Lassaad Ben Ahmed
03 Septembre 2018•Mise à jour: 04 Septembre 2018
AA / Kinshasa / Pascal Mulegwa
La police congolaise a dispersé et interpellé des militants du mouvement citoyen "Lutte pour le changement" (Lucha), lors des manifestations contre la "machine à voter", lundi, en République démocratique du Congo (RDC) qui s'apprête à tenir une élection présidentielle et des législatives le 23 décembre prochain.
A Kinshasa, 27 militants qui "chantaient et troublaient l'ordre public au niveau de la Commission électorale" ont été arrêtées, a affirmé le général Sylvano Kasongo, chef de la police, joint par Anadolu.
Munis de banderoles et interpellés sans résistance, ils ont été relâchés, par la suite, a ajouté l'officier, affirmant leur avoir prodigué des conseils.
Dans les villes de Goma et de Bukavu, frontalières avec le Rwanda, la police a blessé plusieurs militants et en a arrêté plusieurs autres, a indiqué le militant Gloire Wanza, s'exprimant au nom du mouvement Lucha.
A Bukavu, le mouvement déplore une "répression avec des tirs de bombes lacrymogènes. 21 camarades arrêtés, 7 blessés dont 2 graves", selon Wanza, affirmant que la police a grièvement blessé trois militants.
Contacté par Anadolu, le commandant de la police de cette ville, le colonel Job Alimasi a indiqué que ses troupes ont interpellé "23 militants dont la plupart seront poursuivis " en justice.
Le 21 août dernier, Lucha, mouvement citoyen qui se veut non partisan et non violent a appelé à manifester contre les machines à voter (machines à imprimer les bulletins de vote après choix du candidat par l'électeur au moment du vote).
Fabriquées par une entreprise sud-coréenne (Miru System), ces machines ont été commandées par la Commission électorale pour les scrutins de décembre.
Cette commission a dénoncé la semaine dernière un "faux débat politique" au sujet de ces outils, dont l'utilisation permet d'économiser plusieurs millions.
Ces dernières semaines, la Commission électorale multiplie les campagnes de vulgarisation de ce dispositif de vote électronique controversé.
L'opposition récuse l'usage de ces machines, estimant qu'elles favorisent une fraude massive au profit des candidats alignés par la majorité présidentielle, dont l'autorité morale, Joseph Kabila, s’est abstenu de briguer un troisième mandat.
Âgé de 47 ans, dont 17 ans au pouvoir, Kabila a désigné comme candidat à la présidentielle, le chef de son parti (PPRD) Emmanuel Ramazani Shadary.
Reportées à deux reprises, les élections congolaises risquent d’être ajournées une nouvelle fois, si la classe politique rejette l'usage de ces machines, avait prévenu le président de la Commission électorale, Corneille Nangaa, en réponse à l'opposition et à la société civile qui réclamaient l'usage des bulletins en papiers.