AA/Kinshasa/Pascal Mulegwa/ Audrey Lubefu
Quelque 70 groupes et groupuscules armés, nationaux et étrangers, sévissent, aujourd'hui, dans l’Est de la République démocratique du Congo (RDC), soit trois fois plus qu’en 2008, selon des sources concordantes.
La fragmentation de ces groupes, la persistance des conflits locaux, la tension avec des pays limitrophes, ainsi que le trafic des minerais, sont les principaux facteurs expliquant cette prolifération armée.
Les Forces démocratiques de Libération du Rwanda (FDLR), Forces démocratiques alliées ougandaises (ADF) et les Forces nationales de Libération du Burundi (FNL), sont les principaux groupes, alors que les autres, de taille plus réduite, sont d'origine congolaise.
Les Forces démocratiques de Libération du Rwanda (FDLR) se présente, ainsi, comme la plus importante de ces formations, aussi bien en termes de nombre que d’influence, indique une récente cartographie (décembre 2015) sur les groupes armés en RDC, réalisée par le Groupe d’Etudes sur le Congo (GEC) (Université de New York).
Vu toutefois la difficulté d’avoir des statistiques exhaustives, le nombre exact de ces rebelles demeure inconnu. Ils seraient entre 1000 et 2500, soit plusieurs fois plus que tout autre groupe armé dans l’Est de la RDC, selon le GEC.
Les FDLR, est un groupe armé formé en RDC en 2000. Il défend les intérêts des Hutus rwandais réfugiés en RDC et opposé au Président rwandais Paul Kagame. Il serait une émanation de l'Armée de libération du Rwanda et compterait dans ses rangs des responsables du génocide rwandais, fait qu’il nie catégoriquement.
En plus des FDLR, deux autres principaux groupes armés étrangers continuent d’opérer dans l’Est de la RDC.
Il s’agit des Forces démocratiques alliées ougandaises (ADF) et de l’aile Aloys Nzabampema des Forces nationales de Libération du Burundi (FNL).
Les deux groupes sont de petite taille : Le premier ne dépassant pas les 300 éléments et le deuxième probablement la moitié de cela, selon la même source.
De l’avis de la société civile locale et des observateurs, les ADF sont derrière une série de massacres autour de la ville de Beni. Opposés au Président ougandais Yoweri Musevini, ils se sont installés, aux environs de 1995, dans le Nord-Kivu (Est) et y multiplient les attaques contre les populations civiles. Ils auraient tué, depuis octobre 2014 et à ce jour, au moins 650 civils, selon l'ONG locale, "Convention pour le Respect des Droits Humains", basée à Oïcha, chef-lieu du territoire de Beni.
Ce groupe, dont le commandant Jamil Mukulu a été arrêté en 2015, a largement abandonné son ambition de renverser le gouvernement ougandais. Il s’est, en revanche, ancré dans des dynamiques locales de violence, relativisant du coup son statut de groupe armé d’origine étrangère, selon le GEC. Alors que la plupart de ses membres sont de confession musulmane, la dimension idéologique extrémiste est parfois attribuée à leurs exactions.
Les FNL Nzabampema constituait, quant à lui, un groupe marginal jusqu'au début de l’année 2015, affichant depuis la crise au Burundi, un net engagement dans la lutte contre le régime burundais.
Pour ce qui est des autres groupes armés, ils sont d'origine congolaise, comme les Maï Maï qui luttent contre des groupes s'attaquant aux civils. Le GEC indique que la plupart des groupes locaux, recensés grâce à un travail de terrain, sont de taille réduite, ne comptant pas plus de 200 éléments alors que d’autres se présentent sous forme de «micro-milices avec pas plus de 10 à 20 combattants».
- Le nombre des groupes armés a triplé entre 2008 et 2015
D'une vingtaine, en 2008, selon l’ONU, le nombre de ces groupes est estimé à "plus de 70" selon le rapport du GEC. Parmi les principaux facteurs qui expliquent ce phénomène, il y la « fragmentation » de la majorité de ces groupes.
Interrogé par Anadolu, le député Juvénal Munubo Mubi, rapporteur de la sous-commission Forces armées au sein de l’Assemblée nationale, a confirmé que des scissions internes au sein de ces groupes, "plus pour des raisons d'opportunité que pour des raisons idéologiques", sont derrière la récente prolifération.
"La plupart (…) opèrent dans des zones potentiellement riches en terme de minerais (…). Ils se cachent derrière des revendications ethniques, politiques ou communautaires", a déclaré à Anadolu Omar Kavota, directeur du Centre d’études pour la promotion de la démocratie, la paix et les droits de l’Homme (Cepadho).
Il explique, aussi, que le trafic de minerais attise la convoitise des groupes armés, dans une région frontalière, au sous-sol très riche, qui constitue le terrain de "tensions" toujours en cours avec le Rwanda et l'Ouganda voisins. Ces facteurs ne permettent pas d'envisager des solutions communes, même que le Rwanda a été accusé, fin 2013 par l'ONU, de chercher à déstabiliser la RDC voisine en soutenant au M23.
"L’instrumentalisation des rébellions par des politiques, le soutien que leur apportent certains officiers de l’armée et l’échec ou l’absence de la [politique de] démobilisation» sont d’autres facteurs qui expliquent cette poussée, selon le GEC.
Des observateurs estiment, de leur côté, que certaines rébellions ont gagné du terrain suite à des différends entre Kinshasa et la Mission de l’ONU, la MONUSCO. D'après ces mêmes sources, cette mésentente trouve son origine dans "la sensibilité souverainiste" de Kinshasa qui voudrait voir la MONUSCO quitter le sol congolais.
Par ailleurs, la persistance de certains conflits locaux ont fourni un terrain fertile à la prolifération de ces groupes, souligne encore le GEC. Des experts mettent toutefois en garde contre la réduction de ces conflits à leur seule dimension ethnique ou communautaire.