Mariem Njeh
04 Août 2026•Mise à jour: 04 Août 2026
Les ministres de l'Intérieur des Vingt-Sept, réunis en visioconférence informelle mardi, ont exprimé leur solidarité avec l'Espagne après les événements survenus à Ceuta, selon un communiqué du Conseil Justice et Affaires intérieures (JAI) de l'Union européenne.
Lors de cette réunion, la délégation espagnole, la Commission européenne et le Service européen pour l'action extérieure (SEAE) ont présenté leur évaluation des événements des derniers jours et de la situation actuelle à la frontière extérieure à Ceuta, précise le communiqué.
« L'UE est unie et prête à soutenir l'Espagne. Nous saluons la réponse rapide de l'Espagne face à la situation à Ceuta et présentons nos plus sincères condoléances pour les pertes tragiques de vies humaines », a déclaré Jim O'Callaghan, ministre irlandais de la Justice, des Affaires intérieures et des Migrations, qui a convoqué la réunion.
Il a ajouté que « les frontières extérieures de l'UE sont notre responsabilité partagée, et la migration nécessite une réponse européenne unie », précisant que la réunion visait à évaluer les outils déjà disponibles, identifier les besoins de coopération supplémentaires et préparer la prochaine réunion ministérielle ainsi que le Conseil européen d'octobre.
Les États membres et les pays associés à l'espace Schengen se sont montrés unis dans l'expression d'une forte solidarité avec l'Espagne, saluant l'efficacité et la rapidité de la réponse des autorités espagnoles, et ont présenté leurs condoléances pour les personnes ayant perdu la vie en tentant la traversée, selon le communiqué.
Selon les dernières informations communiquées par les autorités espagnoles et la Commission, la très large majorité des personnes ayant franchi illégalement la frontière ont été reconduites, et aucun mouvement vers l'Espagne continentale ou vers d'autres États membres n'a été constaté, indique le texte.
Les ministres se sont accordés sur la nécessité de poursuivre sans relâche la lutte contre les réseaux de passeurs, de renforcer les retours, de consolider les frontières extérieures de l'UE, de bâtir des partenariats approfondis avec les pays tiers et d'améliorer la capacité d'anticipation.
Ils ont souligné la nécessité d'améliorer la connaissance partagée de la situation, notamment via le développement de systèmes d'alerte précoce tels que le renseignement en amont des frontières (pre-frontier intelligence) et la surveillance des réseaux sociaux.
Le Conseil a également mis en avant l'importance de la coopération avec les pays tiers et du développement de partenariats créant des opportunités dans les pays d'origine, afin de renforcer la gestion des migrations.
Enfin, les ministres ont estimé que la communication en temps de crise devait être renforcée par une coordination plus rapide et plus cohérente, notamment pour contrer les acteurs extérieurs malveillants recourant à la manipulation de l'information et à l'ingérence.
Position française
À l'issue de la réunion, le ministre français de l'Intérieur, Laurent Nunez, a indiqué que le Pacte européen sur la migration et l'asile, appliqué depuis le 12 juin, nécessitait encore l'adoption de plusieurs mesures législatives, notamment celles permettant de retenir à la frontière des demandeurs d'asile avant leur entrée sur le territoire national, pour les personnes originaires de pays d'origine sûrs, représentant une menace pour l'ordre public, ou dont la demande est jugée abusive.
Il a précisé que le gouvernement français avait demandé la transposition par ordonnance de certaines de ces dispositions, que le Sénat avait autorisé cette procédure, et que l'Assemblée nationale devrait se prononcer à l'automne, la Commission des lois ayant déjà rejeté ce texte, avec les voix du Rassemblement national et de La France insoumise.
Le ministre a salué l'avancée des discussions sur le règlement Retour, qui supprimerait le délai de départ volontaire et donnerait aux forces de sécurité intérieure des prérogatives accrues, notamment en matière d'exploitation des données téléphoniques, pour mieux identifier les réseaux de passeurs. Il a affirmé que la France était favorable à l'application de ce règlement, dont elle avait été à l'initiative.
Sur la coopération bilatérale, Laurent Nunez a fait état d'une collaboration jugée « remarquable » avec l'Espagne, qui procède selon lui à 88% des réadmissions de personnes en situation irrégulière interpellées par la France, et d'une coopération « exemplaire » avec l'Italie, avec un taux de réadmission supérieur à 90% pour environ 12 000 étrangers en situation irrégulière interpellés à la frontière depuis le début de l'année.
Laurent Nunez a par ailleurs affirmé que le message porté par la France lors de cette réunion en était un de responsabilité et de solidarité, rappelant que l'Espagne avait par le passé fait preuve de la même solidarité envers d'autres États membres confrontés à un afflux migratoire.