AA/Beni/Fiston Mahamba Larousse
Dans l’Est de la République démocratique du Congo, des centaines de civils sont devenus, des «éternels déplacés», organisant leur vie au gré des attaques des rebelles ougandais.
Depuis quelques jours, Masika Mawazo vit dans une salle de classe à Mwangaza dans la localité d’Oicha (30 kilomètres au nord de Beni, dans l’Est de la RDC). Cette mère de sept enfants à quitter son village de Kokola au début du mois de mai, lors des derniers massacres perpétrés contre des civils par les rebelles Ougandais de Forces Démocratiques Alliées, ADF.
Cet exil forcé n’est pas le premier pour Masika qui prend son mal en patience. En 2010, elle avait déjà quitté son village pour Oicha, lors d’une opération militaire lancée contre les ADF.
Pour éviter les dégâts collatéraux, Mawazo et plusieurs centaines de villageois de Kokola avaient ainsi trouvé refuge dans la cité de Oicha, où aucune mesure pour la prise en charge des déplacés n’avait été mise en place par le gouvernement congolais, pourtant initiateur de la campagne militaire contre les rebelles ADF, rappelle la Dame.
Ainsi les déplacés se sont-ils installés dans les cours des églises locales et ont cherché du travail dans les champs des habitants locaux moyennant de l’argent ou des vivres.
«A cet époque les ONG n’intervenaient pas car les familles d’accueil avaient pris en charge les déplacés et nous avions la possibilité de travailler pour le compte des habitants locaux» explique-t-elle avant d’ajouter qu’«après huit mois, les militaires nous avaient demandé de regagner nos villages affirmant qu’ils y avaient restauré l’autorité de l’Etat.»
A la suite de cette annonce, la majeure partie des déplacés sont retournés dans leurs villages et ont repris leurs activités.
Mais en 2012, une nouvelle vague d’insécurité a secoué le territoire de Beni, caractérisée par les enlèvements de plus de 800 civils entre 2012 et 2013, selon la société civile du territoire.
Cette montée de kidnapping, a de nouveau contraint plusieurs habitants à abandonner, une fois de plus, leurs villages.
Comme pour la première expérience, Mawazo a laissé derrière elle terres, bétail et biens pour épargner sa vie et celle des siens.
Elle a encore regagné Oicha, mais cette fois c’est dans une salle de classe qu’elle s’installe avec ses enfants, familles d’accueil et églises étant déjà débordées par le nombre considérable de déplacés.
Les autorités locales avaient, en outre, interdit aux habitants d’aller dans les champs situés dans des zones non contrôlées par l’armée loyaliste de peur que ces derniers ne soient enlevés par les rebelles pour gonfler leur effectif.
En janvier 2014, l’état-major des Forces Armées de la RDC a lancé une opération militaire de grande envergure contre les ADF dans les villages de Beni et dans la forêt du parc national des Virunga, où ils avaient déjà installé d’importantes bases (opération Sokola1) à l’issue de laquelle plusieurs villages ont été repris par les forces congolaises. Voyant la paix restaurée dans leurs milieux d’origine, les déplacés y sont retournés.
Huit mois plus tard. L’armée a récupéré le village de Medina, le principal fief des ADF, mais, au même moment les rebelles ont changé leur mode opératoire en s’attaquant aux civils qu’ils exécutaient à l’arme blanche, occasionnant de nouveau un déplacement des villageois.
Entre octobre 2014 et mai 2015, l’ONG Convention pour le Respect des Droits de l’Homme, basée à Oicha a recensé plus 350 civils victimes de massacres et une cinquantaine de blessés.
C’est à la suite de la recrudescence des attaques contre les civils que la Mission des Nations Unies pour la stabilisation en RDC (Monusco) avait engagé, fin 2014, ses troupes de la brigade d’intervention aux cotés des militaires Congolais pour neutraliser les ADF.
Une collaboration suspendue en janvier 2015, les Nations Unies accusant l’armée Congolaise d’avoir mis à la tête des opérations baptisées Sokola2 deux généraux accusés de violations de droits de l’homme par la Monusco.
Entre décembre 2014 et janvier 2015, les massacres contre les civils se sont arrêtés et les déplacés ont regagné leur villages, avant de repartir cinq mois plus tard.
Fatigués de devoir se déplacer chaque jour, les habitants de ces contrées ont décidé d’abandonner pour une durée indéterminée leurs villages pour les villes de Beni et Butembo et plusieurs villages du territoire de Beni (Mbau, Oicha, Mutwanga, Mangina,…) demeurant toutefois décidés à y revenir un jour.
La Coordination d’Aide aux Déplacés (CAD), une structure basée à Oicha et chargée d’enregistrer les personnes en mouvement suite à la guerre indique avoir enregistré 10 milles déplacés vivant pour la plupart sans assistance.
Pour sa part, le bureau de l’Onu pour la coordination des affaires humanitaires (OCHA), avoue être dans l’incapacité de venir en aide à toutes ces personnes car ces dernières n’étaient pas prises en compte lors de la planification du financement des activités de l’année.
«Toutefois, ces déplacés pourront recevoir une assistance d’urgence comme le fait déjà le Programme Alimentaire Mondial, PAM, qui organise des foires de distribution de vivres et non vivres aux déplacés en collaboration avec plusieurs ONG locales» a précisé à Anadolu, Alain Haruna, chef du bureau d’Ocha à Beni.