AA/ Moscou / Hakan Ceyhan Aydoğan
L'envoyé spécial du président russe en Afghanistan, Zamir Kabulov, a affirmé que son pays a des « intérêts qui se chevauchent avec ceux des Talibans », soulignant que Moscou mène des pourparlers « fermés » [secrets] avec le mouvement.
C’est ce qu’a indiqué Kabulov, le directeur du second département asiatique du ministère des Affaires étrangères, dans un entretien avec Anadolu, au sujet de la situation en Afghanistan et des développements dans la région.
Le responsable russe a confirmé les contacts entre son pays et les Talibans, soulignant, à cet égard: « nos contacts avec les Talibans visent à assurer la sécurité des missions et des citoyens russes. En outre, nous exhortons par ce biais, les Talibans à mettre fin à la guerre. Nos contacts sont menés à haut niveau, mais sont secrets. Raison pour laquelle nous ne pouvons pas fournir de détails à leur sujet ».
Kabulov a relevé que les intérêts russes se chevauchent avec ceux des Talibans dans la lutte contre Daech.
"Les talibans combattent ceux que la Russie affronte actuellement en Syrie, c’est pour cela que nos intérêts se chevauchent", a-t-il noté.
Il a affirmé que la situation est très préoccupante en Afghanistan, en l’absence de trois éléments importants tels que l'économie, la bonne gouvernance, et une armée fortes. Autant de facteurs, qui, selon lui, n’incitent pas à l’optimisme quant à l'avenir du pays.
« Il n’y a actuellement pas de solution rapide et bon marché pour l'Afghanistan », a-t-il noté.
Zamir Kabulov a relevé que la détérioration de la situation dans le pays aura des répercussions négatives dans la région, considérant que la situation en Asie centrale résultant de l'instabilité en Afghanistan, peut constituer une menace pour la sécurité nationale russe.
Les Etats de la région, y compris la Russie, soutiennent la stabilité en Afghanistan, a-t-il ajouté, notant à cet égard: "Ce qui se passe là-bas nous touche directement."
- Nous ne laisserons pas l’Afghanistan être entraîné dans le chaos
Le responsable russe a déclaré que son pays soutient le gouvernement de Kaboul, sans fermer les yeux sur l'échec de son administration actuelle.
«L'avenir de l'Afghanistan est sombre, c’est pour cela que nous œuvrons à ne pas laisser le pays être entraîné vers le chaos », a affirmé Kabulov.
Il a déclaré, au sujet du soutien prodigué par la Russie à l'Afghanistan : «Nous avons fourni dix mille fusils de type Kalachnikov à la police afghane cette année. Nous avons précédemment présenté des aides similaires. Nous formons chaque année, la police et l'armée afghane, et offrons une aide humanitaire directement ou par le biais de l'Organisation des Nations Unies ».
- Changement politique chez les Talibans
Le diplomate russe a noté un changement au niveau de la politique des Talibans, après la mort du mollah Omar. Le mouvement a refusé le concept de Jihad mondial, considérant que son premier objectif est de débarrasser le pays de l’occupation, et de mettre en place une administration afghane indépendante.
Les Talibans ont refusé l’idéologie djihadiste de Daech, et combattent cette organisation considérée comme concurrente sur leur territoire, a affirmé Kabulov.
Les talibans gagneront le droit d'exister en tant que force politique s’ils respectent la résolution du Conseil de sécurité des Nations unies, en reconnaissant la constitution afghane, en renonçant à la violence, et en coupant tous liens avec des groupes terroristes internationaux.
Or le mouvement soutient qu’il a coupé ses liens avec les groupes terroristes internationaux, a relevé Kabulov.
Il a poursuivi: «Les Talibans ne peuvent pas abandonner les armes, car ils seraient éliminés. Ils refusent de reconnaître la Constitution, car ils estiment nécessaire de la reformuler. Qu’on le veuille ou pas, les Talibans constituent une force politique. Il faudrait demander aux Américains de comparer la puissance actuelle du mouvement, par rapport à la situation qui prévalait il y a une quinzaine d’années ».
- La menace de Daech en est encore à ses débuts en Afghanistan
Le responsable russe a indiqué que Daech est apparu pour la première fois dans la région il y a deux ans, soulignant que l’organisation cherche actuellement à renforcer sa présence en Afghanistan.
A ses débuts dans le pays, l’organisation a tenté d’appliquer les méthodes qu’elle a déjà utilisées en Syrie et en Irak, avant de les changer ultérieurement.
Selon Kabulov, Daech a commencé à établir des camps, et à recruter des combattants en leur fournissant plus d’argent que les Talibans.
Daech a compté 2500 membres rassemblés en groupes dans les différentes régions d’Afghanistan, a-t-il précisé.
Si ce nombre n’est pas important, il n’en constitue pas moins un indicateur du danger représenté par l’organisation terroriste qui n’était pas présente dans le pays il y a à peine deux ans, a considéré Kabulov.
Il a ajouté que Daech a commencé à chercher des sources de revenus pour pallier la diminution de ses ressources en provenance de Syrie et d’Irak. "La drogue constitue une source de revenu importante pour l’organisation. Une guerre est menée pour prendre le contrôle des zones où la drogue est produite."
La menace de Daech n’en est qu’à ses débuts en Afghanistan, a-t-il affirmé, notant que l’organisation vise à recruter de nouveaux combattants, ce qui pourrait avoir de fâcheuses répercussions en Asie centrale.
- Echec de la Mission des États-Unis en Afghanistan
Le diplomate russe a affirmé que la mission américaine a complètement échoué en Afghanistan, considérant que les Etats-Unis n’ont aucune stratégie concernant le pays.
Kabulov a souligné que l'unique objectif des États-Unis, est de maintenir une présence politique et militaire en Afghanistan, parce que la situation géopolitique du pays permet de contrôler la Chine à travers l'Asie centrale, ainsi que l'Iran, le Pakistan et la Russie.
"Et cette situation nous dérange, naturellement", a-t-il déclaré.
Zamir Kabulov a relevé l'absence d'une administration indépendante en Afghanistan, imputant la situation qui prévaut actuellement dans le pays aux puissances étrangères qui y sont présentes depuis 15 ans.
"La politique erronée de ces pays a abouti à la situation actuelle. Cependant, ces problèmes peuvent être résolus, fut-ce-t-il tardivement. Mais leur résolution incombe à ceux qui les ont créés. Les États-Unis ont annoncé avoir dépensé 100 milliards de dollars pour l'avenir Afghanistan. Où ça ? Cela ne devrait-il pas apparaître au grand jour?", s’est-il interrogé.
Au sujet de la présence chinoise en Afghanistan, il a affirmé que l’important intérêt voué par la Chine au pays, est de nature économique.
« L'Afghanistan est très important dans la réalisation du projet économique chinois de la Route de la soie », a-t-il rappelé.
- Les relations Russie-Pakistan
Les relations russo-pakistanaises historiquement mauvaises en raison de l'occupation de l'Union soviétique de l’Afghanistan, se sont améliorées ces derniers temps.
Kabulov a déclaré, à cet égard, « notre relation avec le Pakistan se développe actuellement. Nous entretenons des relations à un haut niveau politique ».
Il a cependant relevé la faiblesse des échanges économiques entre les deux pays. En outre, le diplomate a indiqué que la Russie soutient le Pakistan dans sa lutte contre les groupes armés sous toutes leurs formes.
Il a ajouté, par ailleurs : «L’objectif des Talibans pakistanais est légèrement différent de celui de ses homologues en Afghanistan. Je pense que les talibans pakistanais constituent une menace pour la démocratie du pays, sachant qu'ils ne combattent pas Daech ».
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