Lassaad Ben Ahmed
28 Novembre 2017•Mise à jour: 28 Novembre 2017
AA/Kinshasa/Joseph Tsongo
Le calendrier électoral annoncé, sous pression, par la Commission électorale indépendante (Céni) de la République démocratique du Congo, continue de nourrir la polémique, et ce, depuis sa publication le 5 novembre.
En effet, malgré le soutien de la communauté internationale et de la majorité présidentielle, ce calendrier fait l'objet de critiques, surtout en interne. L'opposition et une grande partie de la société civile considèrent que ce calendrier fait gagner du temps au président en place, Joseph Kabila afin qu'il puisse aménager son départ ou éviter des poursuites judiciaires, ou encore rester au pouvoir.
"La fantaisie présentée comme calendrier électoral par le régime de Kabila, à travers sa (Céni), c’est la goutte qui a fait déborder le vase de notre patience en tant que peuple…", a réagit le mouvement citoyen de lutte pour le changement "Lucha", au lendemain de la publication du calendrier électoral.
Dans sa déclaration intitulée : "Kabila et sa (Ceni) déclarent la guerre…le peuple doit se défendre maintenant", Lucha évoque "une manœuvre honteuse qui fait gagner plus de temps à Kabila et son régime afin d’accomplir leur volonté de rester indéfiniment au pouvoir".
Reportée à deux reprises depuis décembre 2016, date à laquelle le dernier mandat constitutionnel de Kabila arrivait à terme, la présidentielle semble toujours entourée de doutes, d'autant que kabila ne semble guère prêt à céder sa précieuse place, estiment des observateurs interrogés par Anadolu.
"Kabila s’accroche à la présidence du pays notamment parce qu’il doit préserver sa fortune immense…", explique à Anadolu, Shopper Kasiki, un analyste indépendant.
Il rappelle, à ce propos, que "Kabila et sa famille ont amassé une énorme fortune, son clan contrôle au moins 80 sociétés dans divers secteurs, avec des centaines des millions de dollars de revenus depuis 2003 et des dizaines de millions en biens matériels", tel que révélé par un rapport du groupe d’étude américain sur le Congo.
Au-delà des intérêts financiers, Kabila craint également pour sa vie, note encore Kasiki, précisant que "nul n'ignore qu'il s’est fait de nombreux ennemis au cours de ses 15 années de règne… D’ailleurs, un collectif d’associations congolaises a déposé en mars 2017 une plainte auprès de la Cour pénale internationale à son encontre pour les exactions commises par ses forces de sécurité".
Au moment où le calendrier électoral crée la polémique, la centrale électorale évoque, elle, des contraintes à dépasser, aussi bien légales, financières, logistiques que politico-sécuritaires, laissant entendre que même le délai fixé par ce calendrier ne saura être respecté sans la réunion d'un ensemble de facteurs.
Le calendrier électoral nécessite, en effet, l’engagement ferme des parties prenantes au processus électoral pour être effectivement mis en œuvre, estime la Céni.
D’abord sur le plan légal, la Centrale électorale demande au gouvernement congolais d’adopter, aussitôt, la loi sur l’organisation de toutes les élections programmées et la répartition des sièges. La présidence de la République pourra à son tour promulguer cette loi deux semaines après.
Concernant les contraintes financières, la Céni demande au gouvernement d’actualiser à la fin de ce mois de novembre le plan de décaissement des fonds. Et à la Monusco d’élaborer un plan de mise à disposition des moyens pour l’appui logistique. Même les partenaires financiers au niveau international n’ont que ce mois de novembre pour tracer leurs plans de financement des élections.
Face à la dernière contrainte politico-sécuritaire, liée à la maîtrise et à l'encadrement des troubles qui peuvent perturber le processus électoral, la Ceni responsabilise, à cet effet, le gouvernement et la mission onusienne.
La commission électorale nationale indépendante en RDC, appelle les partis politiques et la société civile à exprimer leur engagement et volonté d’accompagner sans faille ce processus électoral : « les solutions aux contraintes légales, financières, logistiques et politico-sécuritaires sont les gages d’application effective de ce calendrier.