AA / Paris / Ümit Dönmez
Des dizaines de milliers de personnes ont manifesté samedi à Paris à l’occasion du 78ᵉ anniversaire de la Nakba palestinienne, dans un contexte de poursuite des bombardements israéliens à Gaza, des attaques meurtrières en Cisjordanie occupée, ainsi que des frappes menées par Israël au Liban et en Syrie.
La députée française Mathilde Panot, présidente du groupe « La France insoumise - Nouveau Front populaire » à l’Assemblée nationale, a participé au rassemblement aux côtés d’Olivia Zemor, présidente du collectif EuroPalestine. Interrogée par Anadolu, l’élue a rappelé que les manifestants étaient mobilisés « comme chaque semaine, depuis plus de 2 ans et demi, parce que le peuple de France refuse de laisser faire un génocide, toujours en cours à Gaza ».
Mathilde Panot a accusé le premier ministre israélien d'extrême droite, Benyamin Netanyahu, de mener « sa guerre illégale au Liban, mais aussi au peuple iranien », tout en dénonçant la proposition de loi israélienne qu’elle estime susceptible « d’institutionnaliser l'apartheid jusqu'à la peine de mort ». Cette proposition de loi israélienne, soutenue par des partis de l’extrême droite israélienne, vise à permettre l’application de la peine de mort contre des Palestiniens détenus par Israël, notamment dans des affaires qualifiées de « terrorisme ». Des organisations de défense des droits humains et plusieurs responsables politiques dénoncent un texte discriminatoire qui renforcerait un système judiciaire déjà accusé de traiter différemment les Palestiniens et les Israéliens vivant dans les territoires occupés.
« Il est important de dire que la Nakba n'est pas qu'un événement historique que nous commémorons », a-t-elle déclaré. Selon elle, la Nakba constitue également « un événement du présent qui continue toujours avec le génocide, avec le nettoyage ethnique en Cisjordanie ».
La députée insoumise a indiqué que la mobilisation visait à défendre « le droit à l'autodétermination du peuple palestinien » ainsi que « le droit au retour des réfugiés palestiniens ».
Les manifestants ont défilé dans les rues de la capitale avec des drapeaux palestiniens, des keffiehs et des pancartes réclamant un cessez-le-feu immédiat, un embargo sur les armes et des sanctions contre Israël. Plusieurs slogans dénonçaient également le soutien occidental au gouvernement israélien dirigé par Benyamin Netanyahu, à la tête d’une coalition d’extrême droite comprenant des figures ultranationalistes et suprémacistes régulièrement accusées d’incitation à la violence contre les Palestiniens.
Mathilde Panot a dénoncé « une situation de répression des voix pour la paix du peuple palestinien » en France. Elle a évoqué les poursuites visant « des centaines et des centaines de militants », ainsi que certains responsables politiques, « pour délit d’apologie du terrorisme ».
L’élue a également critiqué la position des autorités françaises, estimant que Paris devait passer « non pas seulement des mots (...) mais vraiment des actions ». « Nous exigeons qu'il y ait enfin un embargo sur les armes, une suspension de l'accord d'association entre l'Union européenne et Israël, des sanctions », a-t-elle déclaré.
Mathilde Panot a enfin accusé le gouvernement français de ne pas être « à la hauteur de son histoire » et a affirmé avoir « honte de ce que fait le pouvoir français », tout en estimant que cette position « n’est pas représentative de ce que pense le peuple de France ».
Depuis octobre 2023, la guerre menée par Israël dans la bande de Gaza a provoqué la mort de dizaines de milliers de Palestiniens, en majorité des femmes et des enfants, selon les autorités sanitaires palestiniennes. Des quartiers entiers ont été rasés, des hôpitaux bombardés, des écoles détruites et des camps de réfugiés frappés à plusieurs reprises. Le blocus imposé au territoire a également entraîné une catastrophe humanitaire majeure, marquée par des pénuries de nourriture, d’eau, de carburant et de médicaments.
Plusieurs organisations internationales, dont Amnesty International, Human Rights Watch et Médecins sans frontières, ont accusé Israël de violations graves du droit international humanitaire. Des responsables de l’ONU ont dénoncé des attaques indiscriminées contre les civils, des déplacements forcés de population et l’utilisation de la faim comme arme de guerre.
En Cisjordanie occupée, les raids militaires israéliens et les violences commises par des colons armés contre des Palestiniens se sont intensifiés. Des villages ont été attaqués et incendiés, tandis que des milliers de Palestiniens ont été arrêtés lors de campagnes menées par l’armée israélienne.
Israël a également multiplié les frappes au Liban, notamment dans le sud du pays, provoquant des victimes civiles et des destructions importantes. En Syrie, des bombardements israéliens répétés ont visé plusieurs régions du pays.
La Cour internationale de justice (CIJ), saisie par l’Afrique du Sud, a estimé en janvier 2024 qu’il existait un « risque plausible de génocide » à Gaza et a ordonné à Israël de prendre des mesures pour prévenir des actes relevant de la Convention sur le génocide. La juridiction internationale a ensuite réitéré ses injonctions concernant l’accès de l’aide humanitaire et la protection des civils palestiniens.
La Cour pénale internationale (CPI) a, pour sa part, émis des mandats d’arrêt contre Benyamin Netanyahu et l’ancien ministre israélien de la Défense Yoav Gallant pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité présumés. Les accusations portent notamment sur l’utilisation de la famine comme méthode de guerre et des attaques dirigées contre des populations civiles.
La mobilisation parisienne intervient alors que les critiques internationales contre le gouvernement israélien se multiplient et que plusieurs pays, ONG et experts des Nations unies réclament des sanctions, un cessez-le-feu permanent et des poursuites judiciaires contre les responsables israéliens accusés de crimes internationaux.