AA / Paris / Ümit Dönmez
François Asselineau a développé, dans un entretien accordé à Anadolu, sa vision de la situation française autour des questions économiques, européennes, diplomatiques et identitaires.
Le président de l’Union populaire républicaine (UPR), candidat à l'élection présidentielle française 2027, estime qu’Emmanuel Macron poursuit un mouvement ancien de déclassement de la France, qu’il attribue notamment aux traités européens, à la mondialisation économique et à l’évolution des choix diplomatiques français.
François Asselineau fait de la désindustrialisation le point de départ de son diagnostic. Il rappelle que, « dans les années 70 », la part de l’industrie dans le PIB français était selon lui « à peu près de 27 à 28 % ».
« Aujourd’hui, c’est le constat que vous dressez, on est tombé à 9 % », a-t-il déclaré, en attribuant ce recul à « la politique de totale liberté de circulation des capitaux » mise en place, selon lui, « à partir de 1986, dans le cadre des traités européens ».
Les données internationales confirment un fort recul de la part manufacturière française, même si les périmètres statistiques varient selon que l’on parle d’industrie au sens large ou de seule industrie manufacturière. La Banque mondiale évalue la valeur ajoutée manufacturière française à environ 9,4 % du PIB en 2024, un niveau proche de celui cité par Asselineau.
Le président de l’UPR accuse l’Acte unique européen et le traité de Maastricht d’avoir ouvert la voie aux délocalisations. « Lorsque vous êtes un industriel en France, vous avez le choix entre conserver votre activité industrielle en France » avec des salaires et cotisations élevés, ou « faire fabriquer les mêmes produits, par exemple en Chine, au Vietnam, en Inde, au Bangladesh », a-t-il expliqué.
François Asselineau présente le Frexit comme une condition préalable au redressement du pays. Il affirme avoir créé son parti « pour appeler les Français à se rassembler au-dessus du clivage droite-gauche pour faire sortir la France de l’Union européenne ».
Le chef souverainiste rejette l’idée selon laquelle l’UE pourrait être réformée de l’intérieur. Il estime que les traités européens ont organisé « des transferts de souveraineté », avant d’ajouter : « Mais en fait, c’est du vol de démocratie. »
L’article 50 du Traité sur l’Union européenne prévoit la possibilité pour un État membre de se retirer de l’UE après notification officielle.
François Asselineau assure qu’une sortie de l’UE ne signifierait pas l’isolement. « Sortir de l’Union européenne, ça ne veut pas dire se refermer, si vous voulez, dans un couvent où on ne verrait plus personne », a-t-il lancé, citant notamment la Suisse, la Norvège et l’Islande comme exemples européens de réussite économique hors UE.
François Asselineau rejette frontalement le concept de « souveraineté européenne » défendu par le Président français Emmanuel Macron.
« Oui parce que c’est une formule en fait qui ne veut rien dire », a-t-il répondu. « Souveraineté européenne, ça veut dire quoi ? Ça veut dire qu’il faudrait que les pays de l’Union européenne défendent une position commune qui corresponde à leur intérêt commun. Mais […] nous n’avons pas les mêmes intérêts. »
Il prend l’exemple des divergences industrielles et militaires entre Paris et Berlin, notamment autour des programmes européens d’armement. Le président de l’UPR y voit la preuve que les intérêts stratégiques français, allemands ou baltes ne coïncident pas.
François Asselineau reconnaît que la sortie de l’euro provoquerait des turbulences. « Bien sûr qu’il y aura certainement des turbulences, évidemment », a-t-il admis.
Il évalue toutefois la baisse du nouveau franc à « à peu près 15 % » face au cours pivot de l’euro vis-à-vis du dollar. Selon lui, cette dévaluation renchérirait les importations, mais rendrait les exportations françaises plus compétitives.
Le président de l’UPR conteste aussi l’idée d’un choc insurmontable sur la dette. Il invoque la « lex monétaire » et affirme que la France rembourserait ses emprunts dans la monnaie ayant cours légal après la sortie de l’euro.
François Asselineau relie la question européenne à l’alignement diplomatique de la France. Il accuse l’UE et l’OTAN d’entraîner Paris dans une politique hostile à Moscou.
« La France est entraînée par son appartenance à l’Union européenne dans un conflit qui, fondamentalement, ne nous regarde pas entre la Russie et l’Ukraine », a-t-il déclaré.
Il défend une ligne d’équilibre avec Moscou, dans une lecture qu’il revendique comme gaullienne. « La France devrait jouer un rôle d’équilibre », a-t-il estimé, en citant la Türkiye comme un pays ayant maintenu un dialogue à la fois avec l’Ukraine et la Russie.
François Asselineau promettrait, en cas d’arrivée au pouvoir, une notification de sortie de l’OTAN. L’article 13 du Traité de l’Atlantique nord prévoit qu’un État partie peut mettre fin au traité un an après avoir notifié sa décision au gouvernement des États-Unis.
François Asselineau critique aussi la position française sur Gaza et Israël. Il juge la situation française « compliquée », en raison de la présence en France d’une importante communauté juive et d’une importante communauté musulmane.
Le président de l’UPR affirme cependant que la France devrait être « le porte-parole de la liberté des peuples et des nations et du droit international public ».
« Nous considérons que l’État d’Israël ne peut pas s’arroger le droit de piétiner le droit international », a-t-il déclaré, en défendant une solution à deux États et en appelant à des sanctions contre Israël « quand l’État d’Israël se comporte mal ».
Pour rappel, la Cour pénale internationale a délivré, le 21 novembre 2024, des mandats d’arrêt contre le premier ministre Benyamin Netanyahu et son ancien ministre Yoav Gallant pour crimes contre l’humanité et crimes de guerre présumés commis dans le cadre de la guerre à Gaza, notamment l'usage de la famine comme arme de guerre.
François Asselineau critique l’autorisation accordée à l’avion de Benyamin Netanyahu de survoler l’espace aérien français malgré le mandat d’arrêt de la CPI.
« Oui, je considère que c’est vrai », a-t-il répondu à la question de savoir si cette décision affaiblissait la crédibilité diplomatique et juridique de la France.
Le gouvernement français a indiqué, dans une réponse parlementaire, que le vol transportant Benyamin Netanyahu avait été autorisé à emprunter l’espace aérien français le 2 février 2025 et que le Statut de Rome ne poserait pas d’obligation spécifique concernant le survol d’un aéronef d’État.
François Asselineau juge malgré tout cette position incohérente. « Il ne peut pas y avoir deux poids deux mesures », a-t-il insisté. « À partir du moment où on est intransigeant vis-à-vis d’un certain nombre de pays, il faut l’être pour tous ou alors on ne l’est pour personne. »
François Asselineau défend une ligne restrictive sur l’immigration, tout en rejetant les discours de stigmatisation visant les étrangers déjà installés en France.
« Il faut donc, à mon avis, arrêter le plus possible les flux migratoires », a-t-il déclaré, avant d’ajouter qu’il fallait « favoriser leur assimilation à la France, à la République française ».
Il oppose l’assimilation à l’intégration. « L’assimilation, c’est quoi ? C’est que les gens deviennent français, parlent le français, se comportent comme des Français », a-t-il expliqué.
Le président de l’UPR estime que la religion doit rester dans la sphère privée. « Il faut en revenir, à mon avis, au principe traditionnel de l’assimilation », a-t-il poursuivi, en défendant le droit de conserver une langue ou une religion familiale, « à condition que ça reste dans la sphère privée ».
François Asselineau lie aussi la pauvreté au cadre européen. Il promet, en cas d’arrivée au pouvoir, de « lancer la procédure de sortie de l’Union européenne » et d’arrêter « de donner des subventions à l’Union européenne ».
Il chiffre la contribution nette française à « 15 à 20 milliards d’euros chaque année ». Les estimations publiques donnent des montants variables selon les méthodes : le Sénat évaluait le solde net français à environ -9,3 milliards d’euros en 2023, tandis que les débats budgétaires distinguent contributions brutes, retours européens et effets du plan de relance.
Le président de l’UPR promet aussi une hausse du SMIC, des droits de douane ciblés, un allègement de charges pour les PME et un contrôle des capitaux. Il affirme que « les ouvriers, les salariés ont vu leur niveau de vie dégringoler » et qu’un « formidable effort » doit être fait pour les catégories les plus modestes.
La pauvreté reste un sujet majeur en France. L’Insee indique qu’en 2023, 21,9 % des moins de 18 ans vivaient sous le seuil de pauvreté à 60 % du niveau de vie médian.
François Asselineau explique ses faibles résultats électoraux par son absence des grands médias et par le vote utile.
« Je suis totalement interdit d’antenne », affirme-t-il. Il soutient que l’UPR dispose d’une forte audience numérique mais que cette audience ne se transforme pas dans les urnes.
« Le vote utile, c’est le vote utile pour les milliardaires en fait », a-t-il lancé, en accusant le Rassemblement national comme La France insoumise de vouloir rester dans le cadre européen.
Le président de l’UPR veut faire de 2027 un scrutin de rupture. « La seule vraie vote qui peut vraiment changer la situation, c’est de voter Asselineau en 2027 », a-t-il conclu.
Son discours articule ainsi trois idées centrales : la France décline parce qu’elle ne décide plus seule, Emmanuel Macron prolongerait ce déclassement sous couvert de souveraineté européenne, et seule une rupture avec l’UE, l’euro et l’OTAN permettrait, selon lui, de restaurer la puissance française.
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