AA/Bangui/Sylvestre Krock
La visite qu'effectue depuis mardi en Centrafrique (RCA), le patron de l'ONU, Antonio Guterres, nourrit l'espoir d'une sortie de crise, notamment, pour les Musulmans de Bangassou (sud-est), localité attaquée, en mai dernier, par des anti-Balaka (milices chrétiennes), et qui vit depuis, dans l'épouvante.
En mai dernier, des attaques lancées à Bangassou par des anti-Balaka contre des civils et des soldats de la Mission onusienne en Centrafrique (Minusca), ont en effet fait une centaine de morts et des milliers de déplacés, principalement dans les rangs de la communauté musulmane.
Depuis, Bangassou vit dans la crainte de nouvelles attaques. Tandis que des milliers de Musulmans ont fui vers la République démocratique du Congo, d'autres sont encerclés et assiégés. Certains se sont réfugiés à l'Eglise, d'autres dans des écoles, et sont protégés par les Casques bleus.
Ils sont, comme ce fut déjà le cas en 2014, pour les musulmans du PK5, quartier de la capitale, quotidiennement menacés de mort par les miliciens, et ne peuvent pas sortir de ce périmètre imposé, selon des témoignages recueillis par Anadolu. Le PK5 est un quartier habité majoritairement par des Musulmans.
«Sur le site, nous sommes asphyxiés. Nous ne pouvons pas sortir ni nous déplacer. Nous avons besoin de la paix pour circuler librement», confie à Anadolu, la mort dans l'âme, Adja Mariam, une des déplacés de Bangassou.
Mercredi, Guteress s'est donc rendu à Bangassou, pour "une visite de solidarité avec tous et toutes les Centrafricains qui souffrent, victimes des exactions et des violences des groupes criminels, qui ont créé tant de problèmes et tant de souffrance au peuple centrafricain", rapporte un communiqué de la Minusca dont Anadolu a reçu copie.
Une visite qui suscite de l'espoir pour les Musulmans enclavés mais aussi pour l'ensemble des Musulmans centrafricains.
Youssouf Nam- Nguinena, Secrétaire général-adjoint de la Communauté islamique centrafricaine (CICA) indique en ce sens à Anadolu : "Nous nous réjouissons du fait que le Secrétaire général des Nations unies soit allé à Bangassou toucher du doigt la réalité des souffrances des musulmans confinés dans le site des déplacés".
"Nous voulons vraiment y croire", a-t-il encore dit.
Guteress, qui s'exprimait à l'endroit des Musulmans cantonnés dans le petit séminaire de Bangassou, qui sert initialement d'école, avait lancé: "Je suis profondément ému de voir votre souffrance, et malheureusement ce n'est pas une situation unique ici à Bangassou. Il y a des centaines de milliers de Centrafricains qui se sont vus obligés de s’enfuir et qui vivent encore, en exil hors du pays, ou dans des situations de déplacés comme vous".
S'exprimant sur les objectifs de l'ONU, Guteress a, une fois de plus, rappelé avoir demandé "au Conseil de sécurité la possibilité d'augmenter notre force (Minusca) en Centrafrique, et aussi des moyens pour qu'elle puisse être plus efficace, plus mobile, plus rapide pour réagir à des situations comme celles qui ont été vécues ici à Bangassou".
Guterres a, en effet, plaidé, à maintes reprises, pour une augmentation des effectifs de la Minusca, qui compte 12500 hommes, de 900 casques bleus supplémentaires afin de faire face à la recrudescence des violences.
Cette demande nécessite toutefois d'être actée par le Conseil de sécurité. Le mandat de la mission onusienne sera renouvelé en novembre prochain.
"Mais notre objectif est aussi d'appuyer le gouvernement pour qu'il y ait une véritable réconciliation nationale. Je sais que ce n'est pas toujours facile de parler de réconciliation quand on a souffert. Mais dans un pays où on va de vengeance en vengeance, chacun se rappelle toujours des mauvaises choses que les autres ont fait, et ne se rappelle pas des bonnes choses que chacun fait. Et c'est ça qui engendre ce cercle vicieux de violence qu'il faut à tout prix arrêter", a-t-il également dit.
"Il faut réconcilier le peuple centrafricain et il faut que la communauté musulmane centrafricaine puisse retrouver sa place, en termes naturels, comme on a constaté pendant des décennies et des siècles dans le passé", a-t-il renchéri.
"Et je crois que le gouvernement est très engagé, et vis-à-vis des musulmans, et vis-à-vis des chrétiens, pour cette réconciliation, pour cette capacité de vivre-ensemble. Sinon, dans la division et l'antagonisme, il n'y a pas de solution possible. Un jour, ça sera aux chrétiens de souffrir, l'autre jour, ça sera aux musulmans de souffrir, la vie n'est pas possible, le pays n'ira nulle part - le développement, l'école, les hôpitaux, rien ne va fonctionner", a-t-il encore souligné dans son laius.
D'après des sources onusiennes jointes par Anadolu, aujourd'hui plus de 70% du territoire centrafricain, se trouve aux mains de dizaines de groupes armés qui s'affrontent surtout pour les richesses dont recèle le sol. Des affrontements dits intercommunautaires, qui avaient déjà en 2013 et 2014, fait environ 3 000 morts et près d’un million de personnes déplacées (sur les 4,5 millions de Centrafricains), d'après l'ONU, s'ajoutent à une situation déja chaotique.