AA / Montréal / Hatem Kattou
Les récentes découvertes macabres de restes d’enfants autochtones dans des pensionnats gérés auparavant par l’Eglise catholique au Canada et la multiplication d’actes islamophobes, dont certains furent meurtriers, ont provoqué une onde de choc à travers le pays de l’érable, incitant et obligeant les autorités fédérales et provinciales à réagir.
En effet, à la fin des mois de mai et de juin écoulés, deux découvertes horribles ont été possibles grâce aux travaux réalisés par des Fédérations des Nations autochtones, des restes de 215 et de 751 enfants autochtones anonymes, respectivement sur les sites des pensionnats de Kamloops et de Marieval situés dans les provinces de la Colombie-Britannique et du Saskatchewan.
Sur un autre plan, mais toujours dans le même registre macabre, ce sont les attaques contre les personnes de confession musulmane qui ont récemment défrayé la chronique, dont celle qui a ciblé une famille pakistanaise le dimanche 8 juin dernier, faisant quatre morts et un blessé, dans la ville de London de la province de l’Ontario.
Cette attaque est venue raviver le douloureux souvenir de l’acte terroriste perpétré, le 29 janvier 2017, dans la Grande Mosquée de Québec, ville éponyme de la même province, et qui avait fait six victimes et plusieurs blessés.
- Les exactions contre les autochtones : le calumet de la paix ébréché
La présence française et britannique en Amérique du Nord, qui a abouti à la création du Canada sous sa forme actuelle, a été accompagnée, la plupart du temps, d’agressions et d’exactions en tout genre contre les Amérindiens, habitants autochtones de cette région.
Au-delà de la dimension politique de cette présence, qui avait comme leitmotive et moteur les intérêts économiques, c’est surtout la volonté d’assujettir et de faire soumettre les Premières Nations au diktat et au joug des nouveaux arrivants qui a été marquante.
Cela a été possible par l’entremise de l’Eglise qui a accompli un rôle de premier plan, s’agissant tout particulièrement d’acculturation des populations autochtones.
L’Eglise a procédé à des manouvres des plus abjectes qui ont surtout ciblé les enfants autochtones, considérés comme étant les plus malléables et le maillon faible de la chaîne, en les arrachant de force du giron familial, pour les placer dans des pensionnats et des institutions gérés par des agrégations de l’Eglise.
D’ailleurs, si « l’Eglise Unie » du Canada (Eglise protestante canadienne, la deuxième du pays) a présenté ses excuses, en date du 27 octobre 1998, pour les violations des droits des Autochtones, l’Eglise catholique, quant à elle, qui administrait, entre autres, les deux pensionnats de Kamloops et Marieval, tarde encore à le faire, malgré les appels insistants et pressants lancés aussi bien par les associations autochtones que par une partie de la classe politique canadienne, au premier rang de laquelle figure le Premier ministre Justin Trudeau.
Même le souverain pontife, chef de l’Eglise catholique, qui avait fait part de sa « douleur », au sujet de la récente découverte des ossements de 215 enfants autochtones à Kamloops, n’a pas présenté d’excuses concernant ce charnier.
Justin Trudeau, qui était intervenu dans ce cadre avait déploré « le refus du Pape et de l'Église catholique de reconnaître leur responsabilité et leur part de culpabilité » dans l’administration des pensionnats autochtones au Canada.
Présentant ses excuses officielles aux Autochtones dès son accession au pouvoir en 2015, le chef du Parti Libéral a déclaré récemment : « Nous devons tirer les leçons du passé », insistant sur le fait « qu’aucun enfant n’aurait dû être arraché à sa famille et à sa communauté, et privé de sa langue, de sa culture et de son identité ».
Il convient de rappeler que ce sont près de 150 000 enfants qui ont fréquenté 139 pensionnats, où ils ont souvent été victimes d'abus physiques, psychologiques et sexuels.
Ces écoles étaient gérées par plusieurs communautés chrétiennes, notamment les églises presbytérienne, unie et anglicane. L'église catholique dirigeait la plus grande partie de ces établissements, dont le dernier a été fermé en 1996. De nombreux enfants ont été enterrés dans des tombes non marquées et, dans certains cas, les parents n'ont jamais découvert ce qui était arrivé à leurs progénitures.
Si les exactions contre les autochtones trouvent leurs origines dans des campagnes d’envahissement et d’évangélisation qui trouvent leurs origines dans l’histoire du Canada d’il y a plusieurs siècles, c’est une autre communauté qui se trouve atteinte actuellement par des extrémistes et des xénophobes qui ne parviennent pas à accepter le vivre-ensemble et la diversité. Il s’agit de la communauté musulmane qui a fait l’objet de plusieurs attaques au cours des derniers mois et années.
- L’islamophobie : nouvelle tare de la société canadienne
La présence musulmane en masse au Canada remonte à plusieurs décades, lorsque des communautés issues de plusieurs pays de la région du Moyen-Orient, de l’Asie, du Maghreb et de l’Afrique subsaharienne se sont installées dans ce pays.
Les difficultés et les disparités d’intégration n’ont jamais impacté la présence de cette communauté qui a su, tant bien que mal, tirer son épingle du jeu et intégrer sa société d’accueil en franchissant des caps sur la voie de la réussite sociale et professionnelle.
Toutefois, avec la montée des courants populistes de droite et des tendances racistes, un peu partout à travers le monde, cela a contribué à alimenter au Canada un courant xénophobe et hostile à la présence musulmane.
Bien que les membres de la communauté musulmane n’aient pas fait l’objet d’attaques ou de « pogroms » à grande échelle, comme ce fut le cas dans certains pays d’Europe, il n’en demeure pas moins que certains de ses membres ont été stigmatisés pour leurs accoutrements ou tenues vestimentaires ou attaqués dans des actes terroristes commis délibérément.
L’acte le plus saillant fût l’attaque terroriste perpétrée le 29 janvier 2017 dans l’enceinte de la mosquée de la ville de Québec, lorsqu’un jeune du nom de Alexandre Bissonnette avait ouvert le feu sur les fidèles lors de la prière du soir, faisant six morts et plusieurs blessés.
Ce douloureux souvenir qui avait constitué un tournant dans l’histoire récente des actes islamophobes a été ravivé lorsqu’au début du mois de juin dernier, un jeune âgé de 20 ans avait heurté intentionnellement par sa camionnette les cinq membres d’une famille pakistanaise musulmane, dans la ville de London située dans la province de l’Ontario, faisant quatre morts sur le coup et un blessé, un enfant âgé de neuf ans, désormais orphelin ayant perdu ses deux parents.
Le spectre de ces attaques a suscité une série d’appréhensions et de craintes dans les rangs de la communauté musulmane à travers le pays, mais aussi des réactions de la part de la classe politique, municipale, provinciale et fédérale.
En plus de ces actes meurtriers, d’autres agissements islamophobes moins violents, n’ayant pas causé de pertes en vies humaines, ont émaillé le quotidien de la communauté musulmane, oscillant entre les actes de vandalisme de devantures de mosquées et de centres islamiques que des agressions corporelles et à l’arme blanche contre des Canadiens ou des immigrants de confession musulmane.
L’ensemble de ces actes islamophobes avait amené le Premier ministre, Justin Trudeau, à agir, à maintes reprises, pour indiquer que « la dégradation des mosquées est inacceptable, tout comme le nombre croissant d’attaques et d’incidents islamophobes à travers le pays ».
Estimant qu’il « ne revient pas uniquement aux victimes de lutter contre cette haine insidieuse et méprisable et que l’on doit tous s’unir contre ces actes ignobles », Trudeau a tenu à rappeler que « l'auteur de l'attaque cruelle de dimanche à London, ne nous représente pas en tant que Canadiens, parce qu'on sait qu'on est plus fort dans la paix que dans la haine et la violence".
Il a cependant tenu à rappeler que : "Parfois, il faut dire la vérité, cette haine et cette violence existent chez nous, que ce soit dans la rue, en ligne ou ailleurs, et tant qu'elles existent, on va avoir du travail à faire".
Des positions martelées avec force qui, si elles sont appréciées à leur juste valeur par les membres de la communauté musulmane, ne parviennent pas à les rassurer complètement.
Aux fins de faire régner une ambiance sereine et de faire prévaloir le calme et le dialogue, les autorités canadiennes viennent d’annoncer, vendredi dernier, que deux sommets d’urgence sur l’islamophobie et l’antisémitisme se tiendront les 20 et 21 juillet courant.
La ministre fédérale de la Diversité, de l'Inclusion et de la Jeunesse, Bardish Chagger, qui a fait cette annonce, a souligné que « Nous devons rester à l’écoute des communautés directement touchées par le racisme ».
Si ces prises de position et ces mesures dénotent d’une prise de conscience certaine par les autorités afin de pallier les manquements et de résoudre les problèmes, il n’en demeure pas moins que le chemin à parcourir, aussi bien s’agissant de l’islamophobie ou des douloureux épisodes qui ont marqué l’évolution des autochtones, est encore long.
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