Serap Doğansoy
24 Juillet 2026•Mise à jour: 24 Juillet 2026
AA / Istanbul / Serap Dogansoy
Les 125 États membres de la Cour pénale internationale (CPI) doivent décider ce vendredi, lors d’une réunion exceptionnelle au siège de l’ONU à New York, de l’éventuelle révocation de leur procureur Karim Khan, suspendu depuis juin en raison d’accusations d’agression sexuelle qu’il rejette.
Le vote se déroule à bulletins secrets et principalement à huis clos. Une majorité absolue sera nécessaire pour relever de ses fonctions le juriste britannique de 56 ans, procureur de la CPI depuis 2021.
Karim Khan est accusé par une ancienne collaboratrice malaisienne d’attouchements et de rapports sexuels contraints. Sortie récemment de l’anonymat dans un entretien accordé à CNN, celle-ci a décrit une « escalade des tentatives » et estimé qu’aucun consentement n’était possible en raison du déséquilibre hiérarchique entre eux.
Le procureur, qui avait temporairement quitté ses fonctions en mai 2025 avant d’être suspendu en juin 2026, nie l’ensemble des accusations. Ses avocats affirment que les procédures lui permettant de se défendre n’ont pas été respectées et que les rapports d’enquête, qui n’ont pas été rendus publics, n’établissent aucune conduite répréhensible.
L’affaire place la CPI face à un choix particulièrement sensible. Le maintien de Karim Khan pourrait affaiblir la crédibilité d’une institution chargée de poursuivre les auteurs de génocides, de crimes contre l’humanité et de crimes de guerre. Sa révocation pourrait, à l’inverse, être présentée par ses soutiens comme le résultat des pressions exercées contre ses enquêtes.
Karim Khan avait notamment obtenu en 2024 des mandats d’arrêt contre le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu et son ancien ministre de la Défense Yoav Gallant dans le cadre de la guerre à Gaza. Des mandats avaient également été délivrés contre plusieurs dirigeants du Hamas, tués depuis.
Ces poursuites lui ont valu des sanctions économiques et des restrictions de voyage imposées par les États-Unis, qui ne sont pas membres de la CPI, comme Israël. Washington s’oppose aux procédures visant les responsables israéliens.
Les avocats du procureur estiment que sa révocation adresserait aux futurs responsables de la Cour le message que « l’indépendance entraîne un prix à payer ». Pour Stephen Rapp, ancien ambassadeur américain chargé des crimes de guerre, son maintien pourrait au contraire détruire la crédibilité de la CPI, sans modifier le cours de ses enquêtes.
Quelle que soit l’issue du vote, la décision devrait durablement fragiliser une Cour déjà contestée et sous pression, en mettant à l’épreuve sa capacité à répondre aux accusations visant ses propres responsables tout en défendant son indépendance.