Lassaad Ben Ahmed
10 Novembre 2021•Mise à jour: 10 Novembre 2021
AA / Kinshasa / Pascal Mulegwa
Au moins 7404 civils, massacrés depuis 2008 dans deux territoires de l’Est de la République démocratique du Congo (RDC), ont été identifiés dans un rapport dénommé “Yotama” qui recense l’identité de toutes les victimes des violences attribuées régulièrement par les autorités congolaises au groupe armé d’origine ougandaise, les Forces démocratiques alliés (ADF).
Le rapport présenté par deux élus frères de la province du Nord - Kivu, Tembos Yotama et Mbenze Yotama recense les violences commises entre 2008 et septembre 2021 dans les territoires de Beni (province du Nord - Kivu) et Irumu dans la province voisine de l’ITURI.
“La situation est tellement dramatique. On a enregistré, entre 2008 à septembre 2021, plus de 2237 attaques qui ont causé la mort de plus de 7404 personnes. Plus de 696 entités ont été attaquées pendant notre période d’étude”, a déclaré le député Tembos Yotama, présentant le rapport qui affirme que “d’autres attaques ont eu lieu dans les endroits surmilitarisés”.
Un pic a été constaté cette année après la déclaration de l’état de siège, en mai dernier par le Président Félix Tshisekedi. Des 1747 victimes, plus de 1200 ont été recensées durant les quatre mois ayant suivi son instauration, d’après le document d’environ 1000 pages.
Si seules trois localités ont été attaquées en 2008, au cours des neuf premiers mois de 2021, plus de 340 agglomérations ont été visitées par les assaillants qui tuent essentiellement à la machette.
Le député Mbusa Mbeze, co-auteur dudit rapport a fulminé contre les autorités, dont la responsabilité “ne devraient pas être la responsabilité les communautés locales”.
« Il y a des villages qui ont été rasés par les assaillants. On arrive dans un village, on tue par exemple 30 personnes. A côté d’eux, on enlève 50 personnes. On les force à devenir des tueurs. Dans l’hypothèse où ceux – là peuvent se déguiser en tueurs après, alors qu’ils avaient été kidnappés, est- ce à eux la faute ? ou à ceux qui sont censés les protéger ? », s’est-il interrogé lors de la présentation du document dont une copie a été mise à la disposition de l'Agence Anadolu.
Selon le volumineux rapport, les années 2008-2013 ont connu moins de massacres. Ce constat est même à l’origine de la compréhension la plus répandue qui attribue le début des massacres en 2014.
La thèse terroriste portée par les autorités congolaises ne servirait qu’à « dissimuler les auteurs des massacres », selon le rapport, qui qualifie de « crime de génocide » ces atrocités car « 95 % des victimes » sont de l’ethnie Nande.
« Au total, nous avons identifié 5 891 victimes Nande et 319 victimes d'autres communautés. Certaines victimes, découvertes égorgées et abandonnées dans la brousse en putréfaction très avancées n'ont pas pu être identifiées », rajoute Tembos Yotama.
Les auteurs de ce rapport se demandent notamment pourquoi les Nations Unies semblent trainer les pieds pour qualifier ces drames de génocide. Les auteurs du rapport recommandent aux autorités d’alléger la fiscalité dans la région martyre et de muter vers d’autres provinces tous les officiers issus des anciennes rébellions.
A la communauté internationale, le rapport recommande de créer un tribunal pénal international pour la région, un plaidoyer également porté par le prix Nobel de la paix Denis Mukwege.
Le document a été mis à la disposition des autorités et de plusieurs chancelleries occidentales pour une « mobilisation internationale » en faveur du retour de la paix.
Si les autorités et les États Unis soutiennent que l’ADF est affilié à Daech, les Nations Unies sont restées muettes sur cette thèse qui repose essentiellement sur des revendications de Daech via ses plateformes de propagande.