Ümit Dönmez
23 Novembre 2022•Mise à jour: 23 Novembre 2022
AA / Paris / Ümit Dönmez
Mamoudzou, la plus grande ville de Mayotte, territoire français d'outre-mer, est secouée par de violents conflits inter-quartiers depuis une douzaine de jours, qui ont déjà fait un mort le 12 novembre ainsi que plusieurs blessés.
Selon la police, le quartier de Kawéni, d'où était originaire la victime, s'est embrasé la semaine dernière suite à l'attaque d'un autobus scolaire par des groupes de jeunes armés, qui ont blessé plusieurs enfants, dont un mineur de 12 ans qui a reçu un coup de machette. Au cours de diverses attaques à la machette, plusieurs autres personnes ont été victimes d'amputations, selon la presse locale.
Sur fond de vendetta et de conflits violents entre des gangs issus de l'immigration comorienne, samedi dernier, quelque 200 jeunes du quartier de Kawéni se sont réunis pour en découdre avec les jeunes du quartier de Doujani, plus au sud de la principale ville du département et région d'outre-mer (Drom) français.
La presse locale rapporte que dimanche, un automobiliste a été poignardé à Mtsapéré Bonovo, un autre quartier de Mamoudzou alors que des dizaines de voitures et carcasses ont été incendiées.
Face à l'incapacité des forces de l'ordre de rétablir l'ordre dans le chef-lieu de facto du département et région d'outre-mer (Drom), des groupes d'habitants de plusieurs quartiers de Mamoudzou se sont organisés en milices d'auto-défense.
- Risque de "guerre civile"
À Paris ce mardi, à l'Assemblée nationale, la députée de Mayotte du Groupe Libertés et Territoires (Liot), Estelle Youssouffa, a lancé un "cri de détresse" face au "cycle de vendetta", de "barbarie et de terreur" qui ensanglante l'île dans "l'indifférence générale" de la métropole.
"On parle de hordes de centaines de jeunes, la plupart d'entre eux, des Comoriens en situation irrégulière qui ont entre douze et treize ans, sont armés de machettes et qui sèment la mort", a-t-elle déclaré.
Et la députée d'interroger le gouvernement : "On se demande quand est-ce que trop c'est trop ? Que vaut la vie de nos enfants qui vont à l'école la peur au ventre depuis des mois ?"
Estelle Youssouffa a, par ailleurs, souligné le risque que le département bascule "dans la guerre civile".
Face à la situation devenue incontrôlable, le ministère de l'Intérieur avait annoncé, lundi, l'envoi d'une dizaine de policiers du Raid, unité d'intervention d'élite de la police, arrivés mardi à Mayotte pour renforcer les forces de l'ordre.
Interpellé mardi à l'Assemblée nationale par la députée Estelle Youssouffa, Gérald Darmanin, ministre de l'Intérieur et des Outre-mer, a déclaré que "les Mahorais qui ont choisi de rester dans la République [...] ont besoin de la protection de l'État", évoquant "plusieurs pistes d'évolution" envisagées par le gouvernement, notamment "le renforcement très important des moyens de la justice" pour répondre "au rendez-vous des interpellations qui sont nombreuses".
Sur le long terme, Gérald Darmanin a ajouté qu'il était en collaboration avec le ministre des Armées, afin de "renforcer les moyens militaires" pour Mayotte et la Guyane, dans le cadre du projet de loi de programmation militaire.