Lassaad Ben Ahmed
23 Janvier 2018•Mise à jour: 24 Janvier 2018
AA / Kinshasa / Pascal Mulegwa
Internet et SMS étaient toujours coupés, mardi, en République démocratique du Congo (RDC), où les fidèles catholiques ont manifesté dimanche contre le président Joseph Kabila, qu’ils pressent de quitter le pouvoir, a constaté le correspondant d’Anadolu.
Suspendu sur instruction des autorités dans la nuit de samedi à dimanche quelques heures avant des manifestations interdites dans plusieurs villes et violemment réprimées par les forces de sécurité, Internet n’était pas encore rétabli, mardi à 14 H GMT.
Contacté par Anadolu, le porte-parole du gouvernement Lambert Mende a indiqué qu’internet devrait être rétabli, mercredi, dans la soirée après des discussions entre les opérateurs de téléphonie mobile et le ministre des Télécommunications.
Un opérateur télécom a indiqué lundi à Anadolu, sous couvert d’anonymat, que l’instruction gouvernementale avait été donnée de façon "informelle" sous forme de menace de fermeture "en cas de récidive".
A Kinshasa, des journalistes internationaux, dont le correspondant d’Anadolu, étaient connectés à internet via des puces du Congo-Brazzaville (voisin) sur les rives du puissant fleuve Congo séparant les capitales des deux pays.
A Goma et Bukavu, deux villes de l’Est du pays, des utilisateurs recevaient internet à travers des opérateurs du Rwanda voisin, selon les habitants.
Bibles à la main, rameaux, chapelets et crucifix, des Catholiques ont manifesté dans plusieurs grandes villes congolaises exigeant l’application intégrale de l’accord conclu aux dernières heures de décembre 2016 entre pouvoir et opposition sous l’égide des évêques catholiques.
Ce texte trop disputé enjoint au pouvoir de libérer des prisonniers politiques et de mettre fin à l’exil des opposants menacés d’arrestation à leur retour au pays.
Les Catholiques exigent de Kabila, au pouvoir depuis 2001, de déclarer publiquement qu’il ne sera pas candidat à sa propre succession.
Cet appel à la mobilisation contre Kabila est le deuxième lancé par le comité laïc de coordination (collectif reconnu par l’épiscopat et Vatican) depuis fin 2017.
A quelques heures du 31 décembre, le gouvernement avait dans un courrier demandé aux opérateurs de téléphonie mobile "de suspendre jusqu’à nouvel ordre" SMS et internet pour des "raisons de sécurité d’État". Le réseau n'est devenu fonctionnel que 48h plus tard.
Six manifestants, dont 4 paroissiens avaient été tués par balles, dans la répression violente de cette marche interdite, selon l'Église qui dénonçait la violation ou la profanation de ses lieux de culte.
Dimanche, certains observateurs de l’ONU déployés à Kinshasa pour recenser d'éventuelles violations des droits de l’homme avaient été "menacés" et "molestés" par les forces de sécurité congolaises, selon sa porte-parole en RDC Florence Marchal.
Tout comme lors de la première marche, six manifestants avaient été tués dimanche, selon l’ONU.
Dans un communiqué émis lundi, la police a livré un bilan faisant état de deux morts par "balles perdues". Une ONG Congolaise (ACAJ) a, quant à elle, confirmé la mort de neuf personnes dans la capitale Kinshasa.
En marge d’une conférence de presse, tenue lundi, le porte-parole de la majorité présidentielle Alain Atundu a dénoncé la marche du 21 Janvier comme une initiative "vaine et vaniteuse". Dans l’ensemble, les Catholiques "n'ont pas suivi cet égarement démocratique, ni la population, d'ailleurs", selon Atundu.
Dans un communiqué parvenu mardi à Anadolu, l'Union européenne (UE) a condamné ces "violences", tout en réclamant des enquêtes judiciaires "effectives afin que les responsables puissent en répondre devant la justice".
La veille de ces manifestations, le chef de la communauté islamique dans ce pays fortement catholique, Cheik Ali Mwinyi a exhorté Kinshasa à "ne pas réprimer les marches" des Catholiques, estimant qu’elles relevaient d’un droit constitutionnel.