Esma Ben Said
09 Mai 2018•Mise à jour: 09 Mai 2018
AA/Tunis/Rached Cherif
La coopération entre l’Italie et la Libye pour réduire le nombre de migrants arrivant en Europe est sous le feu des critiques ces dernières heures après des accusations allégations selon lesquelles elle a conduit à de graves violations des droits humains.
17 survivants d’un naufrage ramenés en Libye ont en effet porté plainte, mardi, devant la Cour Européenne des Droits de l'Homme (CEDH) avec l’aide de l’ONG Global Legal Action Network (GLAN).
L'action en justice se base sur le témoignage de survivants de l'incident survenu le 6 novembre 2017 lors d’une opération de sauvetage menée au large de la Libye par un navire de l’organisation humanitaire Sea Watch à la demande des autorités italiennes.
Une embarcation des garde-côtes libyens est intervenue pendant le sauvetage. Son équipage a commencé à embarquer des naufragés du bateau en détresse en les violentant. Le mouvement de panique provoqué par cette intervention a fait tomber à l’eau plusieurs personnes.
Environ 20 personnes sont mortes ou portées disparues dans l'incident. 58 ont été prises en charge et amenées en Italie sur le Sea Watch 3, tandis que 47 migrants étaient ramenés par les garde-côtes.
C’est le sort de ces derniers qui a poussé GLNA, basé au Royaume-Uni, à porter l’affaire devant la CEDH. À leur retour en Libye, ces migrants ont été placés en détention dans des conditions inhumaines, ont subi des violences extrêmes et ont été vendus et torturés, selon leurs témoignages cités dans la plainte.
Plus que le procès des garde-côtes libyens, les initiateurs de l’action juridiques visent à dénoncer l’accord conclu entre de l'Italie et la Libye avec la bénédiction de l'Europe pour bloquer les bateaux de migrants.
Selon les termes de cet accord, l'Italie accepte de former, d’équiper et de financer les garde-côtes libyens dans le cadre de leurs efforts pour retourner les navires et renvoyer les migrants en Libye.
De fait, le nombre d’arrivées en Italie a chuté de 34 % en 2017 par rapport à 2016 et atteint un plus bas depuis 4 ans. Sur les premiers mois de 2018, la baisse atteint 80 %. En mer, cela se traduit par un
nombre croissant d’interceptions et le retour en Libye de milliers de candidats à l’exil où les violations graves de leurs droits sont systématiques, selon de nombreuses organisations.
« Ils mettent la vie des migrants en danger et les exposent à des formes extrêmes de mauvais traitements en les ramenant en Libye par procuration », a déclaré Itamar Mann, juriste de GLNA. En saisissant la CEDH aux côtés des 17 survivants, tous Nigérians, l’activiste souhaite que la justice ordonne à l'Italie de verser des dommages aux plaignants et, surtout, mette fin à sa politique de renvoyer les migrants vers la Libye, déjà condamnée en 2012.
Dans cette affaire, GNLA peut s’appuyer sur Forensic Architecture (FA), une organisation composée de chercheurs spécialisée dans l’exploitation des données scientifiques dans le cadre d’enquêtes menées par les cours internationales de justice et les défenseurs des droits de l’Homme. FA a pu notamment collecter des images de l'ONG allemande Sea-Watch et d’autres pièces qui lui ont permis de reconstituer l’incident.