Esma Ben Said
10 Novembre 2017•Mise à jour: 10 Novembre 2017
AA/Kinshasa/Pascal Mulegwa
Le procès d’un élu local et ses adeptes inculpés pour crime contre l’humanité, viol et autres faits insurrectionnels s’est ouvert jeudi soir à Kavumu, une cité aéroportuaire proche de la ville de Bukavu, capitale de la province du Sud-Kivu dans l’Est de la République démocratique du Congo (RDC).
Censée commencer à 9H, heure locale (07H GMT), la première audience portant identification des prévenus n’a débuté qu’à 19H (17H GMT), a déploré auprès d’Anadolu Jean-Chrysostome Kijana, président de la nouvelle dynamique de la société civile congolaise (NDSCI) fustigeant cette léthargie.
Au total 18 prévenus ont été présentés au tribunal militaire dont le député provincial Fréderic Batumike, et ses adeptes, accusés de crime contre l’humanité par viol, meurtre, participation à un mouvement insurrectionnel et détention illégale d'armes et de munitions de guerre, a renseigné à Anadolu Charles Cichora porte-parole du collectif des avocats des victimes.
Entre le début de l’année 2013 et le milieu de l’année 2016, 48 jeunes filles, âgées de 8 mois à 12 ans avaient été enlevées et violées par les miliciens du Groupe "Jeshi ya Yesu" (Armée de Jésus) dont le député Batumike était le leader, suscitant un tollé mondial et des critiques à l'encontre de Kinshasa.
Le député dont l’immunité a été levée en 2016 par l’assemblée provinciale du Sud-Kivu, est aussi accusé de l’assassinat en mars 2016 d’un défenseur des droits de l’homme à Kavumu.
La milice de Batumike prônait pour ses combattants le viol de très jeunes enfants "pour une protection surnaturelle", phénomène renvoyant à l’invincibilité des combattants lors d’affrontements avec l’armée congolaise, selon la société civile.
Le procès qui s’est pratiquement ouvert dans le noir se déroulera en audiences foraines jusqu’à la fin du mois de novembre, selon l’ONG Trial qui accompagne les victimes et leurs familles.
Le procès de Kavumu "ébranle toute l’omerta et l’inertie judiciaire qui entourent les violences sexuelles dans le Sud-Kivu", déclare dans un communiqué daté du 2 novembre, Philip Grant, directeur de l’ONG. "Que les autorités saisissent enfin ce dossier à bras-le-corps est un formidable pas en avant pour la justice congolaise" ajoute Grant.
Ce procès s’ouvre alors même que Kinshasa se félicite des "progrès" dans la lutte contre les viols des femmes et demande à l’ONU que la RDC soit rayée de la liste noire des pays déchirés par ce phénomène.