Serap Doğansoy
30 Avril 2026•Mise à jour: 30 Avril 2026
AA / Istanbul / Serap Dogansoy
Le Conseil d’État a confirmé, ce jeudi, la dissolution du groupement d'ultra gauche La Jeune Garde, rejetant le recours formé par cette organisation antifasciste lyonnaise contre le décret pris par le gouvernement en juin 2025.
La plus haute juridiction administrative française a estimé que cette mesure, qui porte atteinte à la liberté d’association, principe fondamental reconnu par les lois de la République, était « adaptée, nécessaire et proportionnée » à la gravité des troubles à l’ordre public reprochés au mouvement.
Dans sa décision, le Conseil d’État retient que La Jeune Garde a « mené et incité à commettre des agissements violents », notamment en appelant à des actions de confrontation et d’exclusion physique de personnes considérées comme « fascistes » de l’espace public. Il souligne également que ces pratiques ont été encouragées par le comportement de ses membres, mais aussi par des soutiens implicites sur les réseaux sociaux et l’absence de réaction face à des contenus violents.
Les juges relèvent en particulier que des comptes militants, diffusant des images et messages revendiquant des actions violentes, étaient suivis et approuvés par des branches locales du groupement, sans que ses responsables ne s’en désolidarisent. Ils estiment également que les provocations imputées à La Jeune Garde ont été « régulièrement suivies d’effets », certains de ses membres prenant l’initiative d’actes violents dans l’espace public.
Au cœur du contentieux figuraient deux points juridiques majeurs : l’existence de « provocations à des agissements violents » et la proportionnalité de la dissolution, une mesure exceptionnelle prévue par l’article L.212-1 du Code de la sécurité intérieure, qui permet à l’État de dissoudre un groupement en cas de menace grave à l’ordre public.
Lors de l’audience, le rapporteur public, magistrat chargé de proposer une solution juridique indépendante, avait insisté sur la gravité des faits, évoquant des « provocations récurrentes » et une « dérive » du mouvement vers des pratiques assimilables à une forme de milice. À l’inverse, l’avocat de La Jeune Garde, Me Paul Mathonnet, avait défendu un « mouvement social de terrain », contesté la qualification de groupement violent et dénoncé une atteinte disproportionnée aux libertés publiques.
Créée à Lyon et fondée par Raphaël Arnault, député de La France insoumise (LFI), La Jeune Garde avait été dissoute en conseil des ministres le 12 juin 2025 par le ministre de l’Intérieur de l’époque, Bruno Retailleau. Cette décision s’inscrivait dans une politique plus large de dissolution de groupements jugés violents, à l’extrême droite comme à l’extrême gauche.
Le dossier a pris une dimension politique accrue après la mort, le 12 février 2026 à Lyon, de Quentin Deranque, militant d’extrême droite, dans un contexte de tensions entre groupes antagonistes. Bien que les responsabilités précises ne soient pas établies dans cette procédure administrative, cet événement a ravivé les critiques visant le mouvement antifasciste.
La décision du Conseil d’État clôt le volet juridique de cette affaire et conforte la stratégie gouvernementale de recours à la dissolution administrative, un outil régulièrement débattu en France pour son équilibre entre maintien de l’ordre public et respect des libertés fondamentales.