Yosra Ouanes
11 Janvier 2022•Mise à jour: 12 Janvier 2022
AA/Tunis
Le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l'Homme (HCDH) a exhorté, mardi, les autorités tunisiennes à libérer immédiatement le vice-président du mouvement Ennahdha, Noureddine Bhiri et l'ancien cadre sécuritaire, Fathi Baldi, placés en résidence surveillée à titre « préventif » pour « suspicion de terrorisme ».
Par voie de communiqué, le HCDH, a souligné que « les derniers événements survenus en Tunisie ont accentué nos inquiétudes, déjà vives, quant à la détérioration de la situation des droits humains dans ce pays (…) Nous demandons instamment aux autorités tunisiennes de libérer rapidement Noureddine Bhiri et Fathi Baldi ou de les inculper conformément aux normes de procédure pénale et de manière à garantir le respect de leur droit ».
Et le HCDH d’ajouter, « Les arrestations de l’ex-ministre de la Justice Noureddine Bhiri et du cadre sécuritaire Fathi Baldi, font écho à des pratiques inédites depuis l'ère Ben Ali (régime de l'ancien président, Zine El-Abidine Ben Ali) s’agissant d’enlèvements, de disparitions forcées et de détentions arbitraires ».
« Nous sommes préoccupés par la dégradation de la situation des droits humains en Tunisie, s’agissant notamment du recours abusif à la législation antiterroriste, et de la hausse des poursuites de tribunaux militaires contre des civils », a ajouté le HCDH.
Les autorités tunisiennes n'ont émis pour l’heure aucun commentaire sur le communiqué de l’agence onusienne.
Le ministre de l’Intérieur, Taoufik Charfeddine, avait annoncé, le 3 janvier 2022, que Noureddine Bhiri et Fathi Baldi, avaient été placés en résidence surveillée à titre « préventif » pour « suspicion de terrorisme », sur fond de délivrance de documents de voyage et de citoyenneté tunisiens à un couple de syriens, de manière « illégale ».
Dimanche dernier, Riadh Chouaibi, conseiller politique du président du mouvement Ennahdha, avait déclaré que Bhiri avait été transporté au service de réanimation du CHU « Habib Bougatfa » dans le gouvernorat de Bizerte (nord) dans un « état très grave ».
Âgé de 63 ans, le numéro 2 d’Ennahdha, avait entamé une grève de la faim pour protester contre sa détention depuis le 31 décembre 2021.
Le mouvement d’obédience islamique avait exigé vendredi dernier la libération immédiate de son vice-président, Noureddine Bhiri, et de l'ancien cadre sécuritaire, Fathi Baldi, qui avait été conseiller d’Ali Larayedh, ex-ministre de l’Intérieur d’Ennahdha entre 2011 et 2013.
« Bhiri et Baldi sont détenus arbitrairement en dehors du cadre légal et en l'absence de tout mandat d’arrêt émis par une autorité judiciaire, contrairement à ce qu’a laissé entendre le ministère de l’Intérieur », avait indiqué le parti.
L’affaire Bhiri survient alors que la Tunisie est en proie à une crise politique aiguë depuis le 25 juillet dernier. À cette date, Kaïs Saïed, avait pris une série de mesures d'exception, portant notamment suspension des travaux du Parlement et levée de l'immunité dont bénéficiaient les députés.
Il avait également suspendu l’Instance de contrôle de la constitutionnalité des lois et décidé de légiférer par voie de décrets, de même qu'il a limogé de son poste le chef du gouvernement, Hichem Mechichi, prenant ainsi la tête de l'exécutif, assisté d'un gouvernement dont il a nommé la cheffe en la personne de l’universitaire Najla Bouden Romdhane.
La majorité des forces politiques tunisiennes, dont le mouvement Ennahdha, rejette les décisions de Saïed, qu'elle considère comme étant « un coup d'Etat contre la Constitution », tandis que d'autres partis les soutiennent, estimant qu'il s'agit d'une « restauration du processus de la Révolution » de 2011, qui avait déposé le régime de l'ancien président, Zine El-Abidine Ben Ali (1987-2011).
*Traduit de l’arabe par Majdi Ismail