Lassaad Ben Ahmed
08 Juin 2021•Mise à jour: 08 Juin 2021
AA / Kinshasa / Pascal Mulegwa
L’organisation médicale et humanitaire internationale Médecins sans frontières (MSF) s’est dit « très préoccupée » et a exprimé son « indignation », mardi, au lendemain d'une attaque contre l'hôpital général de référence de Boga, dans la province de l'Ituri, dans le nord-est de la République Démocratique du Congo (RDC), par un groupe armé sanglant d’origine ougandaise, les Forces démocratiques alliés (ADF).
L’hôpital a été la cible délibérée d'une attaque brutale le 7 juin courant, qui a fait 7 morts, dont 5 civils dans la localité de Boga, relevant du territoire d’Irumu.
La région est frontalière avec l’Ouganda.
Après cet événement horrible, MSF en sait très peu sur les auteurs ou le motif de l'attaque, mais nous en sait assez "pour réaliser que la dernière structure qui fournissait des soins de santé à la population vivant dans cette partie négligée de l'est de la République Démocratique du Congo n'est plus en mesure de fonctionner".
"La pharmacie et la droguerie de l'hôpital ont été pillées, le service de soins intensifs incendié et les bâtiments mis à sac", rapporte l’ONG.
Apres cette attaque, la localité s’est vidée.
« Neuf enfants hospitalisés dans le service pédiatrique de l'hôpital, deux adultes attendent d'être évacués vers l'hôpital général de référence de Gety, soutenu par MSF, car la structure sanitaire est à court de médicaments. Au moins huit patients, dont trois souffrant de blessures par balle, sont arrivés à l'hôpital de Gety hier soir », ajoute MSF.
« Au fur et à mesure que la situation évolue, nous évaluons soigneusement les implications pour les patients. Aucune victime parmi les patients et le personnel n'a été signalée jusqu'à présent, mais nous restons extrêmement vigilants et continuerons à évaluer la situation qui prévaut », ajoute encore MSF, appelant les parties au conflit à « respecter les structures de santé et les hôpitaux en tant qu'espaces humanitaires ».
Elle a en outre appelé à « mettre fin aux intrusions qui menacent la vie des travailleurs de santé, des patients et des soignants ».
L’attaque de l’hôpital de Boga démontre « clairement un mépris flagrant de la neutralité des hôpitaux et des espaces médicaux (…) Toutes les parties ont la responsabilité de veiller à ce que les infrastructures et le personnel médicaux soient respectés », a déclaré dans le même communiqué, Frédéric Lai Manantsoa, chef de mission de MSF en RDC.
Au cours de l’attaque, cinq civils ont été tués et deux assaillants abattus lors de l’intervention de l’armée congolaise, selon le lieutenant Jules Ngongo, le porte-parole militaire de l’Ituri.
Aux côtés du village de Tchabi, Boga a été victime, d’une attaque la semaine dernière, qui a fait 55 morts parmi les civils dont des déplacés. L’attaque de ce lundi a contraint au déplacement les rares habitants qui restaient encore dans le village après les massacres d’il y a une semaine. Au moins 30 déplacés faisaient partie des victimes après l’assaut contre leur campement.
La population s’était ruée vers l'Ouganda voisin, pendant que d’autres habitants s’étaient entassés au bord de la rivière Semuliki et une infirme minorité avait déferlé jusqu’au chef-lieu de la province de l’Ituri, à Bunia.
La province est pourtant sous état de siège, en vigueur depuis début mai.
Province riche en or et en pétrole, l’Ituri est sous le joug des violences. L’armée congolaise fait face à deux grands groupes armés sanglants.
En plus de la CODECO (Coopérative pour le développement du Congo) accusée d’une vague de massacres visant essentiellement des membres des communautés Hema et Alur, les forces gouvernementales et les Casques bleus de l’ONU font face aux Forces démocratiques alliés (ADF), auteur d’innombrables massacres dans le territoire de Beni, au Nord-Kivu voisin.
L’état de siège décrété par Tshisekedi a consacré le remplacement des autorités civiles par des militaires et policiers. Certains promus sont critiqués pour avoir eux-mêmes été d’anciens rebelles dans la région avant d’intégrer ou réintégrer les rangs de l’armée gouvernementale.