Nadia Chahed
03 Mai 2017•Mise à jour: 04 Mai 2017
AA/Tunis/Nadia Chahed
«Pays en crise et liberté de la presse», tel est le thème d’une conférence conjointement organisée, mercredi, à Tunis, par l’Agence Tunis Afrique presse (TAP, officiel) , l’Agence française de coopération média (CFI), le ministère français des Affaires étrangères et l’Organisation «Reporters sans frontières» (RSF), à l’occasion de la Journée mondiale de la liberté de la presse.
Cette conférence est l’aboutissement de deux projets mis en œuvre par CFI et l’Institut de recherche sur la méditerranée et le Moyen orient (Iremmo) au profit d’une vingtaine de journalistes libyens, yéménites et irakiens, indique un document distribué à l’occasion.
Il s’agit du projet ILYM ( Irak Libye Yémen médias) et du projet Hiwar (Regards croisées sur le journalisme libyen) conduits entre 2016 et 2017. Les journalistes bénéficiaires ont été appeléz dans le cadre de ces deux projets à réfléchir sur des questions liées à la liberté de la presse et au rôle des journalistes dans les pays en crise.
Des journalistes tunisiens et des pays précédemment cités ainsi que des responsables de médias et des représentants du secteur tunisien de la presse ont pris part à la conférence organisée mercredi dans les locaux de l’Institut Français de Coopération à Tunis.
Celle-ci s’est articulée autour de trois thèmes, à savoir "Comment informer en temps de guerre?, quel rôle pour les médias durant les périodes de crise et de transitions ? et les médias face à un monde arabe dans la tourmente".
«L’information est la première victime en temps de guerre», rappellent les organisateurs, notant que les journalistes tentent, quand même et autant que possible, d’assurer et de mener à son terme la mission.
«Ces derniers sont confrontés à des lignes rouges et essaient tant bien que mal de composer avec elles. Le danger, les questions de sécurité génèrent parfois une tentation d’autocensure et obligent à choisir avec soin le vocabulaire employés » précisent ils dans le document de présentation de la conférence.
«Ainsi, le défi pour le journaliste n’est pas simplement sécuritaire. Il concerne aussi le champ sémantique et déborde sur de vraies questions déontologiques comme la nécessité ou non de tout montrer y compris les images relatives à la violence», souligne la même source.
Des journalistes bénéficiaires des deux projets précités ont exposé chacun son expérience et la situation des médias dans leurs pays respectifs.
Prenant la parole, Abdallah Ismail journaliste yéménite qui a pris part au projet ILYM, a souligné que la situation des médias et des professionnels du secteur s’est nettement dégradée dans ce pays depuis le déclenchement de la crise le 21 septembre 2014.
D’ailleurs, cette situation a été fidèlement relayée par plusieurs rapports d’organisations spécialisées. Au Yémen, les journalistes ont été, dès le déclenchement de la guerre, dans le cercle des ennemis, a-t-il indiqué, ajoutant que des établissements de presse ont été fermés et leurs avoirs ont confisqués.
"Depuis le début de la crise, 19 journalistes ont été tués, 125 autres ont été enlevés alors que 14 sont actuellement jugés par un tribunal terroriste, parce qu’ils ont osé revendiquer le versement de leurs salaires", a-t-il déploré.
En deux ans de crise le Yémen a perdu tous ses acquis dans le domaine de la presse et toutes ses infrastructures média, a-t-il encore relevé, ajoutant que « sans aller jusqu’à dire qu’avant la crise le Yémen avait une liberté de presse, on peut toutefois affirmer qu’il disposait d’une importante expérience en la matière ».