AA/ Paris/ Bilal Muftuoglu
Le drame des migrants en mer Méditerranée, à nouveau mis sous le feu des projecteurs après le naufrage d'un bateau transportant 900 personnes le weekend dernier, serait le signe d''un ''échec de trente ans de politiques européennes'' en la matière, selon Matthieu Tardis, chercheur à l'Institut français des relations internationales (IFRI), dans un entretien avec Anadolu.
Ce chercheur au Centre Migrations et Citoyennetés de l'IFRI a estimé que "cet échec est lié à l'absence d'une volonté politique de réellement traiter cette question au niveau européen'', qui reste dominée par les débats nationaux. Les instances européennes de Bruxelles ont beau avoir la volonté de résoudre la crise, les compétences et les moyens financiers sont encore au niveau des Etats membres, a rappelé Tardis, joint par téléphone.
Les mesures prises par l'Union Européenne (UE) restent, ainsi, ''insuffisantes'' face au flux de migrants clandestins, dont 1600 ont perdu la vie depuis le début de l'année, en essayant de rejoindre l'Europe.
La question de l'immigration clandestine concerne toute l'Europe, a par ailleurs asséné le chercheur, évoquant des tentes de fortune de Syriens, Somaliens et Erythréens, dans des quartiers du Nord de Paris.
Il a ainsi souligné que l'UE a laissé l'Italie, première destination des migrants traversant la Méditerranée depuis la Libye, "seule devant ce problème." Celle-ci avait mis en place, l'an dernier, le plan ''Mare Nostrum'', un dispositif de surveillance et de sauvetage pour les bateaux de migrants, avec un budget mensuel de plus de 3 millions de dollars USD.
Ce dernier a, depuis, été remplacé par ''Triton'', une mission européenne qui maintient uniquement le volet de surveillance et ne couvre pas les eaux internationales, avec un tiers du budget consacré à Mare Nostrum.
Selon Tardis, l'absence d'une approche européenne sur l'immigration et sur l'asile, est d'autant plus regrettable dès lors que l'UE s'apprête à fêter le 30e anniversaire de l'accord de Schengen en juin 2015. ''Cet accord de libéralisation de mouvements au sein de l'Union devrait s'accompagner d'une politique commune en matière de l'immigration'', a déploré le chercheur.
Concernant la réunion extraordinaire du Conseil européen, jeudi, qui traitera la question de l'immigration clandestine, Tardis a insisté sur le fait que le débat aboutir, dans l'unanimité, à des mesures sur la lutte contre les passeurs et l'imposition de mesures de contrôle de frontières aux pays tiers touchés par la même crise.
''J'attends une prise de conscience que le problème est complexe et extrêmement sérieux et que cela requiert davantage de coopération avec les pays tiers et une vision sur le long terme de l'immigration'', a-t-il martelé.
Le chercheur a également appelé à trouver les moyens légaux pour "partager la charge avec des pays" en permettant l'installation d'un certain nombre de réfugiés sur le sol européen.
Parmi ceux-ci, figurent des réfugiés résidant "en grande partie en Turquie, au Liban et en Jordanie", a ainsi suggéré Tardis. Quelque 50 000 réfugiés syriens ont été admis dans des pays membres de l'UE dans le cadre d'une telle réinstallation, mais il s'agit d' ''une goutte d'eau dans l'océan'', déplore Mathieu Tardis.
Finalement, pour ce qui est de la possibilité d'une politique d'asile commune, Tardis a rappelé que certains Etats membres de l'UE, en particulier la France, l'Allemagne et la Grande-Bretagne ont eu beaucoup de réticence à harmoniser leur politique dans ce domaine.
''Avoir une politique d'asile parait compliquée à moins que ces évènements ne fassent bouger les choses'', a-t-il conclu.