Yosra Ouanes
01 Mars 2022•Mise à jour: 01 Mars 2022
AA/Tunis
Le gouverneur de la Banque Centrale de Tunisie (BCT), Marouane Abassi, a déclaré mardi que l’intervention militaire russe en Ukraine n'avait pas de répercussion sur le taux de change dans le pays pour le moment.
Abassi s’exprimait lors d’une conférence de presse tenue par la BCT concernant le transfert du dossier de liquidation de la Banque Franco-Tunisienne (BFT), à la justice, lundi.
« Pour le moment il n’y a aucun impact sur le taux de change, puisque nos réserves en devises actuelles s’établissent à plus de 130 jours d’importation », a déclaré le gouverneur de la BCT.
Abassi a déclaré que les répercussions de la guerre en Ukraine « sont principalement liées aux prix du pétrole, qui ont connu une flambée, ainsi qu'aux prix du blé (denrée de base), surtout que nous importons nos besoins en céréales de Russie et d’Ukraine ».
« Nous devrions mettre en place une stratégie à court terme pour faire face à cette situation », a-t-il ajouté.
Concernant le transfert du dossier la Banque Franco-Tunisienne à la justice pour rendre un jugement de dissolution et de liquidation, Abassi a déclaré que « cette décision n'aura aucun impact sur le secteur bancaire et financier tunisien ».
Il a expliqué que « cette décision a été prise au moment opportun, et la liquidation de la BFT n'aura pas de conséquences sur le système bancaire en Tunisie, étant donné que l’encours des dépôts de la banque ne dépasse pas 0,02% du total des dépôts de l'ensemble des banques ».
Le gouverneur de la BCT estime que la décision relative à la liquidation de la Banque Franco-Tunisienne est « un point positif pour nous vis-à-vis des agences de rating et des institutions financières internationales, car elle va renforcer l'image du secteur bancaire tunisien à l'étranger ».
La Banque Franco-Tunisienne a été créée en 1879, avec un capital de 5 millions de dinars (1,7 million de dollars). Elle dispose de 5 succursales et compte environ 67 employés toujours en fonction.
L’encours des dépôts de la banque s'élève à 20 millions de dinars (6,9 millions de dollars), soit 0,02 % du total des dépôts de l'ensemble des banques, tandis que le volume des engagements (dettes) de la banque est estimé à 279 millions de dinars (96,2 millions de dollars).
Le gouverneur de la BCT a évoqué l'historique du dossier de la BFT, s’agissant notamment de la bataille juridique qui s'est déclenchée entre l'Etat tunisien et le groupe d'investissement Arab Business Consortium International (ABCI) en 1982 et qui se poursuit jusqu'à présent.
Ce dossier a été soumis au Centre International pour le règlement des différents relatifs aux investissements (CIRDI), relevant du Groupe de la Banque Mondiale. Il a fait l'objet de plusieurs tentatives de règlement à l'amiable lesquelles ont toutes échouées, ce qui a impacté négativement le rendement financier de la BFT durant plus de quatre décennies.
Abassi a rappelé que les autorités tunisiennes avaient tenté en 2007 et 2010 de redresser la Banque Franco-Tunisienne, mais cette tentative n’a pas abouti en raison du coût élevé du redressement.
Le dossier de la BFT a été transféré à la Commission de Résolution des Banques et des Etablissements Financiers en situation compromise, - créée en vertu de la loi n°2016-48 relative aux Banques et aux Etablissements Financiers -, et un négociateur a été désigné pour sauver l’établissement bancaire, mais les difficultés financières de la banque ont eu raison de cette opération de sauvetage, a-t-il conclu.
*Traduit de l’arabe par Majdi Ismail