َAA/ Conakry/ Boussouriou Bah
De longues files de voitures s'amassent autour d'un grand carrefour de Conakry, à quelques minutes du coucher du soleil. Les chauffeurs, visiblement agacés, klaxonnent nerveusement, pour hâter un mouvement qui s'enlise.
Petit à petit, une dizaine de jeunes se faufile, comme chaque jour à cette heure depuis le début du mois saint, entre les files de voitures coincés dans les grandes artères de Conakry, cartons en mains.
Ils tendent à chaque conducteur son lot: gâteaux, dattes, eau, jus, tout est prévu pour que les jeûneurs coincés dans les embouteillages prennent leur mal en patience. Et l’effet est immédiat.
« C’est incroyable, ce qu’ils font. C’est un geste que l’on doit saluer ! Merci! », se réjouit Kadiatou Sow, passagère d’un taxi, rencontré par Anadolu.
Ce groupe, de 18 à 35 ans, appartient à l’association des jeunes pour le rappel de l’islam (AJRI) qui, œuvre, depuis février dernier, sur le terrain dans un cadre humanitaire.
L’objectif de l’association est, entre autres, de renforcer la fraternité entre les musulmans, de participer au développement socio-économique du pays à travers des actes sur le terrain tel que le reboisement, l’éducation de la jeunesse et des dons humanitaires. D’où ce projet "rupture publique du Ramadan", explique à Anadolu, Diallo Ibrahima Sory Idris, président de l’AJRI.
"Nous avons constaté depuis un certain nombre d’années, que beaucoup de fidèles musulmans sont bloqués dans les embouteillages à l’heure de la rupture du jeûne. C’est vrai qu’il y a des gens qui peuvent acheter leur nourriture en cours de route mais la plupart n’ont pas les moyens de laisser le budget journalier à la maison et d’acheter dans le même temps quelque chose à l'extérieur», raconte Diallo.
Pour les jeûneurs, ces dons sont une véritable aubaine.
«Nous sommes dans un pays à majorité musulmane, où nous constitutions plus de 70%. Ce geste est plus qu’un don, c’est une aide vitale à l’endroit des jeûneurs. Cette association, en plus d’être encouragée par le citoyen lambda, doit être appuyée par les autorités religieuses et administratives. Nous, nous ne pouvons que les encourager et prier Dieu le Tout Puissant d’aider ces jeunes dans leurs activités et leur permettre d’avoir les moyens nécessaires pour continuer cette œuvre humanitaire », lance Issaga Diari, conducteur de taxi.
Pour le président de l’AJRI, il faut que tous les fidèles musulmans guinéens se donnent la main pour permettre à chacun de rompre le jeûne à temps.
« Nous souhaitons que d’autres musulmans nous imitent dans cette activité à l’endroit de tous les fidèles musulmans qui se trouvent souvent bloqués dans les embouteillages de Conakry. Si chacun fait ce qu’il peut, on pourrait couvrir tout le pays et tous les fidèles musulmans guinéens pourront jeûner dans le bonheur », assure Diallo.
«Nos moyens étant aujourd’hui très limités, nous ne couvrons que Conakry. Cette année, c’est notre première expérience. Nous couvrons les deux carrefours qui ont le plus d’affluence à savoir le carrefour Cosa (commune de Ratoma) et celui de Matoto (commune de Matoto). Nous savons qu’il y a énormément d’embouteillages au niveau de ces carrefours. Quand nous aurons plus de moyens, nous ferons toute la capitale puis nous penserons à l’intérieur du pays», ajoute le président de l’association.
Concernant les fonds, il s’agit principalement de cotisations des membres de l’association (une quarantaine).
« En plus de ça, certaines personnes de bonne volonté sont venues nous appuyer en nous fournissant des cartons de dattes. D’autres aussi nous ont donné de l’argent pour acheter de l’eau, du jus et des gâteaux. C’est ce que nous mettons dans des paquets pour donner aux gens », détaille-t-il.
Cette année, entre cotisations, dons et aides en nature, l'association peut prétendre à un budget de 7500 USD pour cette opération de rupture de jeûne.
« Nous avons prévu d’offrir la rupture du jeûne à 15. 000 personnes, 500 personnes par jour, 250 par rond-point. On a estimé que, par menu, chaque personne peut avoir l’équivalent de 0.5 dollars, de provisions », détaille le président de l'association.
Pour Mamadou Saliou Boussoura Diallo, membre de l’association, «Arij n’est pas une association à vocation spécifiquement humanitaire, il s’agit avant tout d'une structure religieuse, qui fait un rappel à l’islam. Mais comme l’Islam ce n’est pas seulement la prière ou le jeûne, mais un ensemble de mode de vie, le volet humanitaire y a toute sa place».
L’association veut donc s’impliquer dans une multitude de programmes (économique et sociaux), qui aideront le peuple guinéen d’une part, et répondront aux préceptes de l’Islam dans le même temps.