AA / Jérusalem / Zein Khalil
Le quotidien israélien Haaretz a estimé, mardi soir, que les mandats d'arrêt qui devraient être délivrés par la Cour pénale internationale (CPI) contre le Premier ministre israélien, Benyamin Netanyahu et son ministre de la Défense, Yoav Gallant, empêcheraient les dirigeants et les ministres des Affaires étrangères de nombreux pays de les rencontrer.
Lundi, le procureur général de la CPI, Karim Khan, a révélé qu'il avait déposé une requête en vue de la délivrance de mandats d'arrêt contre Netanyahu, Gallant et trois dirigeants du Hamas, à savoir Ismail Haniyeh, Yahya Sinwar et Muhammad Deif, pour des accusations de "crimes de guerre" et "crimes contre l'humanité" perpétrés depuis le 7 octobre dernier.
Citant -sous couvert d'anonymat- des diplomates dont les pays soutiennent Israël, le journal ajoute sur son site Internet : "Si la Cour approuve la requête de délivrance de mandats d'arrêt contre Netanyahu et Gallant, les dirigeants et les ministres des affaires étrangères des 124 pays qui reconnaissent son autorité (la Cour) auront du mal à les rencontrer".
Un diplomate a estimé que "ce serait comme une rencontre avec (le président russe Vladimir) Poutine", en référence au mandat d'arrêt international lancé contre lui pour "crimes de guerre" perpétrés en Ukraine depuis 2022.
Il a ajouté que si des mandats d'arrêt sont délivrés, "nous continuerons à entretenir des relations normales avec Israël à de nombreux niveaux, mais il n'y aura pas de rencontres avec ceux contre qui les mandats ont été délivrés", sur fond de guerre dans la Bande Gaza.
Israël poursuit son offensive meurtrière contre la Bande Gaza en dépit d'une résolution du Conseil de sécurité des Nations unies exigeant un cessez-le-feu immédiat dans l'enclave.
Plus de 35 600 Palestiniens ont été tués, dont une grande majorité de femmes et d'enfants, et près de 79 900 autres ont été blessés depuis octobre dernier à la suite d'une attaque du mouvement palestinien Hamas.
Plus de sept mois après le début de la guerre israélienne, de vastes pans de la Bande de Gaza sont en ruines, victimes d'un blocus paralysant qui les prive de nourriture, d'eau potable et de médicaments.
Israël est poursuivi devant la Cour internationale de justice pour crime de génocide. Celle-ci lui a enjoint de veiller à ce que ses forces ne commettent pas d'actes à caractère génocidaire et de prendre des mesures pour garantir l'acheminement de l'aide humanitaire à la population civile de la Bande de Gaza.
** Pressions américaines
Le journal a cité un diplomate d'un autre pays, qui soutient habituellement Israël dans les joutes internationales, affirmant qu'"Israël aurait dû se comporter différemment avec le procureur et la Cour dès le début".
"L'association de Netanyahu et (du chef du Hamas à Gaza, Yahya) Sinwar dans le même document est tout à fait erronée. Mais cela nous pose quand même des questions : Pouvons-nous rencontrer une personne contre laquelle un mandat d'arrêt international a été délivré ?", a déclaré le diplomate.
Le Hamas a réfuté le bien fondé des allégations de Khan à son encontre, a appelé à ne pas délivrer de mandats d'arrêt contre ses dirigeants et a souligné que tout mandat délivré par la Cour contre des dirigeants de la résistance serait "contraire aux conventions et résolutions internationales, qui ont donné au peuple palestinien et à tous les peuples du monde sous occupation le droit de résister à l'occupation sous toutes ses formes".
Le diplomate a ajouté qu'une fois les mandats d'arrêt délivrés, "les pays auront beaucoup de mal à montrer que leurs relations avec Netanyahu et Gallant se déroulent comme d'habitude".
Israël n'est pas membre de la Cour pénale internationale, tandis que la Palestine a été admise en 2015 comme membre de la Cour, qui a été créée en 2002. Il s'agit d'un organe international indépendant, non affilié aux Nations unies ou à toute autre institution internationale, et dont les décisions sont contraignantes.
La Cour étant compétente pour statuer sur les questions relatives aux territoires palestiniens occupés en 1967, même si Israël rejette cette compétence, elle peut juger les responsables israéliens accusés d'avoir commis des crimes dans les territoires palestiniens.
"Les États-Unis, comme Israël, ne reconnaissent pas l'autorité de la Cour et, par conséquent, la délivrance de mandats d'arrêt n'aura pas d'impact similaire sur les relations avec Washington", a déclaré Haaretz.
"Mais la plupart des alliés d'Israël dans le monde, dont le Royaume-Uni, l'Allemagne, la France, le Canada, l'Australie et le Japon, sont signataires du Statut de Rome (qui a institué la Cour)", ajoute le journal.
Selon le quotidien, Israël espère que les États-Unis feront pression sur Khan pour qu'il revienne sur son intention de lancer des mandats d'arrêt, et qu'ils imposeront des sanctions contre lui et ses collaborateurs.
"L'administration du président américain Joe Biden pourrait recourir à l'interdiction d'entrée aux États-Unis pour Khan, mais elle n'a pas encore exprimé sa volonté de prendre des mesures plus strictes qui menaceraient l'existence de la Cour", poursuit Haaretz.
Plus tôt dans la journée de mardi, Khan a révélé, dans une interview accordée à la chaîne américaine CNN, qu'il avait reçu des menaces alors qu'il menait des enquêtes contre des responsables israéliens, et qu'on lui avait dit que la Cour "avait été créée pour l'Afrique et les voyous (...) et non pour faire rendre des comptes à l'Occident et à ses alliés".
Khan a critiqué ces pressions en déclarant : "Cette Cour doit représenter le triomphe de la loi sur l'autorité et la force brute... Personne n'est au-dessus de la loi ".
Des responsables israéliens actuels et anciens ont annoncé leur rejet de la démarche de Khan, soulignant qu'ils ne reconnaissaient pas la compétence de la Cour, clamant qu'elle était "antisémite", appelant les alliés de Tel-Aviv à cesser de la financer, voire à la démanteler, et soulignant la nécessité d'intensifier la guerre contre la Bande Gaza.
*Traduit de l’Arabe par Mourad Belhaj