Forum mondial de la décolonisation : Houria Bouteldja critique la persistance des « logiques coloniales »
La militante franco-algérienne a estimé lundi que la France n’a « pas fait le deuil du colonialisme » et demeure marquée par des représentations héritées de son passé colonial, dans un entretien accordé à Anadolu
Wafae El Baghouani
13 Mai 2026•Mise à jour: 13 Mai 2026
Istanbul
AA / Istanbul / Wafae El Baghouani
La militante franco-algérienne Houria Bouteldja a estimé lundi que la France n’a « pas fait le deuil du colonialisme » et demeure marquée par des représentations héritées de son passé colonial, dans un entretien accordé à Anadolu.
Elle s’exprimait en marge du Forum mondial sur la décolonisation, organisé à Istanbul les 11 et 12 mai et consacré aux débats sur les héritages du colonialisme et les processus de décolonisation.
Héritage colonial et débat politique en France
Bouteldja a déclaré que « les officiels français, l’État et les forces les plus réactionnaires », selon ses termes, n’ont pas rompu avec cet héritage. Elle a estimé que la guerre d’Algérie continue d’influencer la vie politique et sociale en France et que l’extrême droite reste marquée par cette histoire.
Elle a affirmé que la montée de l’islamophobie s’est accentuée après les attentats du 11 septembre 2001, qu’elle considère comme un tournant dans les relations entre l’Occident et le monde musulman.
Selon elle, les indépendances des années 1960 ne constituent qu’une première étape inachevée de la décolonisation. Elle estime que des formes de domination persistent aujourd’hui sous des dimensions économiques, financières et militaires, évoquant notamment les interventions en Irak et en Libye, la situation en Palestine ainsi que certaines relations économiques entre la France et plusieurs pays africains.
Ordre mondial et transition « post-occidentale »
Bouteldja a estimé que le monde entre dans une phase « post-occidentale », marquée par un recul de l’hégémonie occidentale et l’émergence de nouvelles puissances. Elle a toutefois jugé qu’aucune alternative globale véritablement émancipatrice ne s’est encore imposée.
Elle a ajouté que les puissances émergentes pourraient reproduire des logiques de domination similaires à celles de l’Occident.
Elle a enfin appelé à une réinvention de l’ordre mondial fondée sur la « justice universelle », estimant que les luttes contre les formes d’oppression doivent être menées à l’échelle de chaque société, sans ingérence extérieure.