Yosra Ouanes
25 Avril 2023•Mise à jour: 25 Avril 2023
AA/ Tunis / Yosra Ouannès
Un membre du collectif de défense du chef du mouvement tunisien Ennahdha, Rached Ghannouchi, a annoncé, mardi, la décision de ce dernier de "boycotter toutes les convocations du juge d'instruction."
"La convocation de Ghannouchi est devenue une forme d'abus", a déclaré l'avocat Mokhtar Jemai dans un post sur Facebook.
"Ghannouchi a été soumis à plus de 120 heures d'interrogatoire, ou d'enquête, ou de confrontation, et a décidé de boycotter toute citation à comparaître", a ajouté Jemai.
Et de poursuivre : "Il (Ghannouchi) est en prison, vous faites ce que vous voulez".
De son côté, Soumaya Ghannouchi, la fille du chef de file du mouvement Ennahdha, a déclaré dans un tweet que son père "a décidé de boycotter toutes les auditions, après avoir assisté à plus de 120 heures d'instruction dans des affaires montées de toutes pièces avec des dossiers vides".
Jusqu'à 15:55 GMT, les autorités tunisiennes n'ont fait aucun commentaire concernant la décision de Ghannouchi.
Ce dernier a été arrêté le 17 avril par les services de sécurité tunisiens, après une descente à son domicile, avant que le tribunal de première instance de la capitale Tunis n'ordonne son incarcération dans l'affaire des "déclarations qui lui sont attribuées et qui inciteraient contre la sécurité de l'État".
Lors d'un forum politique organisé par le Front du salut national (opposition) à Tunis, le 15 avril, Ghannouchi a mis en garde contre "l'exclusion d'une quelconque partie".
Ghannouchi, l'un des principaux dirigeants du Front de salut national, rejette les mesures d'exception que le président Kaïs Saïed a entrepris d'imposer le 25 juillet 2021, notamment : la dissolution du Conseil supérieur de la magistrature et du Parlement (présidé par Ghannouchi), la promulgation de lois par décrets, l'adoption d'une nouvelle Constitution par voie référendaire et l'organisation d'élections législatives anticipées, boycottées par l'opposition.
Les autorités tunisiennes mènent, depuis le 11 février dernier, une campagne d'arrestations qui inclut des dirigeants et des militants de l'opposition.
Ennahdha et le reste des forces de l'opposition nient généralement les accusations portées contre leurs dirigeants et les considèrent comme des persécutions politiques, tandis que Saïed a accusé certains des personnes détenues dans le cadre de cette affaire de "conspiration contre la sécurité de l'État".
Certaines composantes de la scène politique tunisienne considèrent les mesures d'exception décidées par Saïed comme un "coup d'État contre la Constitution de la révolution (la Constitution de 2014) et une consécration d'un régime autoritaire", tandis que d’autres y voient une "correction du cours de la révolution de 2011", qui a renversé le président de l'époque, Zine El Abidine Ben Ali (1987-2011).
*Traduit de l’Arabe par Mourad Belhaj