Bilal Müftüoğlu
29 Septembre 2016•Mise à jour: 30 Septembre 2016
AA - Paris - Bilal Muftuoglu
Il faut viser le régime d'Ali Bongo par des "sanctions ciblées" sur le plan international, après des élections présidentielles potentiellement frauduleuses au Gabon, a estimé Séraphin Moundounga, ancien ministre de la Justice gabonais.
Dans une rencontre restreinte avec les correspondants de la presse étrangère à l'Association de la presse étrangère à Paris, l'homme politique gabonais qui a démissionné de son poste le 5 septembre, suite aux émeutes post-électorales, est revenu sur les raisons de son départ du gouvernement, sa discorde avec Bongo ainsi que l'action que la communauté internationale devrait entreprendre.
Moundounga affirme avoir constaté des éléments suspicieux dès le travail d'organisation de l'élection présidentielle, ajoutant que ceux-ci ont confirmés par la position hostile de Bongo vis à vis d'un recomptage des voix.
"A la veille de la publication des résultats provisoires, Bongo accusait déjà Jean Ping [candidat de l'opposition, ndlr] de fraude par un filtrage du système électronique. Or, le décompte des voix au Gabon s'effectue sur support papier", explique ainsi l'ancien allié de Bongo.
Autre élément qui a semé le doute, selon l'ancien ministre, c'est le refus constant de Bongo de permettre l'observation du scrutin par une délégation internationale. "J'ai demandé à Bongo d'accepter une observation internationale mais il l'a refusé [...] Je me suis rendu compte qu'Ali Bongo est resté droit dans ses bottes", déplore-t-il.
Moundounga affirme également avoir été victime de nombreuses tentatives d'assassinat et d'enlèvement peu après sa démission du gouvernement. "Cinq individus cagoulés ont pénétré dans mon domicile d'Angondge et ont tout saccagé au passage tentant un troisième assassinat sur ma personne", explique l'ancien ministre, ce qui l'a obligé de quitter le pays, toujours d'après lui.
A Paris depuis le 12 septembre, Moundounga ne mâche pas ses mots sur Bongo, en veillant toutefois à prendre ses distances vis à vis de Jean Ping. "Je n'ai pas de relation particulière avec Jean Ping (...) Je ne vais pas dans l'opposition", souligne-t-il, évoquant qu'ils se sont tout de même rencontrés à sa démission.
L'ancien ministre, qui s'apprête à partir en tournée en France et en Belgique pour rencontrer la communauté gabonaise mais aussi pour échanger avec les responsables européens, dit vouloir se concentrer davantage sur sa nouvelle ONG, "UNITÉ", qui cherche à faire valoir la démocratie, l'Etat de droit, la bonne gouvernance et les droits de l'Homme au Gabon.
Moundounga espère par ailleurs mobiliser davantage la communauté internationale contre Ali Bongo par cette tournée européenne. "Tous les pays qui ont des intérêts" au Gabon doivent mettre en place des "sanctions ciblées", lance-t-il.
Ces sanctions peuvent inclure l'interdiction d'entrée ou de transit des hommes politiques et biens gabonais, le gel des avoirs ou la mise sous séquestre des biens immobiliers de l'élite politique gabonaise dans les pays occidentaux, dont la France, suggère ainsi Moundounga. Et de poursuivre:
"Il faut appliquer ce qu'on a fait à [Moummar] Kadhafi".
A la question d'Anadolu de savoir si la mobilisation internationale passera par la France ou l'Union européenne, le ministre a répondu: "Cela peut passer par un pays ou par une institution", rappelant que lui, comme le reste de ses concitoyens, est "satisfait" de la réaction française et européenne contre Ali Bongo.
La France et l'UE ont eu une "position constante" dès le départ, en demandant un nouveau décompte des voix et la publication des résultats bureau par bureau, précise-t-il.
Malgré des mises en garde contre un "carnage sans précédent" au Gabon, Moundounga reste optimiste quant à l'avenir de son pays. La réalisation du souhait du peuple "n'est qu'une question de jours", note l'homme politique, ajoutant que son équipe est en train d'examiner les mécanismes judiciaires, notamment internationaux, pour contester une fois de plus les résultats du scrutin.