AA/ Tunis/ Yousra Ouanes, Bassam Ben Dhaou
Des centaines de Tunisiens ont participé, mardi, à une marche en signe de protestation dans la capitale Tunis contre la hausse des prix, introduite par la nouvelle loi de finances de 2018, et pour réclamer le développement.
Le mouvement protestataire a débuté, devant le siège du théâtre municipal, à l’initiative du mouvement citoyen "Fesh Nestannaw" (Qu’est-ce qu’on attend ?, en dialectal tunisien) et la campagne "Manich Msamah" (Je ne pardonnerai pas) et regagné le siège du ministère de l’Intérieur sis à l’avenue Habib Bourguiba, la principale artère de la capitale, au milieu de renforts de sécurité accrus, a rapporté la correspondante d’Anadolu.
La marche a démarré du Théâtre municipal jusqu’au siège du ministère de l’Intérieur, au milieu de renforts de sécurité accrus.
Les manifestants ont scandé différents slogans dont : "Le peuple veut renverser le Budget 2018", " Pas de peur, pas de panique, les rues appartiennent au peuple", et "Ô citoyen opprimé, la faim et la pauvreté se sont aggravées".
En Tunisie, le début de cette année a été marqué par la hausse des prix dans plusieurs secteurs, en application des dispositions de la loi de finances de 2018.
Pour faire face à la situation économique jugée " très difficile " que traverse le pays, le gouvernement a adopté dans la loi de finances entrée en vigueur le 1er janvier 2018, des réformes "douloureuses mais nécessaires" afin de réduire les déficits du budget de l’Etat, qui, à 6% du PIB en 2017, a été qualifié par plusieurs experts d’"alarmant ".
Les nouvelles mesures portant sur l’augmentation des prix des carburants et autres produits (forfaits internet, parfums, carte de recharge, produits cosmétiques) considérés comme «non essentiels» et introduisant de nouvelles taxes, ont provoqué une flambée des prix et porté un coup dur au pouvoir d’achat des classes sociales pauvres et moyennes.
"Notre revendication fondamentale consiste en l’annulation de la loi de finances de 2018 puisque les répercussions de son application seraient catastrophiques à tous les niveaux sur le pouvoir d'achat et la vie quotidienne des citoyens", a indiqué à Anadolu Anis Harrathi, un activiste du mouvement citoyen "Fesh Nestannaw".
Harrathi a par ailleurs, porté le ministère de l’Intérieur responsable du meurtre d’un citoyen qui a été écrasé, lundi soir, par un véhicule de sécurité dans la ville de Tebourba relevant du gouvernorat de La Manouba.
La vague de protestation qui se poursuit depuis deux jours a pris de l’ampleur, lundi, pour étendre la mobilisation contre la détérioration du pouvoir d’achat et la marginalisation à plusieurs villes à travers le pays.
Le ministère tunisien de l’Intérieur a, de son côté, nié toute implication dans la mort du manifestant à Tebourba.
Pour sa part, Wael Naouar, également activiste du mouvement citoyen "Fesh Nestannaw" a déclaré : "Nous protestons contre les mesures policières répressives destinées à empêcher les manifestations dans le pays, et nous sommes sortis pour faire savoir à tout le monde que nous continuerons à protester".
"Nos mouvements sont pacifiques. Nous condamnons les actes de vandalisme et de pillage", a-t-il renchéri affirmant que "certains commettent ces actes de sabotage pour discréditer leurs protestations."
Il a également indiqué que "le ministère tunisien de l'Intérieur a arrêté 50 activistes de la campagne depuis le début des mouvements (depuis trois jours) et les agents de sécurité ont également agressé, lundi, les manifestants de la ville de Tebourba ".
Le ministère de l'Intérieur a par ailleurs annoncé, mardi matin, dans un communiqué, avoir arrêté 44 personnes sur fond d'actes de sabotage et de vol perpétrés, dans la nuit de lundi à mardi, dans différentes régions de la Tunisie.
Plus tôt dans la journée du mardi, le Chef de gouvernement tunisien, Youssef Chahed a déclaré : "Ce à quoi on a assisté lundi soir, ce ne sont pas des protestations mais des gens qui pillent, vandalisent et agressent les Tunisiens et la démocratie".
Dans la ville de Sfax, des dizaines de personnes se sont rassemblées devant le siège de la province en signe de protestation contre «le meurtre» de l’un des manifestants à Tebourba, hier lundi, au milieu de renforts sécuritaires accrus, selon le correspondant d’Anadolu.
De son côté, le parti Nidaa Tounes (56 députés au Parlement sur 217) a condamné fermement, mardi, «les actes de vandalisme ayant touché lundi les propriétés et les biens privés et publics» dans différentes régions du pays.
Le parti a considéré, dans un communiqué, que «de tels actes illégaux n’ont aucune relation avec la protestation pacifique et civile, garantie par la constitution».
Nida Tounes a exprimé son soutien «à toutes les revendications populaires légitimes afin de protégé le pouvoir d’achat des Tunisiens ».
Il a appelé «le gouvernement de l’Unité nationale à travailler dans le cadre d’un plan clair et minutieux pour clarifier ses orientations économiques et sociales à cet égard et d’expliquer clairement les mesures prises pour couper la route devant les rumeurs propagées sur les réseaux sociaux, dans le cadre d’un plan programmé pour répandre la discorde et le chaos ».
Le Nidaa a réitéré l’appel à la tenue d’un Congrès national du dialogue économique et social, pour discuter toutes les questions économiques et sociales en présence de toutes les forces politiques et sociales.