Esma Ben Said
03 Février 2018•Mise à jour: 03 Février 2018
AA/Tunis/Bouazza Ben Bouazza
Les journalistes tunisiens ont organisé vendredi des sit-in à Tunis et dans les régions de l’intérieur du pays, pour dénoncer la répression dont ils ne cessent de l’objet de la part de la police.
Dans un communiqué, le syndicat national des journalistes tunisiens (SNJT) accuse aussi « certains dirigeants de syndicats sécuritaires d’incitation et de diffamation à l’encontre des journalistes ».
De nombreux partis politiques et organisations non gouvernementales ont exprimé leur solidarité avec les journalistes dont la Ligue tunisienne de défense des droits de l’homme (LTDH) et l’Ordre des avocats.
Un grand nombre de journalistes se sont ainsi rassemblés vendredi devant le siège de leurs syndicats et devant les bâtiments des gouvernorats dans plusieurs régions portant des brassards rouge et des pancartes appelant au respect de la liberté de la presse.
Le président du syndicat Néji Bghouri a qualifié de « graves » les agressions qui ciblent les journalistes.
Il a fait part à la radio Mosaïque de ses appréhensions quant à la menace qui pèse sur la liberté d’information et d’expression qui constitue « le principal acquis de la révolution », faisant état de centaines de cas d’abus ayant ciblé les médias en 2017, énumérant 40 cas enregistrés pendant le seul mois de janvier dernier.
Il a fustigé « les menaces de torture et de viol » émanant de « milices » et d’agents du ministère de l’intérieur, demeurées impunies jusque là.
« Nous vouons de la considération aux sacrifices des forces de l’ordre dans la lutte contre le terrorisme, mais nous voulons que l’agent de l’ordre se protège lui-même pour qu’il ne se transforme pas en tortionnaire et ennemi du citoyen », a-t-il dit.
De son côté, le dirigeant du Front populaire (opposition) Hamma Hammami a déclaré que le fait de « porter atteinte aux professionnels des médias est, en fait, un coup porté au droit de tous les Tunisiens à l’information et aux acquis de la révolution ».
« Ceux qui rêvent du retour du despotisme se font des illusions », a-t-il martelé.
Présente à la manifestation, la représentante de l’organisation Human Rights Watch (HRW), Emna Guellali a fait état du « recul des indices de la liberté de la presse en Tunisie durant la dernière période, en particulier depuis le déclenchement des protestations en janvier dernier », déplorant « la tendance des autorités à vouloir imposer une orientation bien déterminée aux médias ».
Selon plusieurs médias, le ministre de l’Intérieur, Lotfi Brahem aurait reconnu implicitement ces derniers jours lors d’une audition devant une commission parlementaire, que certains journalistes sont mis sur écoute téléphonique
La Fédération tunisienne des directeurs de journaux (FTDJ) a, dans un communiqué, apporté son soutien au SNJT et son appui aux manifestations qu’il a initiées.
Elle a exhorté les responsables des médias écrits et électroniques à « participer de manière agissante » à ce mouvement en consacrant des espaces à la « journée de la colère » et à traiter des exactions et agressions auxquelles sont confrontées les journalistes.
La FTDJ a, en outre, appelé au boycott des activités du ministère de l’intérieur et des syndicats sécuritaires qui ont porté préjudice aux journalistes.
La LTDH a, dans un communiqué dont l’agence Anadolu a obtenu copie, exprimé son inquiétude face aux campagnes hostiles et aux menaces provenant de responsables sécuritaires à l’endroit des journalistes.
L’organisation de défense des droits de l’homme a dénoncé les agressions graves dont font l’objet les professionnels des médias pendant l’exercice de leur mission, déplorant des violences physiques et verbales, les harcèlements et la saisie de leurs moyens de travail.
La LTDH relayée par l’Ordre des avocats, met en garde contre ces tentatives de faire taire les journalistes par ces pratiques qui rappellent celles de l’ancien régime et demande au ministère de l’intérieur de prendre les mesures disciplinaires et judiciaires contre ceux dont l’implication dans ces agressions aura été établie.
Le parti « Al Joumhouri » (Républicain) a, pour sa part, exprimé « son entière solidarité avec les journalistes dans leur colère légitime en saluant leur prise de position ferme contre les forces réactionnaires ».
Ce parti d’opposition qui a été le fer de lance contre le despotisme de l’ancien régime, « considère qu’une presse libre représente l’un des piliers du régime démocratique et un acquis pour lequel les Tunisiens ont consenti des sacrifices ».
Il appelle le ministère de l’intérieur à « présenter des excuses pour les dépassements ayant ciblé les journalistes et à poursuivre ceux qui sont derrière les menaces proférées contre les plumes libres ».
Selon des médias, une instruction judiciaire a été ouverte vendredi par le ministère public de Sfax (sud) contre un syndicaliste sécuritaire qui a incité dernièrement dans un poste sur sa page Facebook de « torturer et violer » les journalistes.