AA / Beyrouth / Wassim Seifeddine
Le Premier ministre en exercice, Hassan Diab, a été incapable d'apporter des solutions rapides à la crise économique que connaît le Liban depuis des mois.
Alors que le gouvernement est accusé d'avoir "lamentablement échoué" à trouver des solutions pour redresser l'économie libanaise, de plus en plus de questions se posent quant à savoir si le cabinet de Diab devrait démissionner.
Le Liban traverse sa plus grave crise économique depuis la fin de la guerre civile (1975-1990), ce qui a entraîné des protestations populaires persistantes depuis le 17 octobre, sur fond de revendications portant sur des réformes économiques et politiques.
La classe politique libanaise appelle à la démission du gouvernement, au regard de l`effondrement financier du pays, certains demandant même le retour de l`ancien Premier ministre Saad Hariri.
Des mouvements de protestation sans précédent avaient forcé le gouvernement Hariri à démissionner fin octobre et le gouvernement actuel, dirigé par Diab, lui a succédé le 11 février.
Hariri, président du "Tayyar al-Moustaqbal" (Courant du futur), a déclaré la semaine dernière à la presse que "le vide [politique] est en train de détruire le Liban mais qu'il est encore possible de sauver le pays et que la solution réside dans le changement du système de quotas, afin de reconstruire le pays sur de nouvelles bases".
Il a également énoncé certaines conditions pour revenir à la tête du pays, soulignant : "Je ne cautionnerai personne de mon entourage pour qu'il dirige quelque gouvernement que ce soit."
Face à la grogne contre le gouvernement Diab, le président du "Mouvement patriotique libre", Gebran Bassil, a déclaré mardi : "Nous ne pouvons accepter ce cycle de contre-performances observé durant ces derniers mois, et le gouvernement devrait accélérer la mise en œuvre des réformes, sans quoi il risque de tomber".
Au terme d'une entrevue avec Hariri, le vice-président du Parlement Eli Al-Farzali, proche du "Mouvement patriotique libre" et de ses alliés, le "Hezbollah" et le "Mouvement Amal", a déclaré que "une réévaluation de la configuration gouvernementale apparaît comme une nécessité".
Samedi, la ministre des déplacés Ghada Chreim a déclaré à la radio Voix du Liban que "un changement de gouvernement est possible à tout moment et en toutes circonstances. Ce qui importe, c'est de trouver des solutions pour sauver le pays".
- Les États-Unis et le Hezbollah
Le journaliste libanais Mounir Al-Rabie a déclaré à l'Agence Anadolu " Tout indique que le moment de renverser le gouvernement n'est pas encore venu ".
Selon lui, "le Hezbollah [un groupe proche de Téhéran et du régime syrien] continue de soutenir le gouvernement, et ne renoncera pas aux avantages ni à la mainmise sur un gouvernement qui lui confère une légitimité officielle, populaire et institutionnelle".
Et de souligner que Diab " agit en fonction de ce que lui dicte le Hezbollah ", citant le fait que le chef du groupe, Hassan Nasrallah, a appelé le gouvernement à chercher des solutions économiques dans le cadre de partenariats avec l'Irak, l'Iran et la Chine.
Le journaliste a exclu la piste d'une aide des Etats-Unis, qui "exige que le gouvernement soit indépendant et n'ait pas de liens avec les forces politiques".
"Mais le Hezbollah rejette catégoriquement cette idée et en cas de chute de ce gouvernement, le Hezbollah demeurera toujours un partenaire de tout autre gouvernement à venir", a-t-il déclaré, indiquant que cette position du Hezbollah laisse peu de chances à la formation d'un nouveau gouvernement dans un avenir proche.
- Absence d'accord sur une alternative
Qasim Kassir, analyste politique proche du Hezbollah, a pour sa part déclaré que l'on parle beaucoup de faire tomber le gouvernement, "mais jusqu'à présent, il n'y a pas eu d'accord".
"La principale condition pour la démission du gouvernement est de parvenir à un accord sur l'alternative", a déclaré Kassir à l'agence Anadolu.
Et d’ajouter que "les pressions continuent, tant de l'intérieur que de l'extérieur, pour renverser le gouvernement ... et le retour de Saad Hariri est envisagé, mais il est confronté à des conditions difficiles".
Kassir estime que "le gouvernement restera en place, à moins que des pressions internes et/ou externes n'augmentent davantage, ou qu'une alternative soit trouvée."
Le gouvernement en place s'est montré incapable de contenir la dépréciation de la monnaie libanaise, qui a perdu plus de 80% de sa valeur depuis fin 2019, conjuguée à un taux de chômage et une inflation élevés.
Le Liban souffre également d'une importante pénurie de carburant, qui a entraîné une baisse significative de la production d'électricité et une hausse des prix des matières premières.
Les manifestants libanais exigent le départ de la classe politique, qu'ils tiennent pour responsable de la "corruption endémique" qui mine les institutions de l'État et qu'ils considèrent comme la cause principale de l'effondrement financier et économique du pays.
*Traduit de l’Anglais par Mourad Belhaj