Majdi Ismail
28 Avril 2023•Mise à jour: 28 Avril 2023
AA / Tunis / Majdi Ismail
La morgue du Centre hospitalier universitaire Habib Bourguiba à Sfax, ville côtière tunisienne et point de départ des candidats à la migration clandestine vers l’Italie, est saturée par les corps de migrants après une série de naufrages, ont rapporté vendredi plusieurs médias étrangers et une ONG.
Selon Faouzi Masmoudi, porte-parole du tribunal de Sfax, cité par des médias étrangers « jusqu’à mardi 25 avril, il y avait plus de 200 corps de migrants morts noyés, entassés dans la morgue centrale de Sfax, « bien au-delà de la capacité de l'hôpital universitaire Habib Bourguiba, ce qui crée un problème sanitaire ».
« Nous ne savons pas qui ils sont, ni de quel naufrage ils proviennent et leur nombre augmente », a-t-il fait observer, avant d’ajouter qu’il y a « des enterrements presque tous les jours pour réduire la pression sur les hôpitaux ».
Au moins 30 personnes avaient été inhumées lors de la seule journée du 20 avril, a indiqué Masmoudi, soulignant que pendant la période de l'Aïd « plusieurs cadavres ont été découverts ».
Les migrants décédés sont inhumés après le prélèvement de leur ADN et l'attribution d'un numéro à chaque dépouille pour permettre leur éventuelle identification par des proches, a-t-il indiqué.
Masmoudi a fait part également de difficultés pour leur trouver un lieu d’inhumation.
De son côté, Romdhane Ben Amor, porte-parole du Forum tunisien pour les droits économiques et sociaux (FTDES, ONG), a indiqué que « depuis le début de l’année et jusqu'au 24 avril plus de 220 morts et disparus ont été recensés », ajoutant qu’ils sont en majorité originaires d'Afrique subsaharienne.
« Plus de 78% des départs ont eu lieu depuis les côtes de Sfax et Mahdia (centre-est) », précise l’ONG spécialisée dans les questions relatives aux migrants.
Selon Ben Amor, les autorités locales s'étaient engagées l'année dernière à mettre en place un cimetière spécial pour les migrants, « au motif qu'ils ne sont pas musulmans », mais celui-ci n'est toujours pas prêt, d'où les difficultés pour trouver des lieux de sépulture.
Certaines zones du littoral tunisien sont à moins de 150 km de l'île italienne de Lampedusa. La Tunisie connaît depuis le début de l’année 2022 une augmentation remarquable des flux migratoires irréguliers vers l’Europe, notamment vers les côtes italiennes, à la lumière des répercussions des crises économiques et politiques dans le pays et des conflits armés qui ravagent plusieurs autres pays africains.
Les côtes du sud-est de la Tunisie sont fréquemment le théâtre d’opérations de sauvetage de migrants, majoritairement originaires d'Afrique subsaharienne. D’autres migrants ont trouvé la mort ou sont portés disparus après le naufrage de leurs embarcations.