Serap Dogansoy
25 Août 2026•Mise à jour: 25 Août 2026
Le Conseil de sécurité des Nations unies se réunit mardi pour un débat public de haut niveau consacré à l’insécurité alimentaire liée aux conflits, alors que les guerres et leurs répercussions sur les chaînes d’approvisionnement menacent d’aggraver la faim dans le monde.
Intitulée « La nourriture sous le feu : le rôle du Conseil de sécurité dans l’atténuation des crises alimentaires mondiales et locales », la réunion est organisée dans le cadre de la présidence danoise du Conseil et présidée par le ministre danois des Affaires étrangères, Lars Løkke Rasmussen.
Le secrétaire général de l’ONU, António Guterres, le directeur exécutif par intérim du Programme alimentaire mondial (PAM), Carl Skau, et Perrine Benoist, codirectrice générale d’Action contre la faim, doivent intervenir.
D’après le PAM, les perturbations du trafic maritime et des chaînes d’approvisionnement pourraient entraîner une hausse des prix alimentaires et faire basculer jusqu’à 45 millions de personnes supplémentaires dans la faim.
Les navires contraints d’éviter la mer Rouge ou le détroit d’Ormuz doivent emprunter des itinéraires plus longs, augmentant les délais et les coûts de transport. Les pénuries d’engrais et la hausse du prix du carburant pourraient également réduire les rendements agricoles et peser durablement sur la disponibilité des denrées.
Les guerres en Ukraine et en Iran affectent ainsi la sécurité alimentaire au-delà des territoires directement touchés, indique une note de cadrage diffusée par le Danemark. Les attaques visant des ports et des navires marchands en mer Noire ont notamment contribué à la hausse des cours mondiaux du blé.
Deux famines confirmées en 2025
Les conflits ont été le principal facteur d’insécurité alimentaire aiguë pour 147 millions de personnes dans 19 pays et territoires en 2025, selon les données citées dans les documents préparatoires.
Pour la première fois depuis vingt ans, deux famines ont été confirmées au cours de la même année, à Gaza et au Soudan.
Les participants devraient également évoquer la situation en République démocratique du Congo, notamment dans les régions touchées par l’épidémie d’Ebola, ainsi qu’au Soudan du Sud, en Somalie et au Yémen.
La crise est aggravée par les attaques contre les terres agricoles, les marchés, les opérations humanitaires et les circuits de distribution de l’aide. Des attaques contre des moyens du PAM au Soudan et en Ukraine ont tué ou blessé des travailleurs humanitaires et détruit une aide alimentaire vitale.
Les phénomènes climatiques comme El Niño pourraient en outre accentuer l’insécurité alimentaire dans 45 pays, en particulier ceux déjà touchés par les conflits, l’instabilité, la pauvreté et la baisse des financements humanitaires.
Un mécanisme pour le détroit d’Ormuz
António Guterres pourrait présenter un mécanisme destiné à faciliter le commerce des engrais et la circulation des matières premières nécessaires à leur fabrication dans le détroit d’Ormuz.
Le dispositif a été élaboré par un groupe de travail créé le 27 mars par le secrétaire général de l’ONU et dirigé par Jorge Moreira da Silva, directeur exécutif du Bureau des Nations unies pour les services d’appui aux projets (UNOPS).
Il est prêt à devenir opérationnel, mais nécessite encore l’accord des parties concernées. Certains membres du Conseil devraient soutenir cette initiative, tandis que d’autres pourraient donner la priorité à une solution politique permettant de mettre fin au conflit et de rétablir une circulation maritime complète et sûre.
Renforcer l’application de la résolution 2417
Le Conseil doit également examiner les moyens de mieux appliquer la résolution 2417, adoptée en mai 2018, qui reconnaît le lien entre les conflits armés et l’insécurité alimentaire et condamne l’utilisation de la famine comme méthode de guerre.
Cette résolution demande au secrétaire général de signaler rapidement toute situation dans laquelle un conflit risque de provoquer une famine.
Plusieurs États devraient réclamer des alertes plus précoces, suivies de mesures concrètes avant la proclamation officielle d’une famine. Certains pourraient également proposer des sanctions contre les parties qui utilisent la faim comme arme de guerre ou entravent l’acheminement de l’aide.
Les participants devraient enfin appeler au respect du droit international humanitaire, à la protection des civils, des travailleurs humanitaires, des ports et des infrastructures agricoles, ainsi qu’à un accès rapide et sans entrave à l’aide.