Feiza Ben Mohamed
07 Mars 2024•Mise à jour: 07 Mars 2024
AA / Nice / Feïza Ben Mohamed
La Russie considère que le président français Emmanuel Macron « continue d'augmenter le niveau d'implication directe de la France » concernant la guerre en Ukraine, a fait savoir jeudi Dmitri Peskov, porte-parole du Kremlin, cité par la presse française.
« Monsieur Macron est convaincu de sa politique consistant à vouloir infliger une défaite stratégique à notre pays », a-t-il pointé, alors que le dirigeant français recevait dans la matinée à l’Elysée, les chefs des différents partis politiques français pour aborder la position de la France dans le conflit.
Mercredi soir déjà, les anciens présidents François Hollande et Nicolas Sarkozy ont été conviés au Palais présidentiel pour des consultations qui ont duré une heure chacune.
Ces discussions et échanges interviennent alors qu’Emmanuel Macron avait créé la surprise, le 26 février dernier en annonçant, en marge de la conférence internationale sur le soutien à l’Ukraine, que l’envoi de militaires occidentaux ne pouvait « être exclu », invoquant une « ambiguïté stratégique ».
« Nous lançons le débat et réfléchissons à tout ce qu’il est possible de faire pour soutenir l’Ukraine (…). J’ai toujours été clair sur le cadre qui était le nôtre, nous ne sommes pas en guerre contre le peuple russe et nous refusons d’entrer dans une logique d’escalade », avait-il assuré, avant que les Alliés ne se démarquent de cette position.
Au niveau national, l’hypothèse de l’envoi de troupes françaises sur le sol ukrainien a provoqué les plus vives inquiétudes du côté des oppositions.
Reçu en milieu de matinée par le chef de l’Etat, au même titre que les autres dirigeants de partis politiques, le président du RN (Rassemblement National), Jordan Bardella, a fait état de ses plus grandes réserves face à la posture adoptée par la France.
« Le détail c’est qu’il n’y a aucune limite et aucune ligne rouge. Je pense que le rôle de la France c’est de fixer des lignes rouges », a-t-il plaidé au cours d’un point presse donné à la sortie de l’Elysée.
Jordan Bardella estimait, au cours de sa prise de parole, qu’à « partir du moment où on envisage l’hypothèse d’envoyer des militaires français et des soldats de l’armée française, et qu’on fait connaître cette hypothèse à une puissance nucléaire comme la Russie, c’est irresponsable et extrêmement dangereux pour la paix du monde ».
L’inquiétude était la même du côté de LFI (La France Insoumise), qui a expliqué ses inquiétudes par la voix de Manuel Bompard.
« L’ensemble des figures de l’opposition qui se sont exprimées ont dit leur condamnation ou leur désapprobation des propos qui ont été tenus par le président de la République la semaine dernière et, effectivement, il était extrêmement isolé sur ce sujet », a-t-il fait savoir.
Pour autant, le ministre des Affaires étrangères, Stéphane Séjourné, a largement tempéré, en début de semaine dans une interview à LCI, les déclarations d’Emmanuel Macron, concédant que Paris a effectivement évoqué des « actions qui auraient pu mener à une présence au sol » mais que cette hypothèse portait sur « des actions de déminage, des actions de cyber qui pouvaient engendrer effectivement des actions au sol ».
Et de poursuivre: « Le cadre est très clair, c’est mettre en échec la Russie sans faire la guerre à la Russie ».
Pour rappel, la guerre en Ukraine a bouclé sa deuxième année le 24 février dernier.
"La France a livré pour une valeur totale de 2,615 milliards d’euros d’équipements militaires à l’Ukraine, auxquels viennent s’ajouter 1,2 milliard d’euros donnés à la Facilité Européenne pour la Paix (FEP), soit un soutien de plus de 3,8 milliards d’euros entre le 24 février 2022 et le 31 décembre 2023", selon une publication récente du ministère des Armées.