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24 Avril 2022•Mise à jour: 24 Avril 2022
AA / Paris / Fatih Karakaya
Alors que l’accession au second tour de l’extrême droite en 2002 pouvait s’apparenter à un accident de parcours, la répétition du même scénario en 2017 et 2022 marque définitivement l’installation de cette idéologie dans le paysage français. Pourtant, les Français sont exaspérés de devoir voter par "injonction de faire barrage" que par "vote de conviction".
C’était il y a exactement 20 ans, la France était sous le choc de voir Jean-Marc Le Pen se qualifier au second tour des élections présidentielles face à Jacques Chirac. Aussitôt, refusant "une horreur" pareille, les Français manifestaient leur colère en descendant dans les rues.
Même si l’extrême-droite s’est légèrement effacée lors des éditions de 2007 et 2012, elle a repris des couleurs en 2017 et aussi en 2022.
Pourtant, contrairement à 2002 où le "barrage républicain" qui a réussi à rassembler plus de 85% des votants, les élections de 2017 ont considérablement réduit l’écart ne faisait pas aussi consensus.
Que va-t-il se passer en 2022 ?
Selon les derniers sondages, dimanche soir, le président Emmanuel Macron remporterait les élections entre 55 et 57% des voix alors qu’en 2017 Macron avait réussi à rassembler plus de 66% des électeurs.
Aujourd’hui, le discours a radicalement changé. Alors, qu’il était impensable de « refuser de voter pour le front républicain », désormais certains électeurs ont clairement choisi de rester fidèles à ses convictions et de ne pas voter "contre un candidat".
C’est le cas de Jean, étudiant en master relations internationales. "Je refuse qu’on me dicte pour qui je dois voter", s’insurge le jeune homme.
Après avoir expliqué qu’il a bien voté par conviction au premier tour, il regrette que la démocratie française "rentre dans une période de non choix".
Même s’il estime que Marine Le Pen est "dangereuse" pour la France, il n’arrive pas à accepter "l’idée de voter pour Macron".
"Après tout ce qu’il a fait, je ne peux pas me résoudre à voter pour un président des riches qui a banalisé les violences policières, a fait voter des lois liberticides et veut nous détruire nos retraites", explique l’étudiant qui souhaite partir à l’étranger pour travailler.
Il reconnaît, pourtant, que voter est un "devoir", alors il s’est déplacé pour voter blanc. Il regrette, d’ailleurs, que le vote blanc, "une forme de contestation démocratique" ne soit pas pris en compte.
Murielle, retraitée, qui est venue en visite à Paris n’a pas donné de procuration pour le vote de ce dimanche.
"A quoi bon de voter pour une personne qu’on a contesté pendant cinq ans", s’interroge la dame qui a participé aux manifestations de gilets jaunes.
"Pour moi faire barrage n’est pas un acte démocratique. On ne vote pas contre quelqu’un mais pour le programme d’un candidat". Indiquant "qu’elle ne se retrouvait chez aucun candidat", elle a préféré passer "un bon moment à Paris", plutôt que de "devoir voter Macron pour ensuite manifester à nouveau dans les rues".
Les premiers résultats estimatifs des élections présidentielles sont attendus dès 20h avant que le Conseil Constitutionnel proclame les résultats définitifs mercredi prochain.