Esma Ben Said
03 Novembre 2017•Mise à jour: 05 Novembre 2017
AA/Kinshasa/Fiston Mahamba
Près de 750 millions de dollars, générés par la production minière entre 2011 et 2014, n'a pu être retracé de "manière fiable" dans la comptabilité de l'entreprise minière étatique de la République démocratique du Congo, la Gécamines, indique un rapport de l'ONG américaine Centre Carter, publié vendredi.
Dans un rapport intitulé "Affaire d'État", le Centre Carter indique que plus de deux tiers de recettes de la Générale de carrières et de mines, Gécamines, partent "hors du trésor public".
"Ce rapport représente l'aboutissement de plusieurs années de recherches sur les pratiques contractuelles et financières de la société minière étatique de la République Démocratique du Congo, la Gécamines, et ses partenaires d'investissement les plus importants" note le document de cet organisation non gouvernementale américaine.
Le rapport souligne que ces conclusions ont été obtenues grâce une analyse reposant sur 200 entretiens, un examen de plus de 100 contrats miniers, au moins 1000 documents d'entreprise, ainsi que sur les rapports de l'Initiative pour la Transparence dans les Industries Extractives couvrant la période 2007-2014.
Qualifiant le fonctionnement de la Gécamines d'"État parallèle", l'organisation créée par l'ancien président américain Jimmy Carter en 1982 et présente dans plus de 80 pays démontre à travers la première partie de ce rapport comment la Gécamines a pu utiliser sa position privilégiée pour générer 1,1 milliard de dollars US à partir de transactions de cuivre et de cobalt entre 2011 et 2014.
"Environ deux tiers de ces recettes - soit 750 millions de dollars - ne peuvent pas être retracés de manière fiable dans les registres de l’entreprise" note le Centre Carter.
La même source souligne par ailleurs que le géant minier Congolais disposant de la plus grande réserve et de l'importante exploitation du cuivre et du cobalt dans l'ancienne province du Katanga viole les règles établies par le code minier congolais. La Gécamines détient une centaine de permis, deux fois plus que la limite légale, écrit le rapport.
Dans sa partie consacrée aux recommandations, le Centre Carter suggère aux bailleurs de fonds de conditionner leur appui budgétaire à la Gécamines par la publication des comptes et des audits de cette société.
Par ailleurs le Centre Carter estime qu'il faut envisager au niveau national des poursuites judiciaires, ou même des sanctions, pour les cas avérés de détournements de deniers publics.
Joint au téléphone par Anadolu, Lambert Mende Omalanga, ministre Congolais de médias et communication également porte-parole du gouvernement a indiqué que le gouvernement n'a pas été notifié de la publication de ce rapport et qu'il n'a pas de réaction à émettre sur ce document non encore exploité.
Dans un rapport publié au mois de juillet dernier, l’ONG britannique Global Witness avait également affirmé que 750 millions de dollars américains de recettes minières versées par les entreprise de ce secteur aux administrations fiscales ont échappé au trésor public entre 2013 et 2015.
Ce rapport soulignait que les recettes issues du secteur minier ne profitent pas à la population congolaise mais plutôt à certaines personnalités du régime actuel.
Le ministère Congolais des Mines avait réfuté ces allégations dénonçant Global Witness d'avoir fait recours aux données érronées et teintées de mauvaise foi.