Tunisie : L’union européenne débloque 270 millions d'euros pour 4 projets
- Quatre conventions de financement ont été signées à l'occasion de la visite du président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker à Tunis, les 25 et 26 octobre
Lassaad Ben Ahmed
25 Octobre 2018•Mise à jour: 27 Octobre 2018
TunisiaAA / Tunis / Bouazza Ben Bouazza
La Tunisie et l'Union européenne ont signé, jeudi, quatre conventions de financements d'un montant global de 270 millions d'euros à l'occasion de la visite de deux jours à Tunis du président de la Commission européenne (CE), Jean-Claude Juncker.
Les documents ont été signés au cours d'une cérémonie organisée au palais de Carthage en présence du président tunisien Béji Caïd Essebsi et de Jean-Claude Juncker, par le ministre du Développement, de l'investissement et de la coopération internationale Zied Laadhari et du Commissaire européen à l'élargissement et à la politique européenne de voisinage, Johannes Hahn.
Les conventions sont destinées à financer quatre programmes d'appui.
Le premier est consacré à la justice pour 60 millions d'euros, le deuxième pour la transition énergétique (50 millions d'euros), le troisième à la réforme fiscale et l'inclusion financière (70 millions d'euros) et le quatrième pour renforcer la compétitivité et les exportations (90 millions d'euros).
Le président Caïd Essebsi s'est félicité, à cette occasion, de l'appui constant de l'Union européenne au processus démocratique en Tunisie, ce qui illustre, selon lui, "l'aspect stratégique du partenariat entre les deux parties".
Il a formulé le souhait de voir l'UE accroître son appui, eu égard aux multiples défis auxquels la Tunisie est encore confrontée.
Le chef de l'Etat a, par ailleurs, appelé son partenaire européen à retirer la Tunisie, "dans les plus proches délais", des listes noires des pays considérés comme étant des paradis fiscaux et ceux taxés de blanchiment d'argent et de financement du terrorisme.
De son côté, Juncker a souligné que l'Union européenne a toujours été aux côtés de la Tunisie, notant que l'UE lui a accordé depuis 2011, année de la révolution tunisienne qui a marqué le début du processus de réformes, pas moins de 10 milliards d'euros, auxquels s'ajoutent les 270 millions octroyés jeudi.
"Nous sommes des amis, nous pouvons faire de grandes choses ensemble", a-t-il prôné.
Selon lui, les relations entre l'Afrique du Nord et l'UE ne doivent pas être perçus uniquement sous l'angle réducteur de la migration, mais porter sur d'autres volets.
Il a, dans ce contexte, plaidé pour l'accroissement des investissements en Tunisie par les entreprises européennes et à l'établissement d'un "véritable partenariat dans le domaine de la jeunesse".
Il a fait remarquer que le programme « Erasmus » ne permet actuellement la mobilité que de 1800 jeunes, "ce qui est insuffisant", a-t-il estimé.
Ce programme lancé en 2016, soutient financièrement une large gamme d’actions et d’activités dans les domaines de l’enseignement, de la formation, de la jeunesse et du sport.
Le programme vise à donner aux étudiants, aux stagiaires, au personnel et aux volontaires la possibilité de séjourner à l’étranger pour renforcer leurs compétences et accroître leur employabilité.
En réponse à une question sur le phénomène de la migration illégale, le président tunisien a fait valoir que les migrants "sont des gens désespérés qui fuient les zones de guerre, le chômage et la pauvreté".
Selon lui, "le problème qui est, du reste mondial, va persister tant que ces gens demeurent marginalisés et que la situation humanitaire en Afrique subsaharienne et dans le sud de la Méditerranée reste telle qu'elle est actuellement".
"Aussi, importe-t-il d'agir sur les causes pour en atténuer les effets", a-t-il plaidé.
Tout en adhérant à la nécessité de se pencher sur les causes de la migration illégale, le président de la Commission européenne s'est déclaré pour que "l'Europe reste une terre d'asile qui accueille à bras ouverts ceux qui sont pourchassés, expulsés ou rejetés pour des motifs religieux, raciaux ou d'opinion politique".
"Je ne transigerai jamais sur ce point", a-t-il insisté, en notant que durant les deux dernières années, l'Europe a accordé l'asile à plus de 800.000 réfugiés étrangers.
Le responsable européen a mis l'accent sur "l'apport impressionnant de la Tunisie dans la lutte contre la migration illégale", notant que plus d'un million de Libyens y sont réfugiés à cause de la situation chaotique qui prévaut en Libye.
"Si la Tunisie ne les avait pas accueillis, ils seraient partis vers l'Europe dans leur majorité", en a-t-il conclu.
Juncker a fait état d'un plan européen d'investissement extérieur d'un montant de 44 milliards d'euros, dont 20 milliards sont en cours d'exécution, en plus d'un fonds fiduciaire pour l'Afrique d'une valeur de 4,1 milliards d'euros.
Il a, en outre, révélé que la Commission européenne compte lancer "un vaste projet pour la migration légale".
"Si l'Europe accepte les migrants légaux, il y aura moins de morts en Méditerranée. En revanche, si nous fermons les portes à ceux qui veulent venir en Europe, bien qu'on ait besoin d'eux, car les Africains sont des gens intelligents et ingénieux, ils vont venir par des voies illégales", a-t-il argumenté.