AA / Ankara
Le Président de la République de Turquie, Recep Tayyip Erdogan, a proposé l’organisation d’une conférence régionale, avec les participations de tous les acteurs de la Méditerranée orientale, y compris les Chypriotes-turcs, pour une solution juste et équitable dans la région.
Le Chef de l’État turc s’est adressé, mardi, à l’ensemble de la communauté internationale, lors de la 75ème assemblée générale de l’Organisation des Nations Unies (ONU), qui célèbre donc ainsi son 75ème anniversaire.
Erdogan a d’abord salué l’ambassadeur Volkan Bozkir, président de l’Assemblée générale de l’ONU, premier turc à occuper une telle fonction au sein de l’institution mondiale.
Le Président turc a commencé par faire une critique du fonctionnement de l’ONU, qu’il remet en cause déjà depuis plusieurs années, en se basant sur l’exemple récent de la lutte contre la pandémie de Covid-19.
"Avec la pandémie, les États ont été abandonnés à leur sort. Ceci prouve à quel point notre thèse que je répète ici [AG de l'ONU] depuis des années 'le monde est plus grand que 5', est juste", a-t-il assuré, mettant l’accent sur le statut injuste et inéquitable du Conseil de sécurité qui procure à 5 États permanents "le droit de décider pour plus de 7 milliards de personnes".
"Nous devons, au plus vite, entamer des réformes globales en commençant par la réforme du Conseil de sécurité de l'ONU", a-t-il insisté, rappelant que nombre d’institutions internationales sont victimes d’une forte remise en question partout dans le monde.
"Pour endiguer la perte de confiance envers les institutions internationales, nous devons d'abord revoir notre manière de pensée, nos structures et nos règles", a-t-il ajouté.
Concernant la pandémie de Covid-19, Erdogan a renouvelé son appel pour une mise à disposition équitable des futurs vaccins qui seront développés, afin de na pas atténuer les inégalités déjà trop profondes.
"Quels que soient les pays où ils sont produits, les vaccins doivent être soumis à un usage commun de l'ensemble de l'Humanité", a-t-il défendu.
- Les tensions en Méditerranée orientale et la question chypriote :
Sur les derniers développements à l’est de la Méditerranée, le Chef de l’État turc a dénoncé la politique de certains États qui pensent que celui qui sortira vainqueur de ces tensions "remportera toute la mise".
"Les initiatives visant à exclure notre pays de Méditerranée orientale n'ont absolument aucune chance d'aboutir", a-t-il répété.
Pour Erdogan, la principale raison des tensions en Méditerranée orientale, sont les revendications maximalistes de la Grèce et de l’Administration grecque de Chypre, et les initiatives unilatérales mises en avant depuis 2003.
Il a par ailleurs fermement condamné l’approche de la partie grecque de Chypre qui ne laisse aucune place au compromis et qui ignore les droits de la partie turque de Chypre.
Pour mettre fin à cette crise, Erdogan propose l’organisation d’une grande conférence régionale.
"Nous proposons l’organisation d’une conférence régionale, à laquelle participeront les acteurs de la région, y compris les Chypriotes-turcs, et qui prendra en compte les droits des pays de la région", a-t-il déclaré.
Et d’ajouter : "Nous soutiendrons toute solution qui garantira les droits historiques et politiques des Chypriotes-turcs".
- La situation en Libye et en Syrie :
Le leader turc est ensuite revenu sur la situation en Syrie, où le conflit interne arrive à sa dixième année.
La Turquie est l’un des pays qui ont été les plus touchés par les développements en Syrie, elle accueille depuis plusieurs années plus de 3,5 millions de réfugiés syriens, sans parler des problèmes sécuritaires liés aux activités des groupes terroristes Daech et YPG/PKK installés dans ce pays.
Erdogan a énuméré les actions mises en place par la Turquie, "sans un réel soutien de la communauté internationale", pour répondre aux besoins des réfugiés syriens, en Turquie, mais aussi de l’autre côté de la frontière, notamment dans la région d’Idleb.
"Les pays comme la Turquie, qui accueille le plus grand nombre de réfugiés dans le monde, sauvent l'honneur de l'ensemble de l'humanité grâce à leurs sacrifices", a-t-il estimé.
Le président turc a par ailleurs appelé la communauté internationale à faire front commun contre toute forme de terrorisme, sans faire de distinctions.
"En tant que communauté internationale, si nous n'adoptons pas une opposition sincère contre tous les groupes terroristes, nous ne trouverons pas de solution durable à la crise en Syrie", a-t-il dit.
Et de poursuivre : "Comme contre Daech, nous attendons une coopération sincère de la communauté internationale pour définitivement éradiquer le PKK qui s'est enraciné en Irak"
Sur la situation en Libye, Erdogan a rappelé que la Turquie est le seul pays qui ai véritablement répondu concrètement aux appels à l’aide du gouvernement légitime libyen. "La solution en Libye passe par un dialogue global et inclusif mené par les Libyens eux-mêmes", a-t-il avancé.
- La Cause palestinienne :
Le Président turc s’est aussi exprimé sur la question palestinienne et le statut de Jérusalem.
Il a très fermement condamné l’oppression, la violence et les politiques de l’occupant israélien.
Il a rappelé que la Turquie ne défendra aucun plan de paix qui n’a pas l’accord des Palestiniens, et l’attachement d’Ankara à une solution à deux États sous les frontières de 1967, avec Jérusalem-est capitale de l’État souverain palestinien.
Par ailleurs, le Chef de l’État turc a cité plusieurs autres conflits à travers le monde, dénonçant notamment les agressions de l’Arménie envers l’Azerbaïdjan, soulignant le drame humanitaire de la guerre au Yémen, et réclamant l’élimination totale des armes de destructions massives.
Pour conclure, Recep Tayyip Erdogan s’est arrêté sur la montée du racisme, du discours de haine et de l’Islamophobie en particulier dans les pays occidentaux et européens
Face à cela, il a renouvelé son appel pour déclarer le 15 mars "Journée Internationale de solidarité contre l’Islamophobie", le 15 mars étant la date du double attentat contre des mosquées de Christchurch en Nouvelle-Zélande.