RAMALLAH (AA)
Le président palestinien Mahmoud Abbas a affirmé, jeudi, que le peuple palestinien « restera sur sa terre et n’acceptera pas le déplacement », mettant en garde contre une « menace existentielle » pesant sur les Palestiniens en Cisjordanie et appelant la communauté internationale à empêcher la répétition de la Nakba de 1948.
Abbas s’exprimait dans un discours préenregistré devant l’Assemblée générale des Nations unies, après le refus des États-Unis d’accorder des visas au président palestinien et à plusieurs responsables palestiniens pour leur permettre de participer en personne aux réunions.
« Je m’adresse à vous aujourd’hui alors que notre peuple palestinien traverse l’une des périodes les plus dangereuses de son histoire, après de longues décennies d’injustice historique, de déracinement, d’exil, d’occupation et de privation de son droit naturel à l’autodétermination, à la liberté et à l’indépendance », a déclaré Abbas.
Et d’ajouter : « Dans la bande de Gaza, notre peuple est confronté, aux mains des forces d’occupation israéliennes, aux tueries, aux destructions, à la famine, aux tentatives de déplacement et à une guerre génocidaire qui a provoqué une tragédie humanitaire sans précédent. »
Concernant la Cisjordanie, y compris Jérusalem-Est, le président palestinien a déclaré que « l’expansion des colonies s’accélère, la Cisjordanie est morcelée et les violences des colons s’intensifient sous la protection des forces d’occupation ».
Il a également évoqué les « dangers et agressions commis par des extrémistes » visant les lieux saints musulmans et chrétiens, notamment la mosquée Al-Aqsa et l’église du Saint-Sépulcre à Jérusalem, ainsi que la mosquée Ibrahimi à Hébron.
Selon Abbas, ces actes constituent « une violation du statu quo historique et juridique ainsi que de la liberté de culte ».
Il a appelé à y mettre fin « immédiatement, avant qu’ils ne se transforment en un vaste conflit religieux dans la région et au-delà, dont nous pouvons tous nous passer ».
Le président palestinien a estimé que les politiques israéliennes détruiraient la solution à deux États, mettant en garde contre un « danger encore plus grand » qui nécessiterait des mesures immédiates pour y mettre un terme.
Selon lui, cette menace « ne se limite plus à saper la solution à deux États et à empêcher la concrétisation de l’État palestinien, mais menace désormais la vie et l’existence mêmes du peuple palestinien sur la terre de sa patrie ».
Abbas a affirmé que les événements en Cisjordanie et à Jérusalem-Est ne sont pas des faits isolés, mais relèvent d’un « plan colonial malveillant visant à rendre la vie des Palestiniens plus difficile sur la terre de leur patrie et à les pousser à la quitter de force ».
« Ne permettez pas une nouvelle Nakba ni de nouveaux massacres comme ceux de 1948. Ne permettez pas aux groupes terroristes, protégés par les forces d’occupation israéliennes, d’incendier les maisons des Palestiniens pendant qu’ils y dorment. Ne permettez pas à nos enfants de vivre dans la peur et sous la menace », a-t-il poursuivi.
La « Nakba », ou « catastrophe » en arabe, est le terme utilisé par les Palestiniens pour désigner les événements ayant accompagné la création d’Israël en 1948 et le déplacement massif de Palestiniens.
Abbas a souligné que la solution à deux États, palestinien et israélien, conformément à la légitimité internationale, constitue une solution qui « garantit la paix pour tous, au lieu de la menace que représente l’extrémisme israélien, qui vise à accroître les tensions au service de son projet colonial, à établir ce qui est appelé le “Grand Israël” et à effacer la présence palestinienne ».
Il a rappelé que la Palestine avait accueilli favorablement le plan du président américain Donald Trump concernant la fin de la guerre à Gaza, ainsi que la résolution du Conseil de sécurité l’ayant entériné et la feuille de route relative à la mise en œuvre de la phase finale de l’accord de cessez-le-feu.
L’objectif, a-t-il expliqué, était de « mettre fin à l’agression contre notre peuple et à sa tragédie humanitaire, assurer le retrait des forces d’occupation de la bande de Gaza et permettre sa reconstruction ».
Abbas a toutefois déploré qu’aucun de ces objectifs n’ait été réalisé.
Il a appelé à accélérer la mise en œuvre de la deuxième phase de l’accord et à « ne pas perdre davantage de temps ».
Le président palestinien a également mis en garde contre toute transformation de la période transitoire en une situation permanente ou indéfinie, dépourvue d’un horizon politique et d’un calendrier précis.
Cette période, a-t-il insisté, doit conduire à « la réunification de la bande de Gaza et de la Cisjordanie, y compris Jérusalem-Est, sous l’autorité de l’État de Palestine et de ses institutions légitimes, selon le principe : un État, un gouvernement, une loi et une seule force armée légitime ».
Abbas a par ailleurs estimé que les attaques israéliennes persistantes contre les sièges et institutions des Nations unies à Jérusalem et en Cisjordanie compromettent la capacité de l’Agence des Nations unies pour les réfugiés palestiniens (UNRWA) à poursuivre ses missions d’aide aux réfugiés, notamment dans les domaines de l’éducation, de la santé et de la formation professionnelle.
Il a appelé l’ensemble des États ainsi que les organisations internationales et régionales à continuer de soutenir les missions de l’UNRWA, « qui demeure irremplaçable tant que la question des réfugiés n’aura pas été résolue ».
Fin 2024, le Parlement israélien avait adopté une législation interdisant les activités de l’UNRWA à Jérusalem-Est. Début 2025, les autorités israéliennes avaient ordonné à l’agence d’évacuer son siège situé dans le quartier de Cheikh Jarrah, à Jérusalem-Est, avant que ne se poursuivent les opérations visant ses locaux dans la ville.
Le président palestinien a également mis en garde contre la mise en œuvre du projet de colonisation « E1 », à l’est de Jérusalem.
Selon Abbas, ce projet vise à « séparer le nord de la Cisjordanie de son sud, à isoler Jérusalem-Est de son environnement palestinien et à empêcher la concrétisation d’un État palestinien territorialement continu ».
Il a appelé à une « intervention urgente et responsable du Conseil de sécurité des Nations unies » ainsi qu'à la mise en œuvre de sa résolution 2334, qui exige l’arrêt des activités de colonisation dans le territoire palestinien occupé, y compris à Jérusalem-Est.
Abbas a de nouveau salué les mesures adoptées par le Royaume-Uni et douze autres pays concernant la protection de la solution à deux États et l’interdiction des produits provenant des colonies, ainsi que l’appel lancé par les dirigeants de la France, du Royaume-Uni et du Canada à tenir un sommet à New York sur cette question.
Il a également appelé le président américain à « respecter les engagements pris envers les dirigeants des pays arabes et musulmans en septembre dernier concernant la prévention de l’annexion des terres palestiniennes et le rejet du déplacement ».
« On ne peut dissocier l’accaparement des terres par Israël, le démantèlement des institutions palestiniennes et l’assèchement de leurs ressources financières. Tous ces outils conduisent à un même résultat : affaiblir la capacité de notre peuple à rester et à résister sur sa terre, saper ses institutions nationales et empêcher la concrétisation de son État », a-t-il déclaré.
Selon Abbas, le gouvernement israélien retient « de manière coercitive » plus de six milliards de dollars appartenant au peuple palestinien.
Il a réclamé leur déblocage immédiat, la garantie de transferts réguliers et complets ainsi que la levée des restrictions et du blocus financier et économique.
Un an après la tenue de la conférence internationale pour la paix et l’adoption de la Déclaration de New York, Abbas a affirmé que la Palestine avait respecté ses engagements, notamment en matière de programme national de réformes, de gouvernance des institutions, de système de protection et de prise en charge sociale ainsi que d’éducation.
Ces mesures, a-t-il expliqué, visent à « renforcer les valeurs de paix, de tolérance et de respect de l’autre, tout en préservant notre identité nationale et les droits de notre peuple ».
Le 22 septembre 2025 s’était tenue la conférence internationale de haut niveau consacrée au règlement pacifique de la question palestinienne et à la mise en œuvre de la solution à deux États.
Abbas a également évoqué la tenue des élections municipales et des élections de l’Union générale des étudiants palestiniens, ainsi que la préparation des élections législatives prévues le 28 novembre prochain.
Il a également fait état de la poursuite du renouvellement des institutions du Conseil national palestinien, qui doit être suivi par l’organisation d’une élection présidentielle.
Réaffirmant les engagements de la Palestine, Abbas a déclaré : « Nous voulons la sécurité et la paix pour tous. Nous rejetons les attaques contre les civils, quelle qu’en soit l’origine, ainsi que le terrorisme et l’extrémisme sous toutes leurs formes. Nous combattons l’antisémitisme, le racisme et la haine, et nous croyons à une culture de paix, de dialogue et de coexistence. »
« Nous voulons un État palestinien démocratique, respectueux de l’État de droit et des droits de l’homme, un État non militarisé vivant dans la sécurité et la paix aux côtés de l’État d’Israël », a-t-il ajouté.
Le président palestinien a insisté sur le fait que « le peuple palestinien restera sur sa terre, n’acceptera pas le déplacement et ne disparaîtra pas ».
« Ni l’occupation militaire, ni la colonisation, ni l’annexion, ni les violences des colons ne peuvent constituer une solution ou instaurer une sécurité durable », a-t-il poursuivi.
Abbas a affirmé que le projet national palestinien consiste à « protéger notre peuple contre le déplacement, préserver notre terre et son unité, renouveler démocratiquement nos institutions et construire notre État, dans le respect du droit international ».
L’objectif, a-t-il ajouté, est d’exercer le droit du peuple palestinien à l’autodétermination jusqu’à « la concrétisation d’un État palestinien indépendant et souverain ayant Jérusalem-Est pour capitale, ainsi que le retour des réfugiés conformément à la résolution 194 des Nations unies ».
« Nous ne voulons pas d’un nouveau processus destiné à gérer le conflit pendant que la réalité sur le terrain change chaque jour, mais d’un processus qui mette fin à l’occupation, garantisse aux Palestiniens la liberté et l’autodétermination, et assure aux Israéliens ainsi qu’aux pays de la région la sécurité et la paix », a-t-il déclaré.
Abbas a également remercié les pays ayant reconnu l’État de Palestine, dont le nombre s’élève, selon lui, à 160, et a appelé ceux qui ne l’ont pas encore reconnu à le faire.
Le président palestinien a par ailleurs appelé à accorder à l’État de Palestine le statut de membre à part entière des Nations unies, « à l’instar des autres États et peuples du monde ».
Il a rappelé que la délégation palestinienne avait été empêchée d’obtenir les visas nécessaires pour participer en personne aux réunions de l’Assemblée générale, exprimant son rejet de « ces mesures punitives illégales » ainsi que des accusations formulées à son encontre.
« Le peuple palestinien et ses dirigeants ne doivent pas être punis parce qu’ils réclament la fin de l’occupation ou parce qu’ils saisissent les Nations unies, la Cour internationale de Justice et la Cour pénale internationale », a-t-il déclaré.
Selon Abbas, le recours au droit international et à ses institutions constitue « un choix pacifique et civilisé, et non un acte hostile à la paix ».
Il a ajouté qu’empêcher la délégation palestinienne d’accéder au siège des Nations unies « est contraire aux obligations qui incombent aux États-Unis en leur qualité de pays hôte ».
Le président palestinien a appelé l’administration américaine à revenir sur ces sanctions et restrictions et à renouer avec « le langage du dialogue et du respect mutuel », ainsi qu’avec une action commune avec la communauté internationale en faveur de la mise en œuvre de la solution à deux États fondée sur la légitimité internationale et de l’instauration de la paix.
Pour la deuxième année consécutive, les États-Unis ont refusé d’accorder des visas à Abbas et à plusieurs responsables palestiniens pour assister aux réunions de l’Assemblée générale, au motif qu’ils n’auraient pas respecté certaines obligations liées aux efforts en faveur de la paix avec Israël, contraignant ainsi le président palestinien à intervenir par le biais d’un discours préenregistré.
En vertu de l’Accord de siège des Nations unies conclu en 1947 entre l’Organisation et Washington, les États-Unis, en leur qualité de pays hôte, sont tenus de faciliter l’accès au siège de l’ONU, à New York, des représentants des États et des parties participant aux réunions de l’Organisation.
Le 17 septembre, l’Assemblée générale des Nations unies avait approuvé la participation de Mahmoud Abbas par le biais d’un discours préenregistré, après le refus de Washington de lui délivrer un visa d’entrée.
*Traduit de l'arabe par Wafae El Baghouani
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