AA/Nairobi (Kenya)/ James Shimanyula
Des musulmans du Kenya ont dénoncé une « criminalisation » de leur communauté à la suite des rafles policières de milliers de personnes de confession musulmane, intervenant dans l’actuel contexte kényan de lutte contre le terrorisme.
« Sans la moindre preuve, des personnes, suspectées d’être terroristes, ont été détenues illégalement » a déclaré à l'Agence Anadolu Siraj Mahmoud, 36 ans, à la sortie d’une mosquée de Nairobi. « Qu’est-ce qui est légal là-dedans ? » .
« Il est douloureux de voir mes frères et sœurs musulmans être illégalement détenus pour de longues périodes sans que la loi ne soit respectée. Certaines personnes ne sont pas des terroristes, elles ont simplement oublié d’emporter leur carte d’identité avec elles » a confié Mohamed Ali, un homme d’affaires de 28 ans.
Le chercheur en sciences sociales indépendant, Ibn Ali Suleiman, dénonce également l’illégalité des procédures imposées aux milliers de personnes appréhendées récemment : « Ces personnes sont détenues depuis plus d’une semaine, il est temps qu’elles soient contrôlées et libérées. »
« Jusqu’à présent, le gouvernement n’a pas prouvé que ces personnes étaient des terroristes » a renchéri Abdullah Mohamed Saleh,vendeur de journaux âgé de 23 ans.
Le renommé défenseur des droits de l’Homme kényan Al-Amin Kimathi replace, quant à lui, la récente vague d’arrestations dans un contexte plus global au Kenya : « Il n’y a pas de respect pour les musulmans. Il n’y a pas de procédure équitable pour certaines classes de gens. »
« La tristesse a saisi la communauté musulmane au Kenya au vu des humiliations que des femmes, des enfants et des personnes âgées innocentes ont subi au stade de Kasarani où ils ont été soumis à des contrôles. Cela suffit. Il faut libérer maintenant les musulmans détenus » a ajouté Kimathi dans des déclarations exclusives à l’Agence Anadolu.
Les autorités kényanes ont dernièrement lancé une vaste opération visant à restaurer la sécurité publique à la suite d'une série d’attaques meurtrières à Nairobi et dans la ville côtière de Mombasa.
L’opération a conduit à l'arrestation, à des fins de vérification, de milliers de personnes qui seraient pour la plupart des musulmans habitant le quartier d’Eastleigh, qui abrite près de 50 mille réfugiés somaliens