Le BCNUDH, relevant du Haut-commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme, affirme avoir documenté pour le seul mois de novembre de l’an dernier, « 801 violations et atteintes aux droits de l'Homme sur tout le territoire de la RDC, soit une forte augmentation de 61% par rapport au mois d'octobre (498 violations) ».
Environ 94% des violations documentées en novembre 2021 ont été commises dans les provinces affectées par les conflits (752 violations) et ont entrainé la mort d’au moins 379 civils (276 hommes, 70 femmes et 33 enfants).
La majorité des violations et atteintes a, de nouveau, été enregistrée dans la province du Nord-Kivu (443 violations, soit 59% des violations commises dans ces provinces), suivie notamment de l’Ituri (104 violations), du Tanganyika (96 violations) et du Sud-Kivu (58 violations) où sont actifs les groupes armés les plus sanglants dans l’est congolais.
Le document note que de toutes les parties en conflit, pris individuellement, « les militaires des FARDC (armées de la RDC) ont commis le plus grand nombre de violations dans les provinces affectées » en novembre.
Les exactions attribuées au groupes armés sont réparties entre les combattants de Nyatura, des Forces démocratique alliées (ADF), des Forces démocratiques de libérations du Rwanda (FDLR) ou de la Coopérative pour le développement du Congo (Codeco).
Au mois de novembre 2021, les cas de violences sexuelles liées aux conflits documentés, concernent 70 victimes adultes de sexe féminin, « soit une augmentation significative par rapport au mois précédent (41 victimes) », regrette le BCNDUH.
Les groupes armés sont responsables de la majorité de ces violences (50 victimes), tandis que 20 femmes ont été victimes de violences sexuelles commises par des agents de l’Etat.
La grande majorité des cas de violences sexuelles documentés a été commise dans la province du Nord-Kivu (30 victimes) suivie notamment de l’Ituri (23 victimes), le Tanganyika et le Sud-Kivu (huit victimes respectivement).
Selon le même rapport, dans les provinces non affectées par le conflit, 49 violations des droits de l’homme (6% du total) ont été documentées.
La totalité de ces violations est attribuable aux forces de sécurité, dont 63% à des agents de la PNC (33 violations) et 29% à des militaires des FARDC (15 violations). Les violations commises dans ces provinces ont principalement été enregistrées dans le Haut-Katanga (22 violations) et à Kinshasa (17 violations). Le gouvernement n’a pas réagi immédiatement à rapport.
Les deux provinces les plus touchées par l’ensemble de violations, à savoir, le Nord - Kivu et l’Ituri, sont sous état de siège proclamé depuis 8 mois par le président Félix Tshisekedi pour tenter d’enrayer un quart de siècle de violences dans la région.
La mesure a consacré la gestion des provinces, villes et territoires à des les officiers de l’armée et de la police, mais reste critiquée par son bilan mitigé.
D’après la société civile et l’opposition, les violences se sont accentuées depuis l'instauration de l’état de siège.