Esma Ben Said
05 Mai 2018•Mise à jour: 06 Mai 2018
AA/Tunis/Bouazza Ben Bouazza
Les électeurs tunisiens se rendent dimanche aux urnes pour choisir leur représentants au sein des 350 conseils municipaux que compte le pays, appelés à gérer leurs communes pendant les cinq prochaines années.
C'est le premier scrutin local libre organisé après la "révolution du jasmin" qui a fait chuter l'ancien régime dictatorial et déclenché ce qui est appelé "le printemps arabe" dans plusieurs pays arabes.
Ces élections sont considérées comme une étape essentielle pour la consolidation de la jeune démocratie tunisienne et appelées à consacrer les principes inscrits dans la Constitution de 2014 qui prévoit la décentralisation du pouvoir local auparavant concentré à Tunis et prône "une discrimination positive" en faveur des régions de l'intérieur longtemps marginalisées.
Elles seront suivies par nombre d'ONG tunisiennes et internationales spécialisées et d'observateurs étrangers dont une mission étoffée dépêchée par l’Union européenne (MOE UE).
Pour le chef de cette mission Fabio Massimo Castaldo qui est membre du parlement européen, " ces élections sont un pas historique dans la réalisation de la décentralisation, un des objectifs essentiels de la Constitution. Elles vont consacrer la démocratie participative au niveau local, là où se gèrent les problèmes du quotidien, et où les citoyens peuvent vraiment faire entendre leur voix “.
Plus de 2.000 listes de candidats sont en lice pour requérir les suffrages des quelque 5,3 millions d'électrices et des électeurs inscrits sur les registres, sur une population de plus de 11 millions d'âmes.
Parmi elles, 1055 sont partisanes, 860 indépendantes et 159 de coalition entre plusieurs partis.
En vertu des dispositions de la constitution tunisienne adoptée en 2014 qui établit l'égalité des sexes et de la loi électorale instaurant la parité entre les candidats hommes et femmes, celles-ci représentent 49% des candidats et 33,30% d'entre elles sont tête de liste, selon les chiffres annoncés par l'Instance supérieure indépendante pour les élections (ISIE).
Considéré comme le mieux organisé et structuré, le parti à obédience islamiste Ennahdha a fait le plein en présentant des listes dans toutes les circonscriptions électorales en faisant appel à des candidats "indépendants" hommes et femmes.
Il est suivi de son "rival", "Nida Tounes" (L'appel de Tunisie) qui lui, a enregistré une scission après le départ en 2014 de son fondateur, l'actuel président Béji Caïd Essebsi, dont le fils, Hafedh, a pris les rênes du parti.
Ces deux grandes formations dotées de grands moyens partent néanmoins favorites, face à une pléthore de partis (plus de 200) qui ont émergé après la révolution de 2011.
Selon les observateurs, les listes indépendantes peuvent cependant créer "la surprise" n'ayant pas de contentieux politiques comme ceux que traînent ces deux "mastodontes" qui ont causé des déceptions parmi une bonne partie de leurs partisans.
Quoiqu'il en soit, le mode de scrutin à la proportionnelle ne permet à aucun parti d’avoir la majorité à lui tout seul.
Le ministre de l'intérieur Lotfi Braham a déclaré que 60.000 agents de l'ordre et militaires seront déployés pour assurer la sécurité des élections dans les plus de 11.000 bureaux de vote.
Face à un électorat "désabusé" par l'élite politique jugée "incapable" de trouver des solutions aux problèmes sociaux et économiques dont souffre le pays, avec un taux de chômage élevé (plus de 15%), une inflation galopante (7,6%) et des déficits records, la grande inconnue se situe au niveau du taux de participation.
C'est le cas surtout au niveau des jeunes qui ne voient pas depuis de sept ans, leur situation s'améliorer.
En atteste, le climat qui a présidé à la campagne électorale poussive qui n'a pas réussi à mobiliser la foule et s'est déroulée sans engouement populaire.
Signe de cette désaffection, le faible taux enregistré une semaine auparavant lors du vote des corps sécuritaires et militaires qui, bien que participant pour la première fois à une élection, n'y sont allés que dans une proportion de 12%;
C'est d'ailleurs ce qui a amené le président de la République à lancer, deux jours avant le scrutin, un appel aux Tunisiens pour les inciter à aller voter dimanche.
"Nous devons adresser au monde un message pour dire que notre choix pour la démocratie est le meilleur", a-t-il lancé.